Le PS et LFI : des alliances locales malgré la rupture nationale annoncée
PS et LFI : alliances locales malgré la rupture nationale

Le double discours du Parti socialiste sur les alliances avec LFI

À la tête du Parti socialiste, Olivier Faure incarne une ligne politique complexe vis-à-vis de La France insoumise. Ce député, souvent qualifié de « LFI-dépendant », a longtemps multiplié les tentatives de rapprochement avec le mouvement d'extrême gauche, malgré les outrances régulières de Jean-Luc Mélenchon et de ses proches collaborateurs.

Une rupture annoncée mais limitée

Après avoir franchi les limites du supportable, notamment face aux jeux de mots antisémites répétés, le chef du PS a finalement consenti à rompre. Du moins en paroles. Il a affirmé et réaffirmé qu'il n'y aurait aucun accord national des socialistes avec La France insoumise, ni au premier tour ni au second tour des élections municipales.

Ceux qui ont surtout retenu le mot « accord » se sont trompés. Il fallait plutôt s'attarder sur l'adjectif « national », le seul qui comptait véritablement. Car Olivier Faure, désormais, « comprend parfaitement les choix qui sont faits » par les têtes de listes socialistes qui ont opté pour des alliances avec LFI dans de nombreuses villes.

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Des justifications qui ne convainquent pas

Pourquoi ce revirement apparent ? S'agit-il de faire barrage à l'extrême droite, cet ultime argument pour justifier l'injustifiable ? Pas du tout ! Lors du journal de 20 heures sur TF1, lundi soir, le premier secrétaire du PS a pris l'exemple de Toulouse. S'il habitait cette ville, a-t-il déclaré, il voterait pour le candidat LFI, qui s'est entendu avec celui du PS pour se partager le fauteuil de maire et celui de président de la métropole.

Or, à Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc, arrivé en tête dimanche dernier, n'a rien d'un inquiétant fasciste. En 2022, il s'était même mis en retrait de son parti, Les Républicains, dont il regrettait la « droitisation ».

La réalité des alliances locales

La numéro deux du PS, Johanna Rolland, maire de Nantes depuis 2014, a découvert avec stupeur dimanche soir que le candidat de la droite et du centre, Foulque Chombart de Lauwe, la talonnait de très près. Là encore, aucune menace d'extrême droite n'est présente, puisque le Rassemblement national a remporté moins de 5% des suffrages.

Mais peu importe. « En responsabilité, nous avons fait, j'ai fait, un choix de raison qui est celui de la fusion démocratique, de ce qu'on appelle l'accord technique », a déclaré Johanna Rolland.

Des « gros combinards » selon Mélenchon

Ces alliances de circonstance, où l'on n'est d'accord sur rien ou presque, se multiplient depuis lundi. Dans tous les cas, il s'agit avant tout de conserver des mairies et des postes, pas de dresser le moindre « barrage républicain ».

Leurs promoteurs, à peine embarrassés de pactiser avec des personnages qualifiés hier d'infréquentables, offrent un contraste saisissant avec :

  • Ceux qui se retirent des listes hâtivement bricolées pour sauver les meubles
  • Ceux qui ont tenu parole, comme les candidats socialistes de Paris et de Marseille, opposés coûte que coûte à toute discussion avec LFI

Leur constance les honore autant que l'amnésie de tous les autres laisse pantois.

Les déclarations qui fâchent

Tout se passe comme si personne n'avait entendu Jean-Luc Mélenchon déclarer, il y a huit jours lors d'un meeting à Paris, à propos des socialistes : « Ils disent 'au deuxième tour non plus il n'y aura pas d'accord'. Alors tout le monde entend : 'Ah ! Ils rompent l'accord'. Penses-tu ! C'est des gros combinards. Ils ne vont pas nous coûter cher, je pense, à acheter pour le deuxième tour, là où on les achètera ».

Tout se passe comme si personne n'avait entendu, au QG du candidat LFIste victorieux à Saint-Denis dimanche soir, l'assistance scander : « Tout le monde déteste Hanotin ». Mathieu Hanotin est le maire socialiste sortant que Jean-Luc Mélenchon avait traité de « petit bourgeois visqueux ».

Quelle insulte faut-il proférer pour que les deux principaux hiérarques du PS aient le courage de relever la tête ?

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Le contraste avec la droite

Dans le même temps, la droite, toujours suspectée de flirt avec le RN, a tenu bon. Mais personne ne semble l'en créditer. Comme s'il y avait toujours, dans le sous-texte de la politique française, un « deux poids, deux mesures » persistant et problématique.

Ces alliances locales, bien que présentées comme techniques et circonstancielles, révèlent les profondes contradictions internes au Parti socialiste et sa difficulté à définir une ligne claire face à La France insoumise.