Ce jeudi 13 août, les sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes ont massivement répondu à l’appel à la grève nationale, lancé par neuf organisations représentatives de la profession. Le co-président du syndicat autonome des sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes, Julien Pinson, dénonce « un système à bout de souffle » et des revendications précises : augmentation du financement de l’État, recrutement massif de professionnels et renforcement des moyens de lutte.
Trois revendications principales
« Nos revendications se résument en trois points, explique le responsable azuréen. Augmenter le financement de l’État aux services départementaux, recruter massivement des sapeurs-pompiers professionnels et prévoir davantage de moyens de lutte pour protéger nos concitoyens et nous protéger nous-mêmes. »
Concernant les moyens humains, définis par le règlement opérationnel départemental, l’objectif affiché est d’avoir H24 « 300 pompiers professionnels la journée et 250 la nuit ». Des chiffres qui ne sont pas atteints aujourd’hui dans le département, « que ce soit le jour ou la nuit ». « Il manque toujours une cinquantaine de sapeurs-pompiers », précise Julien Pinson, qui pointe plus largement un système déséquilibré.
Un système basé sur 80 % de volontaires
« Nous sommes un des seuls services publics qui fonctionne avec 20 % de titulaires et 80 % de sapeurs-pompiers volontaires. Un système basé sur 80 % de disponibilité hypothétique. Les volontaires ont un métier, une vie de famille et n’ont pas les mêmes disponibilités qu’un professionnel. Certains d’entre eux aimeraient le devenir mais avec les quotas lors des concours c’est compliqué. Essayons de rééquilibrer cette balance en permettant à nos collègues volontaires de pouvoir rejoindre les rangs des professionnels, avoir un véritable statut qui les protège et ainsi remercier leur engagement. »
Sur le plan matériel, « un budget de 211 millions d’euros avait été prévu en 2025 pour les pompiers dans les Alpes-Maritimes. Ont été honorés 190 millions d’euros, soit un manque de 21 millions d’euros », rappelle-t-il. Une enveloppe manquante qui a une conséquence directe sur le fonctionnement quotidien des soldats du feu : « Nous ne disposons pas d’engins de réserve, poursuit Julien Pinson. Autrement dit, si demain une panne mécanique importante survient sur un engin, nous perdons de fait un moyen pour couvrir le risque sur le département. Cela conduit à des arbitrages et rallonge les délais d’intervention sur des territoires. »
Des délais d’intervention rallongés
« Sur le feu de Taradeau, par exemple, nous avons engagé des colonnes d’engins-pompes urbains à 6 pompiers, habituellement utilisés pour éteindre les feux d’appartement. Cela fait 20 ans que je suis pompier à Nice, on ne l’avait jamais fait par le passé. Que serait-il arrivé si un gros feu s’était déclaré dans les Alpes-Maritimes, avec l’absence de ces camions et de personnels ? Cela ne s’est pas produit, heureusement… »
S’il reconnaît que le département « n’est pas le moins bien loti » en France, Julien Pinson évoque un dialogue passé avec le SDIS et le Conseil départemental resté inabouti à ce jour. « Nous avons eu des engagements moraux, mais aucun engagement écrit. »
Une « logique de rendement » inappropriée
Les pompiers azuréens ont-ils espoir de voir des mesures immédiates se concrétiser après la réunion prévue ce jeudi midi place Beauvau entre les syndicats des sapeurs-pompiers professionnels et le ministre de l’Intérieur ? « Malheureusement on y croit de moins en moins, souligne Julien Pinson. Hier on parlait de l’éclipse, aujourd’hui on parle de nous et demain on parlera du prix des cartables pour la rentrée scolaire… »
Le responsable syndical dénonce « un système à bout de souffle » et « une logique de rendement » inappropriée. « Nous ne sommes pas là pour faire du rendement mais pour couvrir des risques simultanés. Aujourd’hui on ne répond plus à un gros feu de forêt dans l’été, mais à 5-6 gros incendies simultanés, avec les mêmes moyens. On ne peut pas y arriver. »
À l’instar de leurs collègues varois et à l’échelle nationale, les sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes ne comptent pas en rester là : « 150 d’entre eux ont déjà réservé leur billet d’avion » pour prendre part à la mobilisation de la fonction publique prévue le 29 septembre prochain à Paris, fait savoir Julien Pinson. « Car nous savons très bien que les promesses de l’été ne seront pas celles de demain… »



