David Lisnard tourne définitivement le dos aux Républicains
La décision n'est pas encore officiellement entérinée, mais elle semble inéluctable. Dans l'entourage du maire de Cannes, on précise avec des mots mesurés : « La décision n'est pas encore complètement prise, mais cela y ressemble. Pour être clair, disons qu'il se libère de LR. » Pourquoi cette prudence sémantique ? Parce que l'élu azuréen souhaite d'abord un échange en tête-à-tête avec Bruno Retailleau, le président du parti, avec lequel il partage pourtant des valeurs et le souvenir des combats passés, notamment lors de la présidentielle de François Fillon.
Une logique de rupture cohérente pour un homme de terrain
Pour ceux qui suivent le parcours de cet homme politique énergique, créatif et pragmatique, peu enclin aux manœuvres d'appareil, ce choix apparaît comme une évolution logique. Depuis un certain temps déjà, David Lisnard se sentait décalé, voire en porte-à-faux avec Les Républicains – un parti qui, selon lui, peine parfois à trouver sa propre identité.
Si le maire de Cannes restait officiellement encarté par loyauté, il s'était mis à son compte depuis longtemps déjà en lançant son mouvement « Nouvelle Énergie ». Ce mouvement tisse sa toile à travers l'Hexagone et a considérablement étendu son influence lors des dernières élections municipales. Aujourd'hui, environ 250 maires s'en revendiquent, dont des figures comme Guillaume Guérin à Limoges ou Geoffroy Boulard, maire du 17e arrondissement de Paris.
Nouvelle Énergie peut se targuer d'avoir conquis plusieurs bastions historiques de la gauche, notamment Limoges, Besançon et Alençon, démontrant ainsi son ancrage territorial et sa capacité à séduire au-delà des clivages traditionnels.
Un maire en position de force après un triomphe électoral
David Lisnard se trouve dans une position particulièrement solide. Réélu à la tête de Cannes avec 81 % des voix face à une liste du Rassemblement National, il détient le record du maire le mieux élu de France dans les villes de plus de 30 000 habitants. Parallèlement, il a été réélu haut la main à la présidence de l'Association des maires de France.
Cette double casquette lui permet de circuler dans tout le pays et de bénéficier de remontées du terrain qui, selon lui, échappent souvent aux radars des états-majors politiques parisiens. « Je viens du monde de l'entreprise, pas de la haute fonction publique, souligne-t-il. Ma singularité, c'est d'apporter la voix du terrain – celle des commerçants, des artisans, des maires – dans le débat national. »
Un projet politique clair : rompre avec le système
Le maire de Cannes ne mâche pas ses mots lorsqu'il évoque l'état de la scène politique française. « Arrêtons de nous laisser enfermer dans l'étau mortifère Le Pen/Bardella – Mélenchon, déclare-t-il. Tous ces gens-là nous proposent de rafistoler un système qui a fait son temps. »
Il développe sa vision : « Une droite affirmée et indépendante peut être gagnante ! Il faut que nous nous libérions, y compris au sein de LR, de tout ce conformisme étatiste, collectiviste qui nous fait perdre depuis quarante ans. Une droite indépendante, libérale, sécuritaire, portée sur les questions éducatives et scientifiques peut redresser le pays. C'est ce que je veux proposer au pays avec mon mouvement Nouvelle énergie. »
Et d'ajouter : « La droite doit sortir du corner, sur le ring de boxe que représente la scène politique, ne pas rester dans un angle. Ce qui compte, c'est d'avoir des convictions et de les porter. Aujourd'hui, on peut porter sur le terrain politique une espérance du XXIe siècle. »
Un challenger favorable à une primaire large pour 2027
Si David Lisnard quitte LR, c'est, selon son entourage, pour « une divergence de fond et de stratégie ». Il explique : « Je ne me sens aucun point commun avec une fausse droite que l'on retrouve aussi bien à LR qu'au RN ou chez les macronistes, ces gens qui ont voté un budget fiscaliste, la fin de la réforme des retraites. Nous, ce qu'on veut, c'est une vraie rupture libérale. »
Candidat déclaré à la présidentielle – une annonce faite avant les municipales pour ne pas prendre ses électeurs à contre-pied –, David Lisnard se montre favorable à une primaire la plus ouverte possible. Il l'a répété sur BFMTV en annonçant son retrait du parti : « Les données sont claires pour 2027 : on ne peut plus aller directement en demi-finale. Il y a une multitude de candidatures prêtes à séduire l'électorat de la droite et du centre, et personne ne se détache. Il faut donc que nous organisions un quart de finale. »
Il précise sa proposition : « Mettons sur le papier les grands objectifs, nos valeurs communes, et, après, se présente et vote qui veut. C'est pourquoi j'ai plaidé pour une large primaire, des centristes de l'UDI à Reconquête. » Et d'avertir : « Ceux qui ne veulent pas venir prennent le risque de faire perdre leur camp et de faire gagner LFI ou le RN. »
Une main tendue vers Éric Ciotti
David Lisnard pourrait se rapprocher d'Éric Ciotti, le nouveau maire de Nice qui a créé son propre parti, l'UDR. Dès le soir du second tour des municipales, le maire de Cannes lui tendait la main : « J'appelle Éric Ciotti à rompre son accord “en même temps” avec le RN et à rejoindre la droite indépendante que nous représentons avec “Nouvelle Énergie”. »
Les deux voisins azuréens collaborent au département des Alpes-Maritimes depuis 2008 et entretiennent des relations cordiales. « On s'entend bien, on a toujours plaisir à se voir, confie David Lisnard. C'est un homme qui a beaucoup d'esprit, beaucoup d'humour et qui est bien plus bon vivant qu'on ne le pense. Éric Ciotti est un professionnel, un homme très intelligent qui peut être tranchant, dur, un esprit vif qui peut se laisser emporter par le conflit dans sa vie politique, alors que dans le privé il est beaucoup plus nuancé. Il ne faut jamais le sous-estimer, jamais, je l'ai toujours dit. »
Comme David Lisnard lui-même, dont le départ des Républicains marque un tournant significatif dans le paysage politique français, alors que son mouvement Nouvelle Énergie continue de gagner du terrain à travers le territoire.



