Crise au PS : après les municipales, les règlements de compte visent Olivier Faure
Crise au PS : les règlements de compte visent Olivier Faure

Crise ouverte au Parti socialiste après les élections municipales

Au sein du Parti socialiste, les tensions éclatent au grand jour dans la foulée des élections municipales. Plusieurs poids lourds du parti, dont Jérôme Guedj, Boris Vallaud, Laurence Rossignol et Patrick Kanner, ont pointé du doigt le Premier secrétaire Olivier Faure. Leur cible principale : son manque de clarté concernant les alliances d'entre-deux tours avec La France insoumise.

Une valse-hésitation stratégique coûteuse

Entre le refus catégorique d'un « accord national » avec LFI, le soutien pragmatique aux fusions locales négociées au cas par cas, puis, au soir du second tour, une dénonciation virulente de Jean-Luc Mélenchon qualifié de « boulet de la gauche », la stratégie d'Olivier Faure a semblé fluctuante. Cette indécision s'est révélée particulièrement coûteuse électoralement.

Plusieurs villes où l'alliance avait pris forme, comme Brest, Toulouse ou Besançon, considérées comme des bastions potentiels de la gauche et parfaitement gagnables selon les sondages, ont finalement été perdues au profit de la droite ou du centre. Ces défaites alimentent les critiques internes et mettent en lumière les divisions stratégiques au sein du parti.

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Karim Bouamrane exige la démission d'Olivier Faure

La situation est devenue insupportable pour le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamrane. Réélu face à la candidate LFI avec 56,44 % des voix, il a exigé sur BFM le départ d'Olivier Faure : « Il doit démissionner. C'est un échec total. »

Alors que les socialistes se réunissaient en bureau national ce mardi 24 mars à 18 h 30, Karim Bouamrane a choisi de ne pas s'y rendre. « Comme tous les soirs jusqu'à l'installation du conseil municipal, on va sortir les chaises dans mon quartier général, et je vais prendre un thé avec tous les militants pour leur exprimer le respect et ma reconnaissance de m'avoir accompagné pendant des mois », a-t-il expliqué au Point.

Des reproches précis et ciblés

Stratégie vis-à-vis de LFI, résultats des municipales, ligne du parti, préparation de la présidentielle de 2027 : le maire de Saint-Ouen déroule ses reproches de manière méthodique. Il revendique son bilan local et appelle à une clarification rapide de la situation.

Le Point : Vous avez appelé à la démission d'Olivier Faure. Qu'est-ce que vous lui reprochez, dans la ligne qu'il défend comme dans sa gestion du parti ?

Karim Bouamrane : « Six victoires sur 26 accords [entre le PS et LFI aux élections municipales], c'est ça, le problème. C'est l'incapacité à tenir un cap, parce qu'on est toujours dans une politique court-termiste qui nous mène à l'échec, à Toulouse, à Limoges, à Clermont-Ferrand, à Avignon. Moi, j'ai gagné. Ce que je reproche, c'est cette dualité, ce décalage, ce hiatus entre les affirmations préélectorales et les actions électorales, notamment entre les deux tours. »

Le maire de Saint-Ouen poursuit : « L'opprobre est jeté sur toutes celles et ceux qui ont toujours sanctuarisé le Parti socialiste comme un parti républicain, fidèle à ses valeurs, à ses principes républicains, à ses attitudes. C'est aussi faire fi de notre exigence de ne jamais sous-traiter la relation avec le peuple. Les gens expriment une colère, un besoin d'espérance et d'espoir, et, dans certains quartiers, cette sous-traitance a été laissée à La France insoumise. »

Un bilan électoral jugé catastrophique

Karim Bouamrane ne nie pas que certaines alliances aient fonctionné à Lyon, Nantes, Tours ou Grenoble, mais il insiste sur le ratio global : « Oui, mais seulement six sur 26. Si vous avez 8 sur 20 à un examen, vous n'avez pas la moyenne. Et si vous avez 8 sur 20 pendant plusieurs années, vous redoublez. Olivier Faure nous emmène d'échec en échec. »

