Débat budgétaire tendu à Cœur de Lozère à l'approche des municipales
Débat budgétaire tendu à Cœur de Lozère avant municipales

Un conseil communautaire sous tension à l'approche des élections

Le conseil communautaire de Cœur de Lozère, réuni à Mende jeudi 12 février 2026, a connu une séance particulière où vingt points à l'ordre du jour ont été adoptés à l'unanimité, mais où le débat d'orientations budgétaires pour 2026 a révélé des tensions politiques palpables.

Unanimisme sur les dossiers techniques, divergences sur les finances

Les délibérations techniques n'ont suscité aucune opposition : désistements d'entreprises dans la zone d'activité économique de Lou Chaousse, création d'une boutique partagée rue du Soubeyran, demandes de subventions pour la restructuration du gymnase Piencourt, la réfection de la coursive du chalet du Chapitre, les travaux d'homologation des stades du causse d'Auge, l'amélioration de l'éclairage du gymnase de la Vernède, et l'acquisition de matériel pour la collecte et le compostage de biodéchets.

En revanche, le débat d'orientations budgétaires a donné lieu à des passes d'armes entre le président de l'intercommunalité, Laurent Suau, et l'élue d'opposition Emmanuelle Soulier. Ce climat tendu s'explique par le contexte électoral : les élections municipales approchent à grands pas, avec Emmanuelle Soulier tête de liste de "Juste Mende" et Laurent Suau en deuxième position sur la liste "Ensemble pour Mende".

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Un budget présenté comme "prudent" avec un investissement "soutenu"

En préambule, Laurent Suau a présenté les grandes lignes des orientations budgétaires 2026. Il a insisté sur la prudence des recettes, le maintien des taux d'imposition de la taxe foncière et de la taxe sur les ordures ménagères, tout en reconnaissant une hausse de 0,8% de la base imposable qui augmentera la facture des habitants.

Les recettes sont estimées à 10,398 millions d'euros contre 10,287 millions en 2025, soit une hausse de 1,1%. Elles proviennent notamment des produits de service (piscine, déchetterie...) pour 402 000 €, "soit une baisse prudente de 3%". Les produits de fiscalité sont estimés à 7,871 millions d'euros pour 2026.

Concernant la dette, Cœur de Lozère n'a pas contracté d'emprunt depuis 2022. L'encours actuel est de 4,014 millions d'euros, soit 243 euros par habitant. "[La dette] sera quasiment éteinte dans une dizaine d'années à ce rythme-là", a commenté Laurent Suau, avec une capacité de désendettement d'environ cinq ans.

Dépenses de fonctionnement en hausse, investissement augmenté

Les dépenses de fonctionnement sont estimées à 8,579 millions d'euros pour 2026, en augmentation de 2,4% par rapport à 2025. Les charges à caractère général seront en légère baisse de 1,3%, ce que Laurent Suau présente comme "un signe de bonne gestion et de bonne maîtrise des finances de la collectivité".

Les charges de personnel augmenteront de 3,8%, principalement en raison de l'augmentation des cotisations retraite de 10%. Les autres charges de gestion, qui représentent le poste de dépense le plus important du budget de fonctionnement, seront stables à 4,23 millions d'euros.

Parmi ces charges, on note 800 000 € de subventions au centre intercommunal d'action sociale, 775 000 € au Sdis, 856 000 € au SDEE pour le traitement des déchets, 428 077 € à l'office de tourisme et 131 000 € à l'école de musique.

L'investissement devrait significativement augmenter, passant de 849 000 € en 2025 à 1,946 million d'euros budgétés pour 2026. Ces fonds seront destinés à des travaux d'aménagement au centre équestre, une centrale de traitement de l'air à la piscine, les toitures du village de vacances, la mise en sécurité de la déchetterie, l'éclairage du stade du Chapitre, et la mise aux normes du gymnase Piencourt.

L'opposition dénonce un "emprunt putatif" et un manque de sincérité

Emmanuelle Soulier a immédiatement réagi à cette présentation, reconnaissant d'emblée que son discours serait "à peu près le même que chaque année". Elle reproche à la majorité l'augmentation des charges de fonctionnement et évoque particulièrement "l'emprunt putatif" qui servirait à "équilibrer des dépenses d'investissement qui ne seront pas faites".

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"Pour faire de jolies écritures, l'an dernier, on prévoyait 1,4 million d'euros d'emprunt. Mais au final, on en a fait 800 000. Donc les investissements sont toujours reportés", a-t-elle affirmé. Elle a également reproché au président de la comcom' son manque de "sincérité".

Un président agacé qui hausse le ton

Face à ces attaques, Laurent Suau, visiblement très agacé, a haussé le ton : "Les propos que vous tenez sont limites". Il a poursuivi : "Je ne sais pas si vous pensez convaincre les Mendois, les habitants de Cœur de Lozère avec ces propos qui ont quand même un peu un arrière-goût de polémique."

Sur le manque d'investissements présumé, il a répondu : "On a un héritage. Moi, j'entretiens l'héritage. Je fais des travaux sur tous les équipements qui en ont besoin. C'est la base."

Lorsqu'Emmanuelle Soulier a souhaité reprendre la parole, le président de Cœur de Lozère le lui a refusé. "Depuis 2019, vous jetez la suspicion, le discrédit sur moi-même et sur mon équipe, a déclaré Laurent Suau. Et ça, c'est usant. L'autre jour, j'ai entendu des accusations de clientélisme. Soit vous avez des éléments de preuve et à ce moment-là, on va discuter en justice. Soit vous n'avez rien du tout et vous vous taisez."

Ce débat tendu illustre les tensions politiques qui traversent la communauté de communes Cœur de Lozère à quelques semaines des élections municipales, où la gestion financière et les choix d'investissement seront au cœur des débats électoraux.