Théories du complot après la tentative d'attaque au dîner des correspondants
Théories du complot après l'attaque au dîner des correspondants

Une attaque qui nourrit les spéculations

Les théories du complot ne tardent généralement pas à émerger. À peine un homme armé avait-il tenté de prendre d'assaut la grande salle de bal du Washington Hilton, où se tenait, samedi 25 avril, le dîner des correspondants de la Maison-Blanche, entre smokings, robes longues et conversations feutrées, que les réseaux sociaux débordaient déjà de spéculations sur une scène qui se déroulait encore en direct. Peu importait que certains des journalistes les plus réputés présents sur place tentaient, téléphone en main, dans la confusion, de rapporter les faits.

Des propos ambigus de la porte-parole

Parmi les séquences qui ont nourri les théories les plus farfelues, un extrait d'une remarque de la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, sur Fox News. Interrogée sur ce que le public pouvait attendre de l'événement, elle avait lancé juste avant celui-ci : "Ce sera drôle et divertissant. Ça va chauffer ce soir ! Alors branchez-vous, ça va être génial !". Plus tard, lors d'une conférence de presse organisée dans la nuit de samedi, Donald Trump a affirmé que l'attaque confirmait la nécessité d'une salle de bal sécurisée au sein du complexe de la Maison-Blanche. Il n'en a pas fallu davantage pour que certains internautes avancent, sans le moindre fondement, que l'attaque aurait été mise en scène à cette fin. Ou bien pour détourner l'attention de sujets comme la guerre en Iran.

Des accusations venues de la gauche

Et l'idée d'une attaque montée de toutes pièces par le 47e président américain ne s'est pas cantonnée à quelques internautes rivés à leurs écrans. Six heures après l'attaque, la députée Jasmine Crockett, démocrate du Texas, a elle aussi évoqué un canular. "Un président a-t-il déjà essuyé autant de tentatives d'assassinat ?", a-t-elle écrit sur Threads dimanche. "Peut-être est-ce dû à une législation laxiste sur les armes à feu, peut-être à un manque de financement pour la santé mentale, ou peut-être est-ce une mise en scène… qui sait…". Selon une analyse du Washington Post, environ un cinquième des influenceurs et responsables politiques de gauche ou libéraux ayant commenté la fusillade ont employé un langage conspirationniste.

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La droite radicale aussi dans la danse

Si les théories complotistes ont gagné les opposants les plus farouches du président américain, elles ont également prospéré dans les cercles MAGA, notamment dans les rangs les plus radicaux. Ainsi, l'ancienne influenceuse pro-Trump Ashley St. Clair a accusé le mouvement d'orchestrer sa propre riposte narrative. Après que des dizaines d'influenceurs conservateurs et de soutiens de Donald Trump ont affirmé sur X que l'incident démontrait la nécessité d'une nouvelle salle de bal à la Maison-Blanche, comme le souhaite le président, elle a estimé que cet argument avait probablement été coordonné dans des groupes privés pour en amplifier la portée. "Tout chez Maga est faux, mis en scène et coordonné", a-t-elle lancé dans une vidéo sur TikTok.

La réponse de l'administration

De son côté, l'administration Donald Trump a balayé ces théories du complot. "Quiconque pense que le président Trump a orchestré ses propres tentatives d'assassinat est un imbécile fini", a déclaré le porte-parole Davis Ingle dans un communiqué. Si l'attaque du dîner des correspondants s'est montrée si perméable aux récits conspirationnistes, c'est aussi parce qu'elle survient dans un climat de défiance croissante envers les versions officielles.

Un contexte de défiance

CNN rappelle que d'anciens soutiens influents de Trump contestent aujourd'hui les conclusions sur la tentative d'assassinat de Donald Trump à Butler, en Pennsylvanie, en juillet 2024. Le ministère de la Justice a conclu que Thomas Crooks avait agi seul. Mais Tucker Carlson, commentateur et voix influente américaine, et l'ancienne élue républicaine Marjorie Taylor Greene ont réclamé davantage d'informations, laissant entendre une dissimulation.

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L'abondance d'informations, une arme à double tranchant

Si l'abondance d'informations, relayées en temps réel par les journalistes sur place, a pu contribuer ce week-end à étouffer certaines spéculations dans l'œuf, elle n'est pas sans effets ambivalents. Auprès de PBS News, Emily Vraga, professeure à l'Université du Minnesota et spécialiste de la désinformation politique, estime que disposer de davantage d'informations ne signifie pas nécessairement une meilleure compréhension, surtout dans un contexte de forte polarisation où chacun tend à sélectionner les faits qui confirment ses convictions. "Nous ne pouvons tout simplement pas traiter autant d'informations", explique-t-elle. Face à ce flux continu de données contradictoires et évolutives, ajoute-t-elle, la tentation de privilégier un récit simple et cohérent s'en trouve renforcée — quitte à intégrer, parfois, des théories du complot.