Antoine Colin, candidat de Lutte ouvrière à La Rochelle : « Nous sommes communistes révolutionnaires »
Dans le cadre des prochaines élections municipales à La Rochelle, prévues les 15 et 22 mars 2026, le journal Sud Ouest a interrogé les sept candidats en lice au travers d'une série de questions directes et sans concession. Antoine Colin, tête de liste pour Lutte ouvrière - Le Camp des travailleurs, a accepté de se prêter à l'exercice, dévoilant des convictions politiques ancrées et un parcours militant de longue date.
Un enseignant-chercheur engagé depuis trois décennies
Âgé de 54 ans, Antoine Colin est enseignant-chercheur à l'université de La Rochelle depuis une trentaine d'années. Il se présente pour la quatrième fois aux élections municipales sous la bannière de Lutte ouvrière, après des candidatures en 2008, 2014 et 2020. Loin des clichés politiques, il révèle un aspect plus personnel : une passion pour les randonnées dans les Pyrénées, où il aime planter sa tente face aux glaciers, nager dans les lacs de montagne et déguster des myrtilles sauvages. « Mon sac à dos est déjà prêt pour l'après-campagne », confie-t-il avec un sourire.
« Brandir nos perspectives est déjà un succès »
Interrogé sur ses chances de victoire après trois défaites successives, Antoine Colin rejette toute comparaison avec Arlette Laguiller, tout en exprimant sa fierté de défendre des idées qu'elle a popularisées. « Je suis fier de défendre des idées qu'elle a popularisées à la suite de générations de militants socialistes puis communistes », affirme-t-il. Pour lui, le simple fait de présenter une liste de 50 colistiers dans une société où la conscience politique recule constitue en soi une réussite. « Brandir nos perspectives avec 50 colistiers dans une société où la conscience recule est déjà un succès », insiste le candidat.
Refus de l'étiquette « gauche » et critique du réformisme
Face à la multiplication des candidatures de gauche ou de centre-gauche à La Rochelle – cinq sur sept –, Antoine Colin précise sa position : il ne se revendique pas de la gauche traditionnelle, mais se définit comme communiste révolutionnaire. Il affirme qu'il ne peut y avoir de « bon gouvernement » de gauche dans le cadre du système capitaliste, qu'il qualifie de « dictature économique de la grande bourgeoisie ». Sur la question du réformisme, il se montre intraitable : « Laissons le réformisme aux réformistes, très nombreux à en revendiquer l'héritage ! »
Défense des travailleurs et critique du patronat
Lorsqu'on lui demande si sa défense des « travailleurs » inclut les chefs d'entreprise du Medef, Antoine Colin répond avec ironie : « Ils le pensent certainement ! » Il estime que la recherche du profit au détriment de la santé des salariés ne constitue pas un travail productif. « Si ces patrons transpirent parfois, c'est devant les yoyos des cours boursiers ! », lance-t-il. Pour lui, la défense des travailleurs passe avant tout par leur auto-organisation : « C'est par eux-mêmes qu'ils se défendront ! »
Une vision locale ancrée dans le soutien aux luttes
Sur la possibilité de changer les choses à l'échelle locale en cas de victoire aux municipales, Antoine Colin esquisse un rôle de soutien actif. Un maire ou des élus Lutte ouvrière seraient un appui pour les travailleurs en lutte, les locataires menacés d'expulsion ou les immigrés confrontés à des mesures répressives. « Nous encouragerons toutes ces luttes et aiderons à ce qu'ils s'organisent », promet-il.
Refus catégorique des promesses électorales
Interrogé sur une idée qu'il pourrait emprunter au programme d'un autre candidat, Antoine Colin répond sans ambages : « Aucune ! » Il exprime son opposition frontale aux catalogues de promesses électorales, qu'il juge illusoires. « Ces promesses n'engagent que ceux qui y croient et je n'ai jamais cru aux miracles », assène-t-il. Il dénonce parallèlement le désengagement de l'État en matière de subventions aux communes, au profit d'aides aux « marchands d'armes et autres capitalistes ». La seule promesse de sa liste : « être un soutien aux luttes des travailleurs ».
Entre Karl Marx et chocolat noir : le dilemme de l'île déserte
À la question ludique de savoir s'il emporterait Le Capital de Karl Marx ou sa tablette de chocolat noir 90 % sur une île déserte, Antoine Colin répond avec philosophie. Il rappelle que Marx s'est inspiré d'Épicure, pour qui le plaisir découle de la compréhension du monde. « Donc plus grâce au Capital qu'au chocolat ! », note-t-il. Mais il ajoute, malicieux : « Sur une île déserte, sans bourgeoisie et sans exploitation, Le Capital serait de peu d'utilité… »
Lectures engagées et méfiance envers les « contrefaçons »
Interrogé sur son livre de chevet, Antoine Colin écarte d'emblée Révolution, l'essai d'Emmanuel Macron paru en 2016. « Il faut se méfier des contrefaçons ! », prévient-il. Il cite plutôt L'Enragé de Sorj Chalandon, un roman poignant sur la révolte dans un bagne d'enfants, qui a inspiré le poème Chasse à l'enfant de Jacques Prévert. Une lecture qui résonne avec son combat contre les politiques répressives, celles-là mêmes que « Macron et son ami Retailleau rêvent de rétablir ».
Cet entretien révèle un candidat profondément ancré dans ses convictions, refusant les compromis et plaçant la lutte des travailleurs au cœur de son engagement politique. La suite de la série d'interviews se poursuivra avec Olivier Falorni, candidat de la liste « Pour les Rochelaises et les Rochelais », à découvrir dans Sud Ouest jeudi 5 mars.



