Un événement majeur pour le Parti socialiste en pleine tourmente
C’est sans conteste l’un des événements les plus marquants de l’histoire récente du Parti socialiste, en proie à de profondes difficultés. Il va alimenter les débats au sein d’une formation politique essoufflée, engluée dans une alliance ambiguë avec La France insoumise (LFI). La victoire de Catherine Trautmann à Strasbourg, obtenue grâce à une alliance avec un candidat d’Horizons, le parti d’Édouard Philippe, constitue un signal extrêmement fort. Un véritable acte de dissidence qui bouscule les lignes établies.
Une voie alternative au mariage forcé avec LFI
La perspective d’un accord entre le centre et les sociaux-démocrates n’est donc pas une impasse. Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, l’a bien compris en déclarant cette option désormais « hors du parti ». En excommuniant la « rebelle », surnommée « la Tsarine » par les Strasbourgeois, et qui fut leur maire de 1989 à 1997, il a perçu le danger. Celui d’une alternative au rapprochement contraint avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Contre toute attente, l’ancienne ministre de la Culture de Lionel Jospin (1997-2000) a validé le ticket d’une contre-proposition visant un rapprochement avec les centristes. Un saut dans l’inconnu, certes risqué, mais porteur d’espoir pour certains.
Le retour en force d’une figure historique
À 75 ans, celle qui a transformé sa ville en y implantant le tramway et en piétonnisant le centre-ville bien avant d’autres, pourrait jouer un rôle politique de premier plan. Elle pourrait devenir, pour tous les éléphants du PS qui s’opposent au « suicide » politique de la direction actuelle, une figure de proue. Celle que l’on avait un peu trop vite oubliée, mise à l’écart même dans sa cité, a fait preuve d’une résilience exceptionnelle.
Elle a mené une campagne électorale sur le terrain, « avec les dents », défendant une philosophie politique profondément inspirée de celle de Lionel Jospin. L’ombre de l’ancien Premier ministre plane à nouveau sur le parti.
Un social-réformisme pragmatique et ouvert
L’ex-députée européenne (2004-2014) a défendu, sur le terrain, un social-réformisme fait de pragmatisme et d’ouverture, dans la lignée de son ancien mentor qui a dirigé le gouvernement français de 1997 à 2002. Avant de s’engager dans cette bataille, la septuagénaire a pris le pouls de la ville. Elle a senti que l’idée d’un pacte avec des partis républicains était une demande forte des électeurs, ce qu’elle nomme une « gouvernance transpartisane ».
En prenant sa revanche sur la maire écologiste, Jeanne Barseghian, qui l’avait battue en 2020, la « Tsarine » pourrait bien ouvrir la voie à une alternative pour tous ceux qui se revendiquent encore de la social-démocratie. Dès à présent, la bataille pour l’élection présidentielle est lancée. Le PS va devoir faire un choix crucial.
L’héritage de Jospin et l’urgence des nouvelles alliances
Au-dessus de la tête de l’équipe d’Olivier Faure plane désormais la figure tutélaire de Lionel Jospin. Quelle option aurait-il choisie entre la ligne Faure et la ligne Trautmann ? Pour celle qui fut sa ministre de la Culture, vingt ans après, la situation politique du pays est bien plus grave. Elle impose de nouvelles alliances.
Pour elle, du moins à Strasbourg, le vieux modèle de la « gauche plurielle », cher à l’ancien Premier ministre, n’est plus suffisant pour contrer la montée des extrêmes. Sa petite musique sera-t-elle écoutée au sommet du parti ? Et qui osera la défendre ? François Hollande et ses proches, qui ont lancé l’alerte contre les « accords de la honte » avec LFI, ont-ils entendu le message ? La question du passage à l’acte se pose avec une acuité renouvelée.



