Vendanges mi-août en Occitanie : les vignerons face au dérèglement climatique
Vendanges mi-août : le dérèglement climatique perturbe les vignerons

Pour la quatrième année consécutive, les vendanges débuteront avec plusieurs semaines d'avance en Occitanie. Les premières grappes devraient être récoltées dès la mi-août, un calendrier bouleversé par le dérèglement climatique. Dans sa parcelle de Talairan (Aude), Ludovic Roux, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude, s'apprête à lancer les vendanges. « La récolte des raisins devrait commencer dès la mi-août, c'est-à-dire avec une quinzaine de jours d'avance », explique le vigneron.

Un cycle végétatif perturbé par la chaleur

En cause : le dérèglement climatique, qui perturbe le cycle végétatif des cépages. Dans les rangs de vigne de Ludovic Roux, les Caladoc, Grenache Blanc et Syrah arrivent déjà presque à maturité. « L'hiver a été pluvieux et doux, le développement des vignes a donc démarré plus tôt dans l'année », précise le producteur audois. Cette croissance précoce avance mécaniquement le calendrier des vendanges.

Jean-Marie Fabre, vigneron installé à Fitou (Aude) et président du syndicat des Vignerons Indépendants de France, confirme : « Le cycle végétatif de la vigne reste le même. Si la grappe se développe plus tôt, la récolte arrive elle aussi plus tôt. » Il y a quarante ans, les vendanges se déroulaient plutôt à la mi-septembre.

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Un phénomène qui s'accélère depuis dix ans

Ce phénomène n'est pas nouveau. « Depuis une dizaine d'années, les vendanges s'organisent de plus en plus tôt », souligne Jean-Marie Fabre. Cette période coïncide avec une accélération du réchauffement climatique. Selon l'Institut de recherche sur l'impact du climat de Potsdam, la température moyenne mondiale a augmenté d'environ 0,35 degré depuis 2015, contre 0,20 degré par décennie depuis 1970. « La vigne et les vignerons subissent depuis longtemps les conséquences de la violence du dérèglement climatique », ajoute Fabre.

Laurianne Tournier, productrice de Grenache à Trouillas (Pyrénées-Orientales) et présidente du Syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales, témoigne : « Le problème, c'est la répétition de ces événements climatiques. Avant, on avait moins d'aléas climatiques. On vendangeait donc plus tard. » Elle se souvient de l'époque où elle donnait ses premiers coups de sécateur à la mi-septembre, dans les années 2000.

Des pertes de 25% avant même les vendanges

La canicule et la sécheresse ne devraient pas dégrader la qualité du vin, mais pourraient affecter la quantité de rouge disponible. « La vigne résiste très bien à la chaleur, mais les trois vagues de canicules en moins de trois mois ont réellement eu un impact sur les parcelles », assure Ludovic Roux. Conséquence : la récolte s'annonce compliquée, comme en 2023, 2024 et 2025. Avant même le début des vendanges, les pertes pourraient atteindre jusqu'à 25 % de la production sur certaines exploitations.

« Si les récoltes sont trop compliquées, nous attendons des aides publiques, qu'elles soient régionales ou nationales », glisse Laurianne Tournier. Elle évoque aussi des solutions structurelles, comme un meilleur accès à l'eau. Dans son domaine viticole niché au cœur du massif des Aspres, l'eau se fait rare. Il faut donc être créatif et « trouver d'autres solutions », comme limiter le travail du sol pour conserver l'humidité ou installer des ombrières. « Elles permettent de faire baisser la température et de protéger les grappes de l'échaudage », explique Jean-Marie Fabre.

Ce mercredi 15 juillet, le soleil brûle toujours. Dans les rangs de vigne, le thermomètre dépasse les 30 °C, une chaleur suffisante pour placer l'Aude et 70 autres départements en vigilance orange canicule.

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