Douanes 2025 : un bilan contrasté entre saisies record et crise des effectifs
Le bilan annuel des douanes françaises pour l'année 2025, qui devait être présenté symboliquement au péage de Biriatou dans le Pays basque, révèle des chiffres impressionnants mais masque une réalité plus sombre. Annulée le jeudi 19 février en raison d'inondations, cette présentation aurait illustré la vigilance de l'État selon l'ancienne ministre de l'Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin.
Des saisies de stupéfiants en explosion
Depuis Paris, l'ex-ministre a dévoilé des statistiques record : 108 tonnes de stupéfiants saisies en 2025, dont 31 tonnes de cocaïne, représentant une hausse spectaculaire de 49% sur une seule année. La Direction régionale des douanes de Bayonne, couvrant les Pyrénées-Atlantiques et les Landes, a particulièrement brillé avec des saisies de cannabis doublées (6 tonnes contre 3 en 2024) et des saisies de cocaïne multipliées par cinq en un an.
Les opérations concrètes illustrent cette efficacité : en septembre dernier, les douaniers d'Hendaye ont réalisé trois saisies successives pour un total de 1,4 kg de cocaïne, habilement dissimulés dans des caches aménagées de poids lourds. Parallèlement, les agents de Bayonne ont intercepté 1,4 million d'euros en liquide, démontrant l'étendue de leurs missions.
Une crise des effectifs préoccupante
Derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité alarmante : les douaniers sont de moins en moins nombreux et le secteur souffre d'une crise d'attractivité profonde. Les syndicats, basés à la frontière franco-espagnole, tirent la sonnette d'alarme sur les manques criants d'effectifs et déplorent ce qu'ils qualifient d'« effets d'annonces » sans moyens supplémentaires.
Entre 2017 et 2025, la Direction régionale des douanes de Bayonne est passée de 264 à seulement 250 agents selon les organisations syndicales. Manuela Graciet, secrétaire interrégionale CFDT des douanes de Nouvelle-Aquitaine, résume la situation : « plus de missions avec moins d'effectifs ».
Des missions élargies, des moyens réduits
La polyvalence croissante des douaniers devient un défi majeur. Laurent Londaïz, secrétaire de la CGT pour les douanes de Bayonne, explique : « Lutte contre le trafic de contrebande, les contrefaçons, les déchets illégaux, l'immigration, les espèces menacées : nos missions ont évolué jusqu'à devenir plus polyvalentes et peut-être moins spécialisées ».
Pourtant, aucune création de poste n'est prévue pour 2026 au niveau national, avec même 46 suppressions annoncées. Pour la seule direction régionale de Bayonne, les syndicats estiment qu'une quarantaine d'emplois supplémentaires seraient nécessaires pour fonctionner correctement.
Des promesses technologiques face aux réalités humaines
Amélie de Montchalin a présenté la feuille de route « Douane 2030 » promettant « plus de technologie, plus de renseignement, plus d'investigation, plus de coordination » et un renforcement de l'attractivité des métiers. Elle a insisté : « Il faut investir dans l'humain autant que dans la technologie », sans toutefois annoncer de chiffres concrets.
Les syndicats restent sceptiques. Manuela Graciet dénonce : « C'est de la poudre aux yeux. Un effet d'annonce. La réalité, c'est que nous n'avons plus le temps de faire le métier qu'on faisait avant. Par exemple, nous faisons moins de visites domiciliaires douanières car nous sommes inondés par le trafic de stupéfiants ».
Problèmes techniques et financements incertains
Les difficultés opérationnelles s'accumulent. Les agents pointent les problèmes informatiques récurrents du logiciel Delta, le service en ligne de dédouanement. Manuel Graciet alerte : « Certaines sociétés commencent à se tourner vers d'autres logiciels à l'étranger ».
Pour financer ses ambitions, l'ex-ministre a rappelé la mise en place des taxes sur les petits colis : deux euros par article à leur arrivée en France dès le 1er mars, plus trois euros lors de leur entrée dans l'Union européenne dès le 1er juillet. En 2026, les crédits de paiement devraient augmenter de 10% pour investir dans le matériel et les technologies (drones, scanners, outils numériques).
Mais pour les agents sur le terrain, ces annonces ne suffisent pas à compenser l'érosion continue des effectifs et la complexification croissante de leurs missions dans un contexte de trafic de stupéfiants en pleine expansion.



