Sous un soleil de printemps, dans la calanque du Grand Méjean à Ensuès-la-Redonne, une dizaine d’hommes vêtus de polo rouge, mousquetons à la ceinture et casques sur la tête, s’activent. Ils tendent des cordes à la manière d’une tyrolienne entre deux pans de falaise et s’interpellent à l’aide de talkies-walkies. En contrebas, à quelques mètres de l’eau turquoise, un homme attend, le bras en écharpe. Ce pompier jouera le rôle de la victime dans cette manœuvre d’entraînement du groupe Secours en milieu périlleux et montagne (SMPM) des pompiers des Bouches-du-Rhône. L’objectif ? Extraire un randonneur blessé après une chute depuis le sentier des douaniers, ce circuit de randonnée qui serpente le long de la Côte Bleue. Un scénario classique pour le groupe de 90 pompiers.
Sur les sentiers caillouteux où les pierres sont polies par les marcheurs, le dérapage est vite arrivé. « Généralement, on voit des glissades, des entorses ou des fractures de la cheville, des chutes qui occasionnent des plaies au visage et aux bras », énumère le commandant Gilles Agopian. La moindre blessure peut faire basculer la promenade. « Le milieu naturel est extraordinaire, d’une beauté fascinante, mais il devient hostile pour une victime », poursuit-il.
Au-dessus du vide
À l’aide de cordes et de poulies, les pompiers élèvent la victime, placée dans un brancard par des secouristes déjà au sol. Balançant au-dessus du vide, la civière rejoint l’autre côté de la falaise, d’où une équipe la tire. « Chaque fois qu’on s’entraîne ou qu’on va sauver quelqu’un, on a toujours une vie au bout d’une corde », commente Gilles Agopian. Les hommes s’enquièrent du faux blessé, un peu désorienté par la traversée, avant de boucler l’exercice. Avec 260 interventions par an, le SMPM ne chôme pas. « C’est un département où les activités de loisir sont bien présentes : la randonnée, l’escalade, le trail, le parapente… Même aller se baigner parfois nécessite de bonnes chaussures », pointe le pompier.
S’il note une légère saisonnalité des opérations de secours, avec le retour des beaux jours et des longs week-ends de mai, il dénombre des interventions toute l’année. Certaines mobilisent les secours maritimes, aériens ou encore des équipes de dronistes pour localiser et évacuer les victimes. Les milieux périlleux ne manquent pas dans le secteur entre le Cap Canaille qui culmine à 394 mètres, le massif des Alpilles, ou encore la montagne Sainte-Victoire, près d’Aix-en-Provence. La semaine dernière, un homme de 29 ans a été retrouvé mort en contrebas d’une falaise abrupte de la zone, après plusieurs journées de recherches.
Bonnes chaussures et sifflet
Pour éviter les drames, les pompiers misent sur la prévention et le rappel des bons gestes avant d’aller défier les sentiers de randonnée. « Il faut préparer son itinéraire, tenir compte des conditions météorologiques mais aussi de ses forces : il ne faut pas se surestimer », assure Gilles Agopian, déconseillant de s’éloigner des sentiers balisés ou de partir seul, sans prévenir.
L’équipement est à ne pas négliger. « Une paire de bonnes chaussures, de quoi manger et boire, une veste, un téléphone chargé, un sifflet pour alerter en cas de chute », liste-t-il. Sur le sentier, des randonneurs observent l’opération. Un jeune couple débarque soudain, sac sur le dos et gourde à la ceinture. Un regard vers le sol et c’est le carton rouge : ils portent des tongs.



