Des incidents ont émaillé les commémorations de la victoire du 8 mai 1945 dans les deux communes de Gironde conquises par le Rassemblement national (RN) lors des dernières municipales. Ces prises de position illustrent la fracture encore vive dans ce territoire.
Une cérémonie officielle et un "rassemblement pirate"
Il est neuf heures ce vendredi 8 mai. La nouvelle maire de Laruscade, l'élue RN Marjorie Portes, accompagnée des membres de son conseil municipal et de la députée de la 11e circonscription de Gironde Edwige Diaz, vice-présidente du parti, déposait une gerbe sur le monument aux morts niché dans le cimetière de la petite commune, à l'occasion de la journée de commémoration de la victoire du 8 mai 1945, date de la capitulation de l'Allemagne nazie. C'est une première en tant que maire pour la jeune femme, dans un contexte de tension dans la commune, l'une des deux en Gironde, avec Saint-Savin, à avoir porté au pouvoir une liste du parti d'extrême droite.
L'élue sait qu'une heure plus tard, une cérémonie alternative doit avoir lieu, coordonnée par son prédécesseur Jean-Paul Labeyrie. Une initiative que Marjorie Portes qualifie d'irrespectueuse, « ni très patriotique, ni très républicaine ». Le « rassemblement pirate » organisé en marge de la cérémonie officielle a accueilli une quinzaine de militants, qui ont entonné le Chant des partisans après la lecture d'un texte reconnectant la fondation du Front national de Jean-Marie Le Pen avec « les anciens de la milice » et les « nostalgiques de Pétain ».
Des positions irréconciliables
« La mairie nous a invités à commémorer la victoire du nazisme avec le Rassemblement national, délivre une militante. J'ai revu l'invitation plusieurs fois. C'est une blague ! Le RN n'est pas un parti comme les autres. Son fondateur Jean-Marie Le Pen a qualifié les chambres à gaz de point de détail de l'histoire… » Pour le groupe, « les costumes ont changé, l'idéologie reste. Résister aujourd'hui, c'est refuser de trouver ça normal. »
Marjorie Portes se dit scandalisée : « Je n'ai pas interdit la manifestation mais c'est un manque total de respect. J'ai assisté tous les ans à la commémoration même quand Jean-Paul Labeyrie la présidait. Mon grand-père a fait la guerre ! » Pour l'élue, l'étiquette politique doit s'effacer devant le souvenir. Edwige Diaz est à l'unisson. La députée regrette « le spectacle offert par la gauche » en cette occasion : « C'est absolument indigne. Ce spectacle est la démonstration d'un manque de respect pour la démocratie », rappelant la victoire « légitime » de sa candidate dans les urnes.
Incident à Saint-Savin
La parlementaire lie l'incident à celui qui a perturbé le même jour une autre cérémonie à laquelle elle assistait, en fin de matinée, à Saint-Savin, aux côtés de la maire Frédérique Joint. Alors même que se faisait le silence pour le dépôt de gerbe, une voix a crié « Demandez pardon, madame Diaz ». Cette dernière refuse de jouer ce jeu : « Je ne vois pas de quoi je devrais m'excuser. Je regrette surtout de voir que l'ancien maire [Alain Renard, NDLR], qui était présent, soit resté silencieux. » « Je ne suis plus qu'un simple citoyen. Quelqu'un a prononcé ces mots, c'est qu'il avait besoin de le faire », rétorque ce dernier.
Ces positions reflètent les tensions actuellement à l'œuvre dans les conseils municipaux des deux communes, où la victoire du RN a ravivé des clivages profonds.



