Lacanau-Océan : l'extension controversée du camping Airotel se poursuit malgré le recours du préfet
Extension du camping Airotel à Lacanau : travaux malgré le recours

L'extension du camping Airotel à Lacanau-Océan se poursuit dans un contexte juridique tendu

Alors que le camping Airotel de Lacanau-Océan n'ouvrira ses portes au public qu'en mai prochain, les engins de chantier s'activent déjà sur une bande de 100 mètres de large bordant l'enceinte nord-est du site. Ces travaux correspondent au projet d'extension du camping sur 5 hectares, qui prévoit la création de 186 emplacements supplémentaires ainsi que des places de parking adaptées.

Un projet d'envergure avec une zone premium

Kaing Eap, propriétaire et exploitant du camping familial depuis 2002, détaille les caractéristiques de cette extension : « L'extension comportera une zone premium, avec des bungalows plutôt haut de gamme, de grands espaces et un environnement fortement végétalisé. » Actuellement classé cinq étoiles, le camping compte 523 emplacements sur 9,5 hectares, permettant d'accueillir environ 2 200 personnes.

Vincent Eap, fils du propriétaire, précise : « Cette extension doit porter la capacité d'accueil à environ 3 000 personnes. » Le projet, envisagé depuis 2004, a pris forme avec la signature d'un bail emphytéotique de cinquante ans avec la mairie en mars 2020, la commune étant propriétaire du terrain.

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Un parcours administratif complexe

Le permis d'aménager a été délivré par la mairie le 25 novembre 2024, permettant le démarrage des travaux début 2025 après l'expiration des délais de recours. Interrompus en mai 2025 pour la saison d'ouverture, les travaux ont repris en novembre 2025 avec une fin prévue pour mai 2026.

Pourtant, cette avancée se heurte à une opposition préfectorale significative. Marie-Thérèse Fabre, présidente de l'association des Amis, propriétaires et locataires de Lacanau-Océan (APLLO), s'indigne : « Nous ne comprenons pas comment ces travaux peuvent continuer, alors que le préfet a déclaré son opposition et déféré le dossier au tribunal administratif ! »

Les motifs du recours préfectoral

Un courrier de la préfecture de la Gironde, daté du 30 octobre 2025 et adressé au maire de Lacanau, révèle que le préfet a déposé un recours devant le tribunal administratif. Ce dernier invoque deux principaux motifs :

  • La méconnaissance du plan de prévention des risques d'incendies de forêts (PPRIF)
  • L'absence de continuité avec les agglomérations et villages existants exigée par la loi Littoral

Dans ce courrier, le préfet rejette explicitement la demande de retrait du déféré formulée par la commune, créant ainsi une situation juridique complexe.

La position ferme de la municipalité

Face à ces accusations, le maire Laurent Peyrondet défend la régularité du projet : « L'élaboration du projet a donné lieu à de multiples réunions de travail avec les services déconcentrés de l'État, notamment la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) et la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). »

L'édile insiste sur le fait que ces consultations visaient à garantir la conformité du projet avec le Code de l'urbanisme, le Code forestier et le Code de l'environnement. Il ajoute : « Nous avions abouti à un accord de principe des services préfectoraux sur la faisabilité et la conformité du projet au regard des réglementations applicables. »

L'argument juridique de la mairie

Le maire rappelle qu'une autorisation de défrichement a été délivrée par arrêté préfectoral le 18 juillet 2024, portant précisément sur le projet d'extension dans sa configuration actuelle. « Aucun changement de droit ou de fait susceptible de remettre en cause cette appréciation n'est intervenu entre cette date et la délivrance du permis d'aménager », affirme-t-il.

Il précise surtout un point juridique crucial : « Le recours du préfet ne produit par ailleurs aucun effet suspensif automatique. Ce qui veut dire qu'aucune ordonnance de suspension n'ayant été rendue, l'extension du camping Airotel peut donc se poursuivre dans un cadre pleinement régulier, dans l'attente de la décision du tribunal administratif de Bordeaux sur le fond. »

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Des précédents dans le secteur

Pour étayer sa position, le maire mentionne que deux autres campings situés dans le secteur de l'océan – Les Grands Pins et Les Jardins du littoral – ont bénéficié d'extensions comparables en lisière forestière, sans qu'aucun recours n'ait été exercé contre ces autorisations.

Les enjeux économiques et les projets connexes

Du côté des propriétaires du camping Airotel, l'engagement est déjà conséquent : « De nombreuses entreprises sont à l'œuvre sur ce chantier, démarré il y a plus d'un an, et sur lequel nous avons déjà engagé de gros frais. On ne peut pas se permettre de tout arrêter en attendant le résultat de la procédure. »

Cette extension conditionne également un autre projet d'importance pour la commune : l'agrandissement de la plaine des sports et du centre aquatique existants, intégrant la construction d'un bassin de nage sportif de 10 x 25 mètres. Ce projet nécessitera un permis de construire distinct.

Dans le contexte particulier du retrait de Lacanau du projet de piscine intercommunale prévu à Sainte-Hélène, l'accès à ce bassin couvert et chauffé pour les scolaires ou les jeunes du centre de loisirs présenterait un intérêt évident pour la commune, ajoutant ainsi une dimension supplémentaire aux enjeux de cette extension controversée.