Le Parti socialiste dans l'impasse stratégique : entre LFI et le centre
Gilles Candar, président de la Société d'Études jaurésiennes et co-directeur de l'Histoire des gauches en France aux éditions La Découverte, analyse pour Le Point les contradictions actuelles du Parti socialiste. Le PS oscille en effet entre l'union avec La France Insoumise, illustrée par les accords locaux lors du second tour des élections municipales, et le rapprochement avec le centre, comme lors de la non-censure du dernier budget gouvernemental.
Un bilan municipal contrasté mais une implantation territoriale préservée
Gilles Candar dresse un bilan nuancé des dernières élections municipales pour le Parti socialiste : "Les socialistes ont perdu des villes, mais ils en ont sauvé certaines, comme Paris et Marseille, et en ont gagné d'autres. Depuis 2014, le bilan des élections municipales est plutôt favorable à la droite. Le scrutin de cette année l'a confirmé, en particulier dans les villes petites et moyennes."
L'historien souligne cependant que "à gauche, le PS reste le parti le mieux implanté dans les municipalités, devant les communistes, les écologistes et même les Insoumis. Compte tenu du contexte général, les résultats ne sont pas négatifs." La tactique du parti a toutefois paru hésitante, avec une position floue sur la question des alliances nationales.
Un dilemme historique récurrent pour le socialisme français
Ce tiraillement entre alliance avec la gauche radicale et rapprochement avec le centre n'est pourtant pas inédit dans l'histoire du socialisme français. Gilles Candar rappelle que "la question des alliances surgit très vite sous la IIIe République, a fortiori à l'échelon municipal qui a joué un rôle fondamental dans l'implantation du socialisme."
Dès la fin du XIXe siècle, les socialistes se divisaient déjà entre partisans d'alliances avec les républicains radicaux : "Certains sont favorables à ce rapprochement, avec des arguments différents : les amis de Jean Jaurès le prônent au nom de la défense de la République ; ceux de Jules Guesde, au nom de l'intérêt de classe."
L'historien établit des parallèles avec la période actuelle : "Le contexte actuel rappelle un peu la fin des années 1950 et les années 1960, lorsque la SFIO, qui n'est pas en grande forme, choisit au niveau local tantôt une union de la gauche, tantôt des alliances avec les centristes."
La France Insoumise : une formation singulière dans le paysage politique
Interrogé sur la nature de La France Insoumise, Gilles Candar propose plusieurs qualifications possibles : "L'étiquette d'extrême gauche ne me choque pas particulièrement : on l'utilisait couramment, sous la IIIe République, pour qualifier ceux qui étaient les plus à gauche parmi les radicaux."
L'historien nuance cependant : "On pourrait parler de gauche populiste, mais est-ce très clair ? Faut-il affirmer, comme le fait Raphaël Glucksmann, que LFI n'est plus de gauche, en raison des sous-entendus antisémites de Jean-Luc Mélenchon ? Celui-ci a tenu des propos insupportables, mais ce n'est pas le cas de l'ensemble des responsables du mouvement."
Il souligne également l'hétérogénéité de LFI : "Il est certainement plus facile de s'allier avec Damien Maudet, réputé proche de François Ruffin, qu'avec des personnalités comme Sophia Chikirou ou Sébastien Delogu."
Figures historiques et comparaisons avec le présent
Évoquant la personnalité d'Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Gilles Candar le compare à Alain Savary : "Ils partagent la même discrétion d'allure, le même souci de pédagogie tranquille. C'est un caractère qui a son charme. Savary n'était pas une immense vedette de la vie politique, mais il a rempli son rôle, il a été estimé."
Concernant Lionel Jospin, récemment disparu, l'historien souligne son héritage : "Il restera comme le visage d'un socialisme démocratique, réformiste, progressiste, au moment où s'effondraient le camp communiste et les démocraties populaires. Il distinguait 'l'économie de marché', dont il cherchait à s'accommoder, et 'la société de marché', qu'il refusait."
Gilles Candar conclut sur les réformes du gouvernement Jospin : "En tant que Premier ministre, il a mené un certain nombre de réformes dans les domaines social et culturel : les 35 heures, l'Aide médicale d'État, le pacs, la parité, etc. L'expérience n'a pas pu être renouvelée depuis."



