Dans la nouvelle émission « Dans la sauce », diffusée sur Netflix depuis le 3 juin 2026, les champions des mondiaux de football 1998 et 2018 sont passés au grill du « roast », un format humoristique venu des États-Unis. Le concept ? Se faire chambrer par des humoristes, avec son consentement et en gardant le sourire. Au milieu des tacles de vestiaire, un invité surprise a surgi : François Hollande.
Un ancien président qui se prête au jeu
Dans l’émission disponible sur Netflix, François Hollande n’apparaît pas seulement comme un invité de divertissement. L’ancien président se prête au jeu du roast, où la règle est simple : se faire moquer publiquement devant les caméras et tenir le coup avec le sourire. Mais pourquoi François Hollande ? Pour Virginie Spies, sémiologue et autrice du livre Succès Story – Pourquoi les médias nous captivent ?, cette apparition s’inscrit dans une évolution plus large : « Désormais, les anciens présidents ont une vie après leur mandat. Ils sont encore en forme, et continuent même de travailler, voire envisagent de se représenter. Ils font donc un travail continuel sur leur image. »
François Hollande dispose, selon elle, d’un avantage décisif : « Il a beaucoup plus d’humour et fait preuve de plus d’esprit que les autres. » Son image d’ancien président « normal », longtemps moqué, rend l’exercice possible. « C’est vraiment un plus pour lui. Il reste sympathique dans l’esprit des Français », estime Virginie Spies. Là où d’autres auraient pu paraître forcés, François Hollande s’appuie sur une matière déjà connue : les blagues sur son physique, l’épisode du scooter, son style… Il détourne même son célèbre « Moi, président », formule phare de son débat d’entre-deux-tours face à Nicolas Sarkozy en 2012, avant d’aller s’asseoir aux côtés des rappeurs Gradur et Naza.
L’humour comme stratégie médiatique
« L’humour doit être sincère pour être apprécié. Ce n’est pas seulement une figure de style », insiste Virginie Spies. Cette sincérité apparente est la meilleure défense de l’ancien président. Ce qui l’a fragilisé dans le passé devient ici un ressort médiatique. « C’est du divertissement et une stratégie pour Hollande qui cherche à reconquérir le cœur des Français », analyse-t-elle. Accepter la moquerie permet aussi de reprendre la main sur sa propre caricature. « Savoir rire de soi-même est une preuve d’intelligence », rappelle la sémiologue en écho au philosophe Henri Bergson.
Le roast fonctionne alors comme une opération de désamorçage : en riant de ce qui a déjà fait rire contre lui, François Hollande désamorce les moqueries. Une publication sur Instagram de Netflix France montre d’ailleurs l’ancien président en pleine séquence humoristique.
Hollande et l’humour, une longue histoire
Cette séquence ne sort pas de nulle part. En 2017, François Hollande recevait déjà le Grand prix de l’Humour politique pour ses « Hollanderies ». Faut-il y voir une désacralisation supplémentaire de la fonction présidentielle ? Virginie Spies tempère : « La désacralisation est en marche depuis longtemps. » L’enjeu est plutôt médiatique. Netflix avait « un grand intérêt » à créer cet effet de surprise en invitant celui qui pourrait se lancer dans la course à l’Élysée en 2027 – et inversement. « La preuve, ça a fait le buzz et nous sommes en train d’en parler », souligne la maître de conférences à l’université d’Avignon. Signe que la politique ne se joue plus seulement pendant les meetings ou sur les plateaux de télévision.



