Un plan massif pour désengorger la filière investigation de la police
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a dévoilé ce vendredi un vaste plan de renforcement de la filière investigation de la police nationale, avec le recrutement de 700 enquêteurs supplémentaires. Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu, où près de trois millions de procédures judiciaires sont actuellement en attente de traitement, deux ans après la mise en œuvre de la réforme controversée de la police.
125 mesures pour moderniser l'investigation policière
Le plan investigation, qui comprend pas moins de 125 mesures concrètes, vise à restructurer en profondeur le fonctionnement des services d'enquête. Outre le recrutement massif de nouveaux agents, le gouvernement prévoit la création d'une école de l'enquête, destinée à professionnaliser et uniformiser les pratiques d'investigation sur l'ensemble du territoire national.
Le ministère de l'Intérieur a également annoncé la mise en place de deux primes spécifiques pour soutenir les agents de la filière. Une prime investigation de 150 euros brut par mois sera attribuée aux 31 500 agents concernés, tandis qu'une prime de haute technicité de 125 euros brut mensuels bénéficiera à 1 900 agents spécialisés. Ces mesures financières s'accompagnent d'un volet numérique important, avec la modernisation des outils informatiques utilisés par les policiers, afin de simplifier les procédures et réduire la charge administrative qui pèse lourdement sur les enquêteurs.
Des réactions syndicales mitigées
Les syndicats de police ont accueilli ces annonces avec un mélange de satisfaction et de prudence. Le syndicat Un1té police a salué "un vrai effort de reconnaissance" envers la filière investigation, tout en soulignant que 2 000 enquêteurs supplémentaires seraient nécessaires pour répondre pleinement aux besoins. "Ce n'est pas suffisant, mais pour autant, ça reste un début qui est quand même conséquent", a déclaré un représentant syndical.
Olivier Hourcau, secrétaire général adjoint d'Alliance, premier syndicat de la profession, a quant à lui souligné : "Dans un contexte budgétaire très contraint, le signal est là !". Les syndicats restent cependant vigilants sur plusieurs points cruciaux :
- Le temps de travail des enquêteurs
- La réduction du stock des dossiers en attente
- La gestion des ressources humaines au sein des services
Le contexte de la réforme controversée
Ces annonces interviennent alors que la réforme de la police, portée par l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, continue de faire débat. Cette réorganisation a placé tous les services de police départementaux – renseignement, sécurité publique, police aux frontières et police judiciaire – sous l'autorité d'un seul directeur départemental de la police nationale, dépendant directement du préfet.
Cette réforme avait été vivement critiquée par certains acteurs du milieu judiciaire, qui redoutaient un "nivellement vers le bas" des compétences de la prestigieuse police judiciaire. À l'inverse, les principaux syndicats de police avaient plutôt soutenu cette évolution structurelle, tout en réclamant des moyens supplémentaires pour la filière investigation.
Le ministère de l'Intérieur justifie ce plan de renforcement par la nécessité impérieuse d'"améliorer la prise en charge des victimes qui sont en attente d'une réponse judiciaire". Avec trois millions de procédures en souffrance, l'enjeu est de taille pour restaurer la confiance des citoyens dans le système judiciaire et policier français.