Il nuance cependant certains succès : « À Paris et Marseille, ce n'est pas la stratégie d'Olivier Faure [Emmanuel Grégoire et Benoît Payan, socialistes élus, ont refusé l'alliance avec LFI] qui a été choisie. Et à Lyon, c'est plus Jean-Michel Aulas qui a perdu que Grégory Doucet qui a gagné. »

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Une critique de fond sur la stratégie

Pour Karim Bouamrane, le problème dépasse le simple manque de clarté : « C'est pire que ça. Je lui reproche sa porosité tactique avec LFI, pour servir des intérêts à la petite semaine. On ne gouverne pas le Parti socialiste quand on est porté par ce genre d'intérêts. Ce sont des agissements de petits manœuvriers. »

Face à l'argument selon lequel, dans beaucoup de villes, la victoire était impossible sans alliance, il répond : « Une élection ne se gagne pas en cinq jours. J'ai croisé une électrice parisienne. Elle m'a dit : "Que feriez-vous, Monsieur le maire, si vous étiez à Toulouse ?" Je lui ai répondu : "J'ai fait en sorte de ne pas être dans la même situation que Toulouse, Madame." C'est pour ça que jamais la question ne se serait posée. »

L'invisibilisation d'une victoire exemplaire

Karim Bouamrane accuse également Olivier Faure d'avoir invisibilisé sa victoire dans la communication officielle du parti : « Consciemment ou inconsciemment, ils ont intériorisé le fait que je n'étais pas un maire qui devait être mis en avant par les instances du Parti socialiste. Parce que ce que j'ai fait à Saint-Ouen est l'incarnation de ce que ne fait pas Olivier Faure. Moi, je ne pactise pas avec LFI. Olivier Faure a un cap qui change chaque mois. Moi, j'ai toujours le même cap. Olivier Faure perd, je gagne. »

L'appel à la responsabilité

Si Olivier Faure ne rencontre aucun obstacle formel pour aller au bout de sa mandature, Karim Bouamrane en appelle à sa conscience : « La seule chose qui doit l'animer, c'est l'honneur, le sens du devoir et l'intérêt général du parti et de la France. Et si on veut se donner tous les moyens d'éviter un face-à-face RN – Jean-Luc Mélenchon en 2027, qu'il prenne ses responsabilités, qu'il change la direction et qu'il parte ! »

Vers une clarification stratégique ?

Pour le maire de Saint-Ouen, ces municipales doivent marquer un tournant : « Elles doivent surtout marquer la fin du mandat d'Olivier Faure, qui a été caractérisé par cette ambiguïté. Il n'y aura pas de fin de l'ambiguïté sans le départ d'Olivier Faure et sa démission. »

Face au risque de bataille d'ego en cas de départ du Premier secrétaire, il prévient : « Vous avez tout résumé : des "petits chevaux". Soit ils se comportent tous comme des grands, et l'intérêt général prévaut sur le petit ; soit on retombe dans nos travers, et alors ce sera la mort lente qui sera enclenchée. Mais moi, je ferai tout pour transformer ce signal faible en signal fort. »

Les perspectives pour 2027

Sur la question cruciale de la présidentielle de 2027, Karim Bouamrane reste prudent : « Aujourd'hui, une semaine après les élections municipales, je suis incapable de me prononcer sur le meilleur format pour éviter que la France soit gouvernée par les extrêmes. Ce que je souhaite, c'est qu'un candidat de gauche républicaine écologiste soit président de la République, et qu'on se donne les moyens d'y parvenir. Maintenant, le chemin technique, je n'en sais rien. »

Il remet en question l'adage selon lequel la gauche unie gagne et la gauche dispersée perd : « La gauche unie ne fait que 30 %. Ce n'est pas l'union qui fait la force, c'est la force qui fait l'union. Donc il faut un candidat fort. Un candidat qui fédère, qui rassemble, qui entraîne une dynamique et qui redonne de l'espoir à une France qui a de plus en plus de mal à croire dans les discours des politiques. »

En conclusion, Karim Bouamrane insiste sur l'importance d'analyser les résultats des municipales : « C'est pour cela qu'il faut observer chirurgicalement ce qui s'est passé pendant les élections municipales, parce que c'est un baromètre de tous les territoires. Les personnes se sont exprimées, parfois violemment, mais avec force et vigueur, lorsqu'elles ont décidé de changer de maire. Il faut regarder ce qui s'est passé. »