Pierre-Christophe Baguet se lance dans la bataille pour un quatrième et ultime mandat à Boulogne-Billancourt
À un mois des élections municipales de mars 2026, le maire de la deuxième ville d’Île-de-France sort du silence. Pierre-Christophe Baguet confirme sa candidature à Boulogne-Billancourt pour un quatrième et dernier mandat, dans un contexte politique particulièrement agité. Sa mandature a été marquée par des mises en cause personnelles violentes, des tensions au sein de sa majorité et une contestation croissante sur les thèmes de l’urbanisme et de l’écologie.
Un retour après une mise en retrait temporaire
Dans cet entretien, le maire LR revient sur sa mise en retrait temporaire en mars 2025, après avoir perdu son calme en plein Conseil municipal. Il avait été publiquement accusé d’être responsable de la mort d’un jeune lycéen cycliste renversé par un camion de la mairie. Soutenu cette fois par une large union allant des Républicains au centre droit, l’édile défend son bilan face aux critiques sur la densification et détaille l’avenir de l’île Seguin.
Le Point : Quel est votre état d’esprit à l’approche des élections municipales ?
Pierre-Christophe Baguet : Je suis en pleine forme, tout va bien. L’élection législative partielle de février 2025 a été salutaire : elle a remis l’église au milieu du village en redéfinissant le paysage politique local avec l’élection d’Élisabeth de Maistre (LR). Après la dissolution de l’assemblée en juin 2024, nous avions négocié un accord départemental avec Gabriel Attal (Renaissance) et le président du département Georges Siffredi (LR). Cela n’a pas été simple : j’ai dû soutenir Stéphane Séjourné (Renaissance) malgré nos divergences. Aujourd’hui, la situation est claire : j’ai toutes les investitures, y compris celle d’Horizons. Je n’ai jamais eu autant de soutien : c’est un vrai plaisir de repartir dans ces conditions. Les gens veulent l’union au niveau national, nous la faisons au niveau local.
L’union que les Français attendent, nous la faisons à Boulogne.
Défis et priorités pour le prochain mandat
Est-ce que les difficultés de ce mandat, notamment le départ de certains adjoints et votre mise en retrait temporaire en mars dernier, vous ont fait hésiter à vous représenter ?
Non. La seule chose qui aurait pu m’arrêter, c’est ma famille. Avant de me décider, j’ai consulté mon équipe : la députée, la sénatrice, et les conseillers régionaux et départementaux. Je leur ai demandé si l’un d’eux voulait y aller, en leur assurant que je me mettrais derrière eux. Pour diverses raisons, notamment des carrières nationales, aucun n’a souhaité prendre la tête de liste.
Pourquoi vous êtes-vous mis en retrait après le Conseil municipal du 13 mars 2025 ?
Ce fut une journée difficile. C’était l’anniversaire de mon fils décédé. L’après-midi, j’ai été accusé d’être responsable de la mort d’une jeune employée municipale dans un incendie. Le soir, en plein conseil municipal, j’ai été traité d’« assassin » après un accident de voirie impliquant un camion de la mairie. Je n’aurais pas dû m’énerver, mais ça faisait beaucoup. La venue des journalistes au Conseil municipal a été orchestrée par mon opposition pour faire le buzz. Je me suis retiré car j’ai eu un coup de blues, un coup de fatigue.
Analyse de l’offre politique et vision pour Boulogne
Comment analysez-vous l’offre politique actuelle à Boulogne, avec la présence de listes RN et Reconquête ?
L’offre a clairement dérivé vers la droite, comme dans l’ensemble du département. Aux municipales de 2020, il y avait trois listes de gauche et trois listes de centre droit. Cette fois, il y a deux listes de centre droit et deux listes de gauche mais aussi une du Rassemblement national et une de Reconquête d’Éric Zemmour. Le RN a une logique simple : ils sont bons en province mais mauvais dans les milieux urbains denses de droite. Leur objectif est de passer de 10 à 15 % dans les Hauts-de-Seine pour peser sur l’élection présidentielle. Je ne passerai pas au premier tour cette fois-ci…
Je ne passerai pas au premier tour cette fois-ci.
Vos opposants pointent souvent la densification de la ville. Quelle est votre vision pour le prochain mandat ?
Mon objectif n’est absolument pas de densifier Boulogne-Billancourt. Nous sommes stabilisés autour de 119 000 habitants, et cela me convient. J’ai d’ailleurs eu un bras de fer avec le préfet qui souhaitait fixer un objectif à 138 000 habitants. Je lui ai dit : « Jamais tant que je serai maire ».
Ils vous reprochent aussi un manque d’ambition écologique…
Ceux qui nous accusent de négliger l’écologie oublient que Boulogne est une ville de transit avec 100 000 véhicules par jour. Je refuse de paralyser toute la région par une piétonnisation dogmatique. Nous avons désimperméabilisé 18 500 mètres carrés et nous le faisons à chaque fois que c’est possible. Nous avons créé des cours oasis dans les écoles et nous développons des axes cyclables notamment nord-sud.
Fiertés et projets emblématiques
De quoi êtes-vous le plus fier ?
D’avoir conservé l’âme de Boulogne et d’avoir pacifié la ville. Toutes les religions se parlent : l’imam tutoie le rabbin. Le tissu associatif est fabuleux avec des milliers de bénévoles. Je suis fier de cette dynamique collective. Nous avons aussi géré des crises majeures comme le Covid, où nous avons été la seule grande ville à distribuer des masques gratuitement à toute la population grâce à une logistique incroyable.
