Port de Sète : les leçons d'une cyberattaque historique
Le port de Sète, géré par la région Occitanie, a présenté son projet stratégique pour les cinq prochaines années (2026-2030). Parmi les axes prioritaires, la sécurité occupe une place centrale, avec des mesures de renforcement annoncées suite à un incident majeur survenu en décembre 2025.
Un épisode inédit d'espionnage maritime
Le 13 décembre 2025, un ferry italien en escale dans l'Hérault a été victime d'une tentative de piratage. Un ressortissant letton a été arrêté par la DGSI, soupçonné d'avoir infiltré le système informatique du navire avec un logiciel espion pour en prendre le contrôle. Cet événement a profondément marqué les responsables portuaires et influence directement les nouvelles orientations stratégiques.
"D'abord, ça a été une belle pagaille, un samedi. Mais c'était un problème de sûreté nationale, il faut le rappeler", explique Philippe Malagola, président du port de Sète. "Dans un premier temps, on ne savait rien, puis nous avons appris qu'il s'agissait d'espionnage."
Des mesures concrètes de renforcement
Le cinquième axe du plan stratégique porte spécifiquement sur la sécurité, avec plusieurs initiatives :
- Déploiement de caméras de vidéosurveillance supplémentaires
- Étude de la vulnérabilité des navires anciens aux cyberattaques
- Rencontre avec une société montpelliéraine spécialisée en cybersécurité
- Mise en place d'un "package crise" pour gérer les situations d'urgence
Olivier Carmes, directeur du port, souligne les enseignements positifs tirés de la gestion de crise : "Nous avions 800 passagers à gérer, qui commençaient à manifester. À l'origine, le bateau était coincé jusqu'au lundi, mais nous avons réussi à faire embarquer à 18h et éviter une crise majeure."
Un débat technique sur la vulnérabilité des navires
La question de la possibilité de prendre le contrôle à distance d'un ferry divise les experts. Certains spécialistes estiment que c'est impossible sur des navires anciens où tout n'est pas informatisé, tandis que des sociétés de cybersécurité affirment le contraire. Le port de Sète cherche à clarifier cette question cruciale pour adapter ses mesures de protection.
Le "package crise" comprend désormais :
- Réserves d'eau et lits de camp
- Contrats avec des hôtels pour une dizaine de chambres d'urgence
- Partenariat avec la Croix-Rouge
- Coordination renforcée avec les services de l'État
Contexte maritime méditerranéen préoccupant
La préfecture maritime a publié le bilan 2025 des activités en Méditerranée, révélant des chiffres alarmants :
- 87 décès (+26%), principalement suite à des accidents de plongée
- 1 842 vies sauvées
- 4 584 opérations de sauvetage ou d'assistance (+6%)
- 940 engins explosifs neutralisés
- 257 416 navires surveillés
- 147 épaves retirées de la mer
- 286 dossiers de pollution marine traités
La préfecture maritime annonce le renforcement des contrôles en mer et la sensibilisation des usagers, alors que la saison des sorties en mer approche. Ce contexte général renforce la nécessité des mesures de sécurité annoncées par le port de Sète.
Le projet stratégique du port s'inscrit donc dans une double logique : répondre à une menace cybernétique spécifique tout en participant à l'amélioration globale de la sécurité maritime en Méditerranée occidentale.



