Le 3 mai 1942, le jeune officier de la France libre Henri Labit mourait en héros à Langon, après avoir affronté les Allemands pour sauver sa mission. Il fait partie des 1 038 compagnons de la Libération. Cet article, initialement publié le 29 avril 2022, revient sur son histoire.
Un destin tragique à la gare de Langon
Ce jour-là, Langon, ville frontière entre la zone libre et la zone occupée, vivait l'un des épisodes les plus dramatiques de l'occupation nazie en Sud-Gironde. Henri Labit, 22 ans, descend du train des Chemins de fer économiques de la Gironde à 9 heures. Les douaniers allemands le remarquent immédiatement. En quelques minutes, le lieutenant de l'armée de l'air de la France libre va jouer sa vie et la perdre après avoir abattu deux Allemands pour protéger les secrets qu'il transportait pour le SOE britannique.
Selon Philippe Souleau, professeur d'histoire contemporaine à l'Université Bordeaux Montaigne, « il y a peu d'affaires aussi dramatiques dans les grandes villes traversées par la ligne de démarcation ». Langon était l'une des principales villes frontière de cette ligne.
Le déroulement de la fusillade
Ce dimanche 3 mai 1942, alors que les douaniers demandent ses papiers, Henri Labit, parachuté la veille à Sore, présente une fausse carte d'identité au nom de Gérard Laure. Fébrile, il laisse tomber une seconde carte. Les Allemands, surpris, le conduisent au poste de contrôle. Pris de panique, Labit sort son colt 7,65 et tire plusieurs coups de feu. Deux Allemands sont tués : l'inspecteur des douanes Karl Kragl et le douanier Karl Schroder. Trois autres sont blessés.
Henri Labit s'enfuit à pied dans une ville qu'il ne connaît pas. Il trouve refuge dans un coin de jardin derrière le cimetière, à 200 mètres de la gare. Acculé, il avale une capsule de cyanure pour se donner la mort. Le Général de Gaulle dira de lui : « Un vainqueur avant la victoire, il mourut seul avec la gloire ». Il sera élevé au rang de compagnon de la Libération dès le 13 juillet 1942.
Un Français libre de la première heure
Né à Mézin (Lot-et-Garonne), Henri Labit fait ses études secondaires à Bordeaux, où il prépare l'école de l'air. Il a 19 ans lorsque la guerre éclate et s'engage aussitôt. Après l'appel du Général de Gaulle, il rejoint Londres à la fin de l'été 1940 et intègre les Forces aériennes françaises libres.
Remarqué pour ses qualités, le jeune lieutenant est envoyé en mission en France occupée dès juillet 1941, en Normandie, avec un radio. Dénoncés, le radio est fusillé, mais Labit parvient à s'enfuir vers Marseille, où une nouvelle mission l'attend. Repéré, il rejoint Londres en janvier 1942 par une opération maritime depuis le Finistère.
La mission Bass : sa dernière mission
Le lieutenant Labit est désormais un soldat de l'ombre aguerri. Ses supérieurs le désignent pour la mission Bass : créer un réseau SOE en région bordelaise, recueillir des renseignements sur les installations portuaires, l'aéroport de Mérignac et les plages océanes, et mettre en place des comités de réception pour les parachutages.
Dans la nuit du 2 au 3 mai 1942, il saute en parachute au-dessus de Sore, en zone occupée, seul. Bien qu'il connaisse Bordeaux, le Sud-Gironde lui est inconnu. Pourquoi a-t-il pris un train jusqu'à Langon pour rejoindre Bordeaux, au risque des contrôles ? Peut-être une erreur de train fatale, alors qu'il pouvait emprunter la ligne Saint-Symphorien – Beautiran pour éviter Langon.
Un héros oublié ?
Philippe Souleau regrette : « Ce que l'on peut dire, c'est qu'Henri Labit a fait face à plusieurs Allemands et qu'il a su se sortir de leurs griffes. Il s'est ensuite donné la mort pour préserver la ville de représailles et parce qu'il savait qu'il serait torturé et fusillé. Il y a une dimension de courage et de sacrifice rare, mais plus grand monde ne sait qui est Henri Labit à Langon. »
Le 8 juillet 1945, deux mois après la fin de la guerre, une stèle à la mémoire d'Henri Labit a été inaugurée devant la gare de Langon par Maurice Schumann, porte-parole de la France libre et voix de Radio Londres. Le parvis de la gare a été baptisé place Henri-Labit.