Quel projet emblématique résume le mieux votre bilan ?
Le dispositif « Comme à la maison » créé pour les salariés qui ont des horaires discontinus. C’est un lieu dans lequel ils peuvent venir se reposer : il y a des lits pour faire la sieste, un coin cuisine, une salle à manger, un salon et des animateurs avec des ordinateurs pour se former. Et aussi la future maison de répit. J’ai été marqué par une dame qui m’a confié qu’elle venait de vivre un moment de bonheur intense : elle avait pu aller à la communion de son petit-fils dans les Landes parce que son mari totalement dépendant avait été pris en charge pendant trois jours. Elle n’avait pas vu sa famille depuis dix ans ! La maison de répit sera un lieu où les aidants pourront se reposer, se former, et apprendre à se détacher doucement de la personne dépendante pour éviter l’épuisement. C’est un projet humain important (40-50 millions d’euros), le premier du genre en Île-de-France. Les gens pourront venir jusqu’à 30 jours par an. Elle sera ouverte fin 2026.
En créant la maison de répit, je veux aider les aidants.
Regrets et priorités futures
À l’inverse, avez-vous des regrets sur ce mandat ?
Le commissariat ! Tous les ministres de l’Intérieur successifs m’ont dit que c’était prioritaire. On a un projet à 27 millions d’euros et nous apportons 14 millions. C’est du jamais vu en France. Mais on me dit que les chiffres de la sécurité sont tellement bons à Boulogne qu’on n’a pas besoin d’un nouveau commissariat. C’est aberrant car le nôtre est à rénover totalement.
Quelles seront vos priorités pour le prochain mandat ?
Notre slogan était « Ville des familles » en 2008, « Nouvel élan » en 2014, « Ville plus facile » en 2020. J’entends poursuivre tout ce qui a été entrepris.
Aménagement de l’île Seguin et autres défis
L’aménagement de l’île Seguin reste un sujet majeur. Où en est-on ?
Avec la Seine Musicale, le cinéma et le centre d’art de la Fondation Emerige qui sort de terre, nous créons une véritable vallée de la culture. Le 31 janvier, le département inaugure un parc des sculptures de trois hectares et demi. Sur le centre de l’île (toujours en friche : NDLR), nous avons repris la main : nous avons vendu un lot pour une résidence étudiante plus cher que prévu (54 millions d’euros au lieu des 52) et nous avons un deuxième acquéreur mais nous sommes tenus à la confidentialité. Pour le reste, si Bouygues ne lance pas les chantiers d’ici à novembre, la ville récupère tout gratuitement : terrains, permis de construire et agréments de bureaux. C’est une sécurité financière totale. En tout, 2 milliards d’euros ont été investis entre l’île Seguin, le pont de Sèvres, la gare du Grand Paris Express, la Seine musicale, les tours Citylights et le nouveau siège de Renault. Les gens ne se rendent pas compte du travail que ça représente de mobiliser autant d’argent.
L’un des points noirs boulonnais est l’aménagement de la place Marcel-Sembat : est-elle condamnée à rester en l’état ?
C’est très compliqué. Il y a neuf administrations impliquées. On ne peut rien faire sans déplacer la ligne de métro. On a fait des études, des projets, mais ça ne passe pas. Le département ne veut pas, le préfet ne veut pas, le ministère de la Défense ne veut pas.
Vous militez pour le prolongement de la ligne 12 du métro. Est-ce réaliste ?
C’est un combat passionnant ! Avec André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux et d’autres, nous faisons un lobbying intense pour que la ligne 12 rejoigne le Grand Paris Express au Pont de Sèvres. Nous calculons actuellement la taxe transport payée par les entreprises du secteur (Renault, Thalès, etc.) pour prouver à Valérie Pécresse (présidente de la région Île-de-France : NDLR) que l’investissement est légitime. Je crois aussi beaucoup au projet de téléphérique vers Vélizy. C’est le seul endroit en Île-de-France où il pourrait être rentable grâce aux flux croisés des salariés et des clients du centre commercial.
Je crois beaucoup au projet de téléphérique vers Vélizy.
Succession et dernier mot
Si vous êtes réélu, ce sera votre dernier mandat. Avez-vous préparé votre succession, on parle notamment de la sénatrice Christine Lavarde ?
Ce sera effectivement mon dernier mandat. Pour la suite, je ne suis pas inquiet. Il y a des talents dans mon équipe. Christine Lavarde ferait une excellente maire, mais elle est reconnue comme l’une des élues les plus compétentes en finances locales et pourrait donc être appelée à de hautes fonctions au niveau national. Heureusement, elle n’est pas la seule. Cela se fera naturellement, je ne crains pas de guerre de succession, la ville est apaisée. Boulogne n’est pas Dallas !
Un dernier mot sur la fermeture de la patinoire en 2025 que vos adversaires aux municipales affirment vouloir rouvrir…
La page est tournée. Cette patinoire était devenue un gouffre écologique et financier : 13 millions de litres d’eau potable consommés par an et des machines qui tournaient à fond en plein mois d’août sous une verrière. C’était intenable. Nous l’avons remplacée par des pistes de padel, qui rencontrent un immense succès et qui sont une ressource financière pour la ville. Nous économisons et gagnons environ un million d’euros par rapport à l’ancienne structure.



