Référendum du RN : la presse étrangère s'inquiète
Référendum du RN : la presse étrangère s'inquiète

Le projet de référendum constitutionnel porté par le Rassemblement national (RN) est perçu comme un « coup de force » par une partie de la presse étrangère, qui s'inquiète des conséquences pour les institutions françaises. Selon plusieurs médias internationaux, cette initiative, si elle aboutissait, pourrait fragiliser l'équilibre des pouvoirs et ouvrir la voie à des dérives autoritaires.

Une initiative jugée risquée par les observateurs internationaux

Le quotidien britannique The Guardian estime que ce référendum, voulu par le RN, représente « un coup de force contre la Constitution ». Le journal souligne que le parti de Marine Le Pen cherche à contourner les freins institutionnels pour imposer ses priorités législatives, notamment en matière d'immigration. Cette analyse rejoint celle du New York Times, qui évoque « une manœuvre politique dangereuse » susceptible de « saper les fondements de la Ve République ».

En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung s'interroge sur la légalité d'une telle procédure, rappelant que la Constitution française ne permet pas au peuple de légiférer directement sur tous les sujets. Le journal cite des experts juridiques qui doutent de la conformité du projet avec l'article 11 de la Constitution, qui encadre le recours au référendum. Selon eux, une révision constitutionnelle serait nécessaire avant toute consultation, ce qui compliquerait la démarche du RN.

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Des inquiétudes sur l'état de droit et les contre-pouvoirs

La presse espagnole, via El País, met en garde contre un « affaiblissement des contre-pouvoirs » si le référendum aboutissait. Le journal rappelle que le Conseil constitutionnel, garant des droits fondamentaux, pourrait être marginalisé si les résultats d'une telle consultation étaient considérés comme supérieurs à la loi. Cette crainte est partagée par Le Temps (Suisse), qui voit dans ce projet « une étape de plus vers une démocratie illibérale ».

Plusieurs éditorialistes étrangers soulignent également le risque d'un précédent pour d'autres pays européens. Le Corriere della Sera (Italie) écrit que « si la France cède à cette tentation, d'autres gouvernements populistes pourraient s'en inspirer pour contourner leurs propres constitutions ». Cette dimension européenne est reprise par Politico Europe, qui évoque une « onde de choc » potentielle sur l'ensemble de l'Union européenne.

Le RN assume sa stratégie, l'opposition dénonce une dérive

Au niveau national, le RN assume pleinement cette initiative. Jordan Bardella, président du parti, a déclaré lors d'un meeting que « le référendum est l'expression la plus pure de la souveraineté populaire ». Il a ajouté que « les Français doivent pouvoir trancher directement sur les grands sujets qui engagent l'avenir du pays », en citant l'immigration, la sécurité et la fiscalité.

En revanche, l'opposition, toutes tendances confondues, dénonce une « dérive institutionnelle ». Le député LFI Antoine Léaument a estimé que « ce référendum est un leurre, un outil de communication politique qui vise à masquer l'absence de projet crédible ». De son côté, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a rappelé que « toute modification de la Constitution doit respecter des procédures strictes, et que l'avis du Conseil d'État est obligatoire ».

Quelles suites possibles ?

Le projet de référendum constitutionnel doit encore franchir plusieurs étapes avant d'être soumis au vote des Français. Le RN devra d'abord recueillir le soutien d'au moins un cinquième des parlementaires, soit 185 signatures, puis réunir les signatures de 10 % des électeurs inscrits, soit environ 4,8 millions de personnes. Si ces conditions sont remplies, le texte pourrait être soumis au référendum, mais le Conseil constitutionnel devra préalablement se prononcer sur sa conformité à la Constitution.

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Les observateurs étrangers restent donc vigilants, mais soulignent que le processus est long et incertain. Pour The Economist, « la probabilité que ce référendum aboutisse reste faible, mais le simple fait qu'il soit proposé par un parti d'opposition majoritaire dans les sondages témoigne d'une crise de confiance dans les institutions ». En attendant, le débat public français est durablement marqué par cette proposition, qui cristallise les inquiétudes sur l'avenir de la Ve République.