Yves Guéna, une figure politique majeure de Périgueux
Décédé le 3 mars 2016, Yves Guéna a profondément marqué la ville de Périgueux au fil de ses nombreux mandats. Élu maire pour la première fois le 21 mars 1971, il a occupé cette fonction jusqu'en 1995, laissant une empreinte durable sur la commune. Ce portrait, publié à l'époque de sa mort, retrace le parcours de cet édile emblématique.
Un homme de terrain au service des Périgourdins
Yves Guéna était connu pour son conseil répété à ceux qui souhaitaient s'engager en politique : « Il faut aller sur le marché, dans les cafés et serrer des mains. » Durant des décennies, il a appliqué cette philosophie en parcourant la place du Coderc et les rues de Périgueux. Malgré une réputation de froideur, il avait toujours un mot pour chaque personne croisée. Les habitants se souviennent particulièrement de son sens de l'exactitude, contrastant avec la culture locale du quart d'heure aléatoire. Pour rappeler les retardataires, il n'hésitait pas à actionner l'horloge parlante sur son téléphone lors des réunions.
De Breton à Périgourdin : un parcours singulier
Originaire de Bretagne et ancien Français libre, Yves Guéna s'est « naturalisé » périgourdin grâce à son mariage avec Oriane de la Bourdonnaye. Il résidait au château de Chantérac en Dordogne, propriété familiale de son épouse, tandis qu'à Périgueux, sa permanence politique, notamment celle de la rue Thiers, servait de base. Son petit bureau sous l'escalier, décoré de photos du Général de Gaulle, symbolisait son attachement au gaullisme.
Entré en politique locale en 1962 comme député de la Vallée de l'Isle, il a conquis la mairie de Périgueux en 1971, mettant fin à la domination de la gauche. Soutenu par des fidèles comme Pierre Bourland, Jean-Paul Daudou et Paulette Labatut, il a été constamment réélu jusqu'en 1997. La perte de la ville en 2008 au profit du socialiste Michel Moyrand l'a profondément affecté. En 2014, par fidélité, il a soutenu Jean-Paul Daudou dans un conflit interne, démontrant son attachement à ses alliances.
Les réalisations d'un ministre au service de sa ville
À Périgueux, on se souvient surtout des contributions d'« Monsieur le ministre », comme on le surnommait. En tant que ministre des Postes, il a implanté l'Imprimerie du timbre à Boulazac, créant des centaines d'emplois. Ministre des Transports, il a établi des liaisons ferroviaires rapides vers Paris. Après le départ du régiment du 5e Chasseurs, il a utilisé son influence pour installer une école nationale de police, un service militaire adapté et un magasin Metro, diversifiant ainsi l'économie locale.
Devenu très chauvin pour Périgueux, il recevait toujours un accueil chaleureux, même dans les périodes difficiles. Son successeur Xavier Darcos lui a rendu hommage en 2003 en baptisant un rond-point majeur de la ville à son nom. Yves Guéna participait avec émotion à de tels événements, prononçant des discours brillants, parfois rédigés en alexandrins, sans notes.
Un gaullisme fervent et des traditions durables
Les soirs du 18 juin, Yves Guéna organisait un banquet gaulliste avec des plats frugaux et des discours enflammés, ranimant annuellement l'esprit de résistance. La devise « Gaulliste un jour, gaulliste toujours » résumait bien son engagement. Pour lui, Périgueux et le gaullisme étaient indissociables, forgeant une identité politique locale forte.
Antoine Audi, un de ses contemporains, déclarait : « Guéna, c'était Périgueux et Périgueux, c'était Guéna », soulignant ainsi l'impact durable de son action sur la modernisation de la ville. Son héritage continue de façonner la mémoire collective de la région, témoignant d'une époque où la politique locale était marquée par des figures charismatiques et des réalisations concrètes.



