Hénin-Beaumont, tête de pont de l'extrême droite dans le bassin minier du Pas-de-Calais
Hénin-Beaumont, tête de pont de l'extrême droite dans le bassin minier

Hénin-Beaumont, laboratoire politique de l'extrême droite dans le Nord

Dans le bassin minier du Pas-de-Calais, l'extrême droite a trouvé en Hénin-Beaumont un terrain d'implantation idéal. Ce territoire, profondément marqué par la fermeture des mines et les difficultés économiques, n'a jamais vraiment pansé les plaies de son glorieux passé industriel. La population, confrontée au déclassement social et à un chômage persistant, garde la nostalgie des combats ouvriers d'antan.

Le terreau fertile d'une ville en souffrance

Le déclic survient au début des années 2000 avec la gestion désastreuse du socialiste Gérard Dalongeville. Élu maire en 2001 puis réélu en 2008, il est finalement révoqué de son mandat en 2009. Une enquête sur des marchés publics truqués et l'explosion de la dette municipale, entraînant une forte hausse des impôts locaux, discréditent durablement l'équipe municipale sortante.

À cette époque, Steeve Briois n'est qu'un simple conseiller municipal d'opposition. Mais son ascension politique s'amorce progressivement, grignotant des voix à chaque scrutin. L'arrivée de Marine Le Pen sur la scène locale change radicalement la donne. En 2009, elle figure en deuxième position sur la liste de Steeve Briois pour les élections municipales suivant la révocation du maire, alors en détention provisoire.

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L'installation progressive du Front National

Malgré cette montée en puissance, la gauche parvient encore à l'emporter. Les conseils municipaux deviennent alors de véritables arènes politiques, souvent chaotiques, où les accusations fusent et les cris résonnent. Ces séances tumultueuses attirent les curieux comme on assiste à un spectacle.

Le tournant décisif intervient en 2014 lorsque Steeve Briois est élu maire dès le premier tour. Face à lui, une certaine Marine Tondelier commence à forger sa notoriété en s'opposant farouchement à l'équipe municipale frontiste. Dans son ouvrage Nouvelles du front publié en 2017, l'écologiste décrit comment « au fil des mois, une chape de plomb s'installe. Elle muselle les mécontents, divise les habitants. Qu'ils soient opposants politiques, militants associatifs, employés municipaux, journalistes, les récalcitrants sont harcelés, calomniés et découragés ».

L'essaimage dans le bassin minier

Dans le reste du bassin minier, le Front National, devenu Rassemblement National, enchaîne les bons scores aux scrutins nationaux mais se heurte longtemps à un plafond de verre constitué par des élus locaux de gauche bien implantés. Cette situation bascule en 2020 à Bruay-la-Buissière, ville de 21 000 habitants où le candidat RN Ludovic Pajot remporte la mairie.

Cette victoire, après celle d'Hénin-Beaumont, marque la conquête de la deuxième ville moyenne du territoire par l'extrême droite. Elle est observée comme un événement majeur dans le processus de municipalisation du Rassemblement National. Le soir du second tour, Steeve Briois, réélu triomphalement avec 74% des voix dès le premier tour, se tient aux côtés du nouveau maire pour en faire un symbole politique fort.

L'implantation de l'extrême droite dans le bassin minier du Pas-de-Calais illustre ainsi comment un mouvement politique peut capitaliser sur les difficultés économiques, les déceptions envers les partis traditionnels et les scandales locaux pour s'enraciner durablement dans un territoire. Hénin-Beaumont, de simple tête de pont, est devenue le laboratoire d'une stratégie de conquête municipale qui s'étend désormais à l'ensemble de la région.

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