L'AfD prend ses distances avec Trump avant les élections régionales allemandes
L'AfD se distancie de Trump avant les régionales

L'AfD opère un virage stratégique face à Donald Trump

Au sein de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), le parti d'extrême droite allemand, un net changement de cap s'opère concernant les relations avec l'ancien président américain Donald Trump. Après avoir affiché une proximité assumée, les dirigeants du parti tentent désormais de prendre leurs distances, un mouvement qui coïncide avec le calendrier électoral national.

Un rétropédalage tactique et mesuré

Début avril, l'AfD a annoncé réduire significativement la taille de la délégation qu'elle prévoyait d'envoyer aux États-Unis. "L'AfD souhaite que ses contacts soient plus ciblés et ne va plus envoyer de grands groupes", a déclaré un cadre du parti au Financial Times. Cette décision est partagée jusqu'au plus haut niveau de l'organisation.

Dès mars, la co-dirigeante Alice Weidel qualifiait les bombardements américains en Iran de "catastrophe", tandis que Tino Chrupalla, l'autre codirigeant, appelait au retrait des 38 000 soldats américains stationnés en Allemagne lors d'un meeting en Saxe.

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Les élections régionales comme moteur du changement

Ce repositionnement soudain n'est pas sans lien avec les échéances électorales allemandes. Le parti se prépare activement au renouvellement de trois parlements régionaux en septembre prochain, avec l'ambition affichée de remporter une première place historique en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Ces deux territoires, profondément marqués par leur histoire communiste, conservent une forte tradition antiaméricaine et un soutien notable à la Russie de Vladimir Poutine. La stratégie électorale de l'AfD s'adapte donc aux sensibilités locales, d'autant que les électeurs du parti, initialement favorables à Trump, sont désormais majoritairement opposés à sa politique militaire.

Christina Baum, députée AfD de Saxe-Anhalt, confirme cette évolution : "La plupart [...] me disent - même s'il y a bien sûr des exceptions - qu'ils n'apprécient pas cette guerre". Un sondage ARD-DeutschlandTrend de début mars révélait que 58% des Allemands considéraient l'offensive américano-israélienne en Iran comme injustifiée.

Les craintes économiques au cœur des préoccupations

Plusieurs facteurs expliquent ce revirement. La crainte d'un impact sur l'économie allemande, notamment via la flambée des prix de l'énergie, pèse lourdement. Le pays commençait pourtant à montrer des signes de rebond économique après six années de stagnation, rendant les menaces de récession particulièrement inquiétantes.

Les tentatives de Donald Trump d'impliquer les pays européens dans le conflit iranien ont renforcé ces angoisses. Jacob Ross, chercheur au Conseil allemand des relations étrangères, analyse : "L'intervention en Iran, et la récession qu'elle pourrait entraîner en Europe, a marqué un tournant". Il ajoute que "au sein de l'AfD, les voix qui ont toujours considéré les États-Unis comme un mauvais allié ont repris le dessus".

Des divisions internes persistantes

Cette nouvelle posture anti-Trump ne fait cependant pas l'unanimité au sein du parti d'extrême droite. Le député Maximilian Krah a réaffirmé sur X que l'alliance germano-américaine constituait "le fondement et le cadre de notre architecture de sécurité", assurant que sa position correspondait aux résolutions officielles de l'AfD.

Markus Frohnmaier, porte-parole du parti pour la politique étrangère et figure clé des relations avec le mouvement Maga, a pour sa part salué la "précision chirurgicale" des frappes américaines tout en appelant à une désescalade. Ces positions divergentes révèlent les tensions internes entre différentes sensibilités.

Un héritage d'alliance fructueuse

Certains cadres militent pour maintenir la relation avec les partisans de Trump, rappelant que cette alliance a porté ses fruits par le passé. Le mouvement Maga a activement participé à la lutte contre l'ostracisation politique de l'AfD en Allemagne, avec le soutien notable d'Elon Musk et de l'ancien vice-président américain J.D. Vance.

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L'objectif stratégique demeure clair : rompre définitivement le cordon sanitaire qui sépare l'AfD du courant conservateur traditionnel porté par le chancelier Friedrich Merz. Le parti navigue donc entre adaptation électorale immédiate et préservation d'alliances internationales précieuses, un équilibre délicat à maintenir à l'approche des scrutins régionaux décisifs.