Lozère : à Châteauneuf-de-Randon, la santé reste un casse-tête avant les municipales 2026
Santé en Lozère : un village face aux déserts médicaux

Châteauneuf-de-Randon, un village lozérien en quête de solutions médicales

Dans le nord de la Lozère, la petite commune de Châteauneuf-de-Randon, avec ses 516 habitants, incarne le défi des déserts médicaux en zone rurale. À l'approche des élections municipales de 2026, la santé s'impose comme la préoccupation numéro un des administrés, une réalité que le maire sortant Bruno Durand connaît intimement.

Une mairie transformée en centre de soins

L'Hôtel de Ville de Châteauneuf-de-Randon abrite désormais un écosystème santé unique. Au rez-de-chaussée, neuf infirmières salariées de la commune occupent des bureaux, tandis qu'en face, une cabine de téléconsultation reste souvent vide, installée en urgence après le départ du dernier médecin il y a trois ans et demi.

"L'accès à la santé, c'est la priorité d'un maire, ma première préoccupation avec la potabilité de l'eau", confie Bruno Durand, qui espère reconquérir son siège aux prochaines municipales.

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Dans la petite cour derrière le hall d'entrée, une pharmacie expérimentale ouvre deux jours et demi par semaine depuis l'été dernier. Cette antenne de Bagnols-les-Bains, inaugurée par l'ancien ministre de la Santé Yannick Neuder, représente la dernière pierre d'un édifice fragile mais précieux.

Des dispositifs multiples mais insuffisants

La commune vient d'obtenir la labellisation "France Santé", dispositif gouvernemental destiné à améliorer l'accès aux soins. À l'étage de la mairie, le secrétariat du cabinet médical mobile a pris place dans d'anciens locaux de la chambre d'agriculture.

Le MobiSanté 48, qui amène un médecin au village, passe désormais deux fois par mois - chaque deuxième mardi et dernier vendredi. Les consultations se déroulent dans un minibus garé devant la mairie, où drapeau tricolore et croix verte cohabitent de manière insolite.

Pourtant, à l'entrée du village, l'écriteau "Cherche médecin" en lettres rouges témoigne d'une recherche infructueuse. "Comme 6000 communes en France…" soupire Bruno Durand, évoquant le dernier docteur parti "six mois après son arrivée" malgré les exonérations de charges.

Les habitants entre résignation et adaptation

Jean-Louis Bourret, agriculteur récemment retraité, quitte la pharmacie avec un traitement contre la toux. "On est isolé", constate-t-il, comparant la difficulté à trouver un professionnel de santé à celle de trouver un repreneur pour sa ferme.

Jessica Odinot, mère d'un enfant de trois ans, a un médecin traitant à Langogne, à 20 kilomètres, mais s'inquiète des départs à la retraite à venir : "Je sais qu'il va y avoir un départ à la retraite, ils ne seront plus que trois".

Alix et David Nègre, commerçants à l'entrée du village, doivent se rendre au CHU de Montpellier tous les mois pour leur fille qui a "un gros problème de santé". Les rendez-vous sont à quinze jours "quand ce n'est pas vital", et le dentiste à Mende nécessite quatre à cinq mois d'attente.

Une polémique qui divise la commune

L'histoire du village est marquée par Du Guesclin, héros de la Guerre de Cent Ans dont la statue domine la place principale. Un musée peu fréquenté lui était dédié dans l'enceinte de la mairie, mais l'espace a laissé place à l'antenne de pharmacie.

Cette décision a suscité des tensions et motivé la création d'une deuxième liste aux municipales, montrant que les questions de santé peuvent profondément diviser une petite commune.

Des questions sans réponses politiques

David Nègre s'interroge : "Je ne comprends pas qu'on n'arrive pas à choper un médecin ! Est-ce que c'est le pays ou le mode de vie qui ne plaît plus ?"

Il pose des questions plus fondamentales que "n'importe quelle écharpe" d'élu ne semble pouvoir résoudre : "Pourquoi la fin du numerus clausus ne donne pas des résultats ?" et "On les met où, les docteurs juniors quand il n'y a plus de docteurs ?"

La crainte d'un point de non-retour plane : "On a tout fait pour rester au pays, mais comment on va faire dans quelques années en vieillissant ?" Une question qui hante de nombreux habitants, certains envisageant même de devenir les prochains à déserter leur village par manque d'accès aux soins.

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Dans cette commune labellisée ZFRR (Zone France ruralité revitalisation), les dispositifs se multiplient mais peinent à combler le vide laissé par l'absence de médecins permanents, faisant de la santé un enjeu électoral crucial pour les municipales 2026.