Le Parc naturel marin d'Arcachon révèle ses premières données de fréquentation touristique
Fréquentation touristique du bassin d'Arcachon : premiers chiffres

Le bassin d'Arcachon sous l'œil des statistiques : un premier bilan de fréquentation dévoilé

Le Parc naturel marin du bassin d'Arcachon (PNMBA) a dévoilé ce mercredi 4 mars ses premières données exhaustives sur la fréquentation touristique de l'ensemble de son territoire. Cette présentation historique intervient après des années de demandes pour mieux comprendre les flux de visiteurs dans cette zone naturelle protégée de 435 km².

Une étude attendue depuis 2019

Ce travail d'accumulation et de compilation de données répond à une demande formulée en octobre 2019 par Emmanuelle Wargon, alors secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique. Lors d'une visite sur le Bassin, alors que de nouveaux décrets restreignaient l'usage de la réserve du banc d'Arguin, la ministre déléguée avait plaidé pour « une discussion plus large » concernant la gestion des activités nautiques et ostréicoles.

« La question de la plaisance ne doit pas être traitée uniquement sur le banc d'Arguin, mais à l'échelle du Bassin entier », avait-elle affirmé, soulignant la nécessité d'évaluer ce qui est acceptable pour l'écosystème marin.

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Des chiffres qui confirment l'attractivité du territoire

L'étude, réalisée en partenariat avec le bureau d'études environnementales GeDen, couvre la période 2021-2024 et confirme le statut du bassin d'Arcachon comme l'une des destinations les plus prisées du Sud-Ouest. La dune du Pilat, monument naturel emblématique, a ainsi accueilli 1,24 million de visiteurs en 2025, un chiffre qui illustre l'engouement pour ce site exceptionnel.

Cette analyse intervient dans un contexte de pression accrue sur le littoral, avec l'arrivée de 21 500 nouveaux habitants et l'immatriculation de 8 000 navires supplémentaires en Nouvelle-Aquitaine au cours de la dernière décennie, combinée à une hausse globale des températures.

Trois axes d'analyse privilégiés

Les chercheurs se sont concentrés sur trois dimensions clés :

  1. Les cumuls annuels de fréquentation
  2. La fréquence des pics de visiteurs
  3. L'occupation de l'espace maritime

Sur les plages du sud-Bassin, les agents du PNMBA ont réalisé des comptages directs qui révèlent une fréquentation globalement stable. La plage centrale d'Arcachon maintient ainsi 100 000 visites annuelles en 2022 et 2024, tout comme La Hume (29 000 puis 28 000) et les plages des Arbousiers et du Moulleau (77 000 puis 77 500).

Seule exception notable : la plage Pereire a enregistré une baisse de 50% de sa fréquentation entre 2022 et 2024, passant de 97 000 à 58 000 visiteurs.

Des méthodes de comptage diversifiées

Pour les plages océanes du nord-Bassin, des capteurs automatiques ont permis des relevés précis. Le Grand Crohot a ainsi accueilli 600 000 entrées en 2023 et 578 000 en 2024, soit une légère baisse de 4%. Les pics de fréquentation y ont été détectés 37 fois en 2023 et 39 fois en 2024, principalement durant les mois d'été.

Concernant la navigation, l'étude a combiné plusieurs méthodes. Le système AIS (Automatic Identification System) a permis de recenser 421 navires actifs en 2022 et 475 en 2023, avec cependant une baisse d'activité de 15 à 25% en hiver et au printemps. Les pics de navigation ont quant à eux augmenté de 46%, passant de 32 à 47 épisodes.

« Il faut relativiser ces chiffres », nuance cependant l'étude, car l'AIS n'équipe pas la majorité des embarcations. Des imageries aériennes complémentaires révèlent ainsi des nombres bien plus importants, avec 11 615 bateaux comptabilisés lors des pics estivaux de juillet et août.

Le banc d'Arguin sous surveillance renforcée

Le banc d'Arguin, cette bande de sable en constante érosion, fait l'objet d'une attention particulière. « Depuis 2024, nous étudions les comportements des plaisanciers à l'aide de caméras installées sur la dune du Pilat », explique Benoît Dumeau, conservateur de la Réserve naturelle nationale du banc d'Arguin.

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Ces dispositifs, exploités grâce à l'intelligence artificielle, permettent d'analyser le nombre, le type et le positionnement des bateaux. « Nous sommes encore en phase de développement, mais ces outils vont nous permettre d'affiner considérablement nos analyses », précise-t-il.

Des usagers sensibilisés à l'enjeu écologique

Un sondage réalisé par GeDen auprès des visiteurs révèle des résultats encourageants : 81% des plaisanciers interrogés connaissent correctement la réglementation en vigueur, et 77% se déclarent sensibles au niveau de fréquentation des sites.

« Ce sont de bons résultats », estime Benoît Dumeau. « Les gens sont conscients de l'enjeu écologique du banc d'Arguin. Nous n'aurons pas à mettre en place des quotas de présence pour le moment. »

Un premier jalon méthodologique

Charles Gonson, membre du bureau d'études GeDen, tempère cependant l'enthousiasme : « Les enjeux ne dépendent pas uniquement de la fréquentation, mais aussi des comportements et des pratiques des usagers. Il faut voir cette présentation comme un premier indicateur, pas comme une conclusion définitive. »

L'étude de la fréquentation n'en est en effet qu'à ses débuts. Un nouveau cycle d'observation est déjà programmé jusqu'à l'horizon 2032, avec un accent particulier sur le diagnostic des vulnérabilités écologiques.

Deux recherches complémentaires sont actuellement en cours : l'une sur l'influence humaine sur le comportement des oiseaux du Bassin, l'autre sur la modélisation des effets cumulés des activités humaines sur les milieux sensibles. Ces travaux permettront de mieux comprendre l'impact réel du tourisme sur la biodiversité exceptionnelle du bassin d'Arcachon.