Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle n'ont jamais été aussi fréquentés. En 2025, un nouveau record a été battu avec 530 998 pèlerins ayant rejoint la capitale galicienne, soit une hausse de 6,2 % sur un an, selon l'Agence française des Chemins de Compostelle. Ce succès est en partie attribué à des films comme Buen Camino avec Checco Zalone, qui a attiré plus de 8 millions de spectateurs en Italie pour 70 millions d'euros de recettes, et Compostelle avec Alexandra Lamy, qui a cumulé près de 1,2 million d'entrées en France depuis avril.
Un engouement post-Covid et médiatique
« Les chemins sont longtemps tombés en désuétude avant de connaître un renouveau à partir de la fin des années 1980, souligne Laure Koupaliantz, directrice de l’Agence française des Chemins de Compostelle. Cela s’est poursuivi dans les années 2000 avec un boom après le Covid. » En 2025, le nombre de pèlerins officiellement comptabilisés (ceux qui obtiennent la Compostela, le certificat de pèlerinage) atteint un sommet, mais la fréquentation réelle est encore plus élevée, précise-t-elle.
Durant l'été, Saint-Jacques-de-Compostelle, ville de 100 000 habitants, accueille chaque jour des milliers de marcheurs venus du monde entier. Les Espagnols arrivent en tête, suivis des Américains, des Italiens, des Allemands, des Portugais et des Anglais. « On voit aussi de plus en plus de personnes d’Amérique latine, d’Amérique du Sud ou du continent asiatique, ce qui prouve le caractère universel exceptionnel de ce chemin », ajoute Laure Koupaliantz.
Surfréquentation et tensions locales
Cet afflux croissant suscite des critiques parmi les habitants, qui dénoncent le surtourisme : déchets, nuisances, hausse des loyers. Le phénomène est particulièrement marqué sur les 100 derniers kilomètres du Camino Francès, distance minimale pour obtenir la Compostela. « C’est une vraie autoroute et ce n’est vraiment pas agréable à certains moments de randonner avec autant de personnes sur le chemin, surtout quand on a marché seul et dans le calme avant », témoigne Jean Pouliquen, un retraité breton qui a parcouru 12 000 kilomètres sur les chemins de Compostelle.
Pauline, créatrice de contenus sur Instagram (@tusaispasquoiii), a marché du Puy-en-Velay jusqu'à Santiago. Elle observe : « On les reconnaît de toute façon ceux qui viennent pour les 100 derniers kilomètres, ils débarquent tout frais et bien sapés alors que nous, on est habillés en schlag. » Beaucoup de pèlerins se contentent de tronçons plus courts, sans quitter la France, comme le célèbre itinéraire du Puy-en-Velay à Conques.
Stabilisation en France, mais des conflits d'usage
En France, l'affluence reste soutenue mais se stabilise, selon Laure Koupaliantz. « On a eu une hausse des pèlerins ces dernières années mais on est plutôt sur une stabilisation. » Cependant, certains tronçons comme Le Puy-en-Velay-Conques peuvent être très fréquentés à certaines périodes. La directrice de l'Agence refuse de parler de surtourisme : « C’est un fantasme. Je préfère parler de saturation ponctuelle des services à certains endroits et sur certains tronçons. »
Avec la popularisation du pèlerinage sur les réseaux sociaux et l'arrivée de nouveaux publics, des conflits d'usage émergent. « On milite pour des chemins pour tous et globalement, le gros des cheminants est respectueux. Mais c’est vrai qu’on a parfois quelques randonneurs peu aguerris qui ne respectent pas les codes de bonne conduite ou qui ne sont pas dans une démarche de sobriété heureuse, souligne-t-elle. Cela peut créer des conflits, de l’incompréhension et faire perdre un peu le sens de cet itinéraire. A nous de rappeler dans ce cas que l’on est sur un bien culturel et pas sur un produit marketing ou touristique. »



