Un bureau national du PS marqué par de vives tensions sur les alliances électorales
Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a vivement réagi mardi soir aux critiques de ses opposants internes concernant la stratégie électorale adoptée lors des récentes élections municipales. Lors d'un bureau national particulièrement tendu, le leader socialiste a dénoncé avec force l'hypocrisie et le cynisme de ses détracteurs qui l'ont accusé de manquer de clarté en acceptant des accords locaux avec La France insoumise.
Des accusations de double discours
Les opposants du premier secrétaire ont amèrement déploré les accords d'entre-deux-tours conclus entre certains candidats socialistes et La France insoumise dans plusieurs villes françaises, notamment à Nantes, Brest, Clermont-Ferrand, Toulouse et Limoges. Ces alliances locales avaient pour objectif de tenter de remporter des municipalités clés, mais elles ont suscité de vives controverses au sein du parti.
Olivier Faure a fermement répliqué à ces accusations en soulignant un point crucial : « pour l'essentiel, les fusions avec les listes LFI ne sont pas le fait de la direction », ni de son courant interne, mais bien des courants de ses propres opposants. Le premier secrétaire a défendu sa position avec conviction : « Quand il y a des camarades qui sont au combat, quel que soit leur courant, je les ai défendus, parce que je suis premier secrétaire et que quand il y a des gens qui se battent sur un territoire, je me bats à leur côté. Je ne suis pas de ceux qui leur tirent dans le dos ».
La critique de Boris Vallaud sur le manque de cohérence
Plus tôt dans la soirée, le chef des députés socialistes Boris Vallaud avait pris la parole pour exprimer ses réserves. Il a expliqué que ces alliances controversées avaient « nourri le procès en insincérité » envers les socialistes et n'avaient « pas été efficaces ». Selon lui, elles se sont même révélées « à certains égards improductives et ont nourri un front inversé au profit de la droite ».
Déplorant un manque flagrant de « dialogue collectif » pendant l'entre-deux-tours, Boris Vallaud a jugé qu'après huit longues années d'opposition, le Parti socialiste n'était « toujours pas l'alternative ». Il a lancé cette question rhétorique pleine d'amertume : « On va redire plus jamais LFI mais qui nous croit ? ».
Une résolution contestée et des alliances fragilisées
Il est important de rappeler qu'Olivier Faure et Boris Vallaud s'étaient alliés lors du dernier congrès du PS à Nancy, une alliance qui avait permis à Olivier Faure d'obtenir une majorité. Cependant, mardi soir, Boris Vallaud a tenté de faire adopter une résolution déplorant « le manque de clarté et de cohérence » de la direction actuelle du parti.
Cette résolution faisait directement référence aux déclarations d'Olivier Faure qui, entre les deux tours des municipales, avait indiqué « comprendre parfaitement les choix » des candidats ayant décidé de s'allier avec La France insoumise. Cette position apparaissait en contradiction avec la décision du bureau national qui avait acté début mars qu'il n'y aurait « aucun accord national » avec LFI, en raison des « propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon.
Les conséquences électorales et un appel à la droiture
La résolution soutenue par Boris Vallaud ajoutait que les prises de position de la direction « ont mis en difficulté certains de nos candidats dans tous les territoires », y compris là où « la clarté courageuse de nos têtes de listes dans les plus grandes villes de France comme Paris et Marseille, a permis de l'emporter ».
Selon l'ancien sénateur David Assouline, cette résolution critique bénéficiait du soutien d'une majorité des membres du bureau national. Plusieurs participants ont confirmé que la direction a refusé de soumettre cette résolution au vote, un proche de Boris Vallaud remarquant : « Ils savent qu'ils sont mis en minorité s'il y a un vote ».
Le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, un autre opposant de poids, a jugé sévèrement la situation : « Aux yeux des Français, nous sommes apparus comme des tambouillards. C'est la pire des choses ». Il a lancé un appel vibrant à « suivre l'exemple de l'ex-Premier ministre socialiste Lionel Jospin », décédé dimanche, affirmant qu'« un socialiste, pour être vraiment de gauche, doit être droit ».
Le bureau national s'est prolongé tard dans la nuit, se terminant bien après minuit, témoignant de l'intensité des débats et des profondes divisions qui traversent actuellement le Parti socialiste sur sa stratégie d'alliances et son positionnement politique.



