Le PS et LFI : une dépendance politique destructrice
Le Parti Socialiste entretient avec La France Insoumise une relation comparable à celle d'un dépendant avec l'alcool. Une addiction à l'union, un démon intime du rassemblement auquel on cède lors des moments de fragilité et d'angoisse électorale. À chaque fois, on se jure que ce sera la dernière fois. La Nupes était présentée comme une exception, le Nouveau Front populaire comme une nécessité, les municipales comme un dernier verre pour la route... Pourtant, le scénario se répète inlassablement : une peur panique de la défaite conduit à un mariage de raison qualifié d'« alliance technique », suivi de la gueule de bois du lendemain, lorsqu'on réalise amèrement que les valeurs communes se sont évaporées.
Le mantra épuisant du rassemblement
Le mot « rassemblement » est devenu à gauche une incantation psalmodiée en boucle, un mantra épuisant qui se décline en multiples formules : union, cartel des gauches, front populaire, programme commun, gauche plurielle, front commun, belle alliance populaire, nouveau front populaire... Pourtant, les résultats des dernières élections municipales démontrent avec une clarté cruelle que lorsque les socialistes remportent des victoires, c'est sans LFI et certainement pas grâce à LFI. Autrement dit, le rassemblement à gauche peut se révéler bien plus toxique que productif.
Le mythe de l'union déconstruit par les urnes
Cette réalité, qui contredit frontalement le mythe de l'union salvatrice, trouve sa confirmation dans les résultats de Toulouse, Clermont-Ferrand, Brest, Limoges, Tulle, Besançon et Poitiers. Ce chapelet de villes perdues par la gauche illustre parfaitement que l'union ne suffit pas à réaliser des additions électorales. Pire encore, l'union possède ce pouvoir pervers de transformer les additions en soustractions, d'annihiler les avantages plutôt que de les amplifier.
Examinons les calculs électoraux. En théorie, tout semblait favorable sur le plan arithmétique à Toulouse, où François Briançon et François Piquemal avaient rassemblé 52,5% des voix au premier tour. Ils ont pourtant terminé à seulement 47% au second tour. À Brest, François Cuillandre partait avec 51% des intentions de vote. Il s'est finalement arrêté à 38,30%. Ces chiffres parlent d'eux-mêmes et racontent une histoire que certains refusent encore d'entendre.
Le phénomène du « barrage anti-LFI »
Dimanche soir, Manuel Bompard et les insoumis se sont évertués à contester ces évidences numériques. Ce qui est perdu ? La faute au PS. Ce qui est gagné ? Gloire à LFI. Cet argumentaire fragile ne résiste pas à l'analyse. Inutile d'être chercheur en sciences politiques pour comprendre que les électeurs ont massivement choisi de voter contre la gauche lorsqu'elle s'était rangée sous les couleurs insoumises. Ce phénomène porte désormais un nom : le « barrage anti-LFI ». Partout où les Insoumis apparaissaient sur une liste de gauche au second tour, un électorat, souvent abstentionniste au premier tour, s'est mobilisé pour lui faire barrage.
Les leçons des urnes
Les cadres du Parti Socialiste tireront-ils les conclusions qui s'imposent lors du bureau national de ce mardi ? Rien n'est moins sûr. Pourtant, le mode d'emploi est clairement inscrit dans les urnes : la grande leçon de ces municipales, c'est que l'on est toujours plus fort lorsqu'on reste fidèle à soi-même qu'en reniant tous ses principes fondamentaux.
À Marseille, Benoît Payan conserve la mairie avec 53% des voix... sans les Insoumis. À Rennes, Lille, Montpellier, Le Mans, Rouen, les maires socialistes sortants qui n'ont pas conclu d'accord avec LFI sont reconduits. Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, a résumé la soirée électorale en cinq mots lapidaires : « La France insoumise fait perdre. » CQFD. Et quitte à perdre, mieux vaut perdre seul et digne, comme à Bordeaux ou Saint-Brieuc, que perdre unis et avilis, comme à Avignon.
L'heure du sevrage a sonné
Lorsque la passion du rassemblement conduit à s'acoquiner avec un mouvement que la majorité des Français associent au bruit, à la fureur et à l'antisémitisme, cela ne constitue pas une vertu stratégique, mais bien un aveu de faiblesse profonde. L'heure du sevrage a définitivement sonné. La sobriété politique oblige désormais à se regarder en face, à assumer ses différences plutôt qu'à les dissimuler sous des alliances contre-nature. Le Parti Socialiste se trouve à un carrefour décisif de son histoire, face à un choix simple : continuer à nourrir sa dépendance toxique ou retrouver son indépendance et sa crédibilité perdues.



