Retailleau savoure le "cadeau" de Macron et se voit président
Retailleau savoure le "cadeau" de Macron

C’est un message qui en dit long. Après la sortie au vitriol du président contre les « mabouls » prônant l’ultra fermeté avec l’Algérie – Bruno Retailleau en tête –, un influent macroniste s’est fendu de ce SMS drolatique à un fidèle du patron des Républicains : « Plaisir d’offrir ! » On a connu François Mitterrand avantageant discrètement son ancien rival Jacques Chirac à la présidentielle de 1995, puis le même Jacques Chirac appelant à voter pour le socialiste François Hollande en 2012. Il n’est pas interdit de penser qu’Emmanuel Macron voudra peser sur le choix de son successeur.

Une diatribe qui fait monter les actions de Retailleau

Avec sa diatribe anti-Retailleau, qui a placé le chef de LR, qui n’en demandait pas tant, en pleine lumière, le locataire de l’Élysée, tel Cronos dévorant ses petits, a-t-il voulu faire monter les actions de l’ancien ministre de l’Intérieur pour gêner Édouard Philippe et Gabriel Attal, peu après la sortie du livre de ce dernier ? Autour de Retailleau, on ne l’exclut pas. « C’est un joli cadeau ! » confesse l’un.

Déterminés à surfer sur cette polémique inespérée qui hisse leur champion au niveau du chef de l’État sur un sujet présidentiel en diable, les relations diplomatiques plus que houleuses avec le régime d’Alger, les équipes de Retailleau ont même un temps envisagé de mettre en ligne un « maboulomètre ».

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Le « maboulomètre » et la métamorphose du Vendéen

Il s’agit d’un sondage d’une vingtaine de questions taillées sur-mesure (telles que : « Trouvez-vous normal que l’Algérie ait introduit un refrain explicitement anti-français dans son hymne national officiel ? ») au terme desquelles le sondé recevait immanquablement le verdict suivant : « Bonne nouvelle, vous faites partie des mabouls… comme Bruno Retailleau. »

Depuis le vote interne du 19 mai qui l’a consacré comme candidat du parti avec près de 74 % des suffrages des militants, le Vendéen apparaît métamorphosé, « libéré » selon son mot. Il l’avoue volontiers, il redoutait un moindre score. Le voici désormais officiellement investi, pleinement légitimé, sans plus de risque d’être entravé par ses rivaux internes, ceux qu’il surnomme les « chapeaux à plume », Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand ou Jean-François Copé.

« Ce ne sont pas trois mecs qui vont m’emmerder ! » ose Retailleau en privé. « Je connais bien le pays. Je sais ce qu’il faut pour le relever. Mes convictions sont celles d’un grand nombre de Français », répète-t-il, convaincu qu’un chemin peut s’ouvrir. Ainsi ose-t-il désormais cette formule, autrefois rare dans sa bouche : « Moi, président de la République ».

Attal, allié contre son gré

Agacé par la musique du « petit Paris », qui lui prête l’intention de se rallier à l’automne à Édouard Philippe, Bruno Retailleau s’en va répétant qu’il « trace sa route ». Et qu’il y aura, selon lui, de la place au premier tour de la présidentielle pour deux candidats de la droite et du centre.

Quid du péril d’un second tour entre le RN et LFI ? Lui fait le calcul que Jean-Luc Mélenchon n’excédera pas 13 à 14 % au premier tour et que le ticket d’entrée au second sera à 17 ou 18 %. « Je suis sûr que c’est Édouard Philippe qui se ralliera à moi », moque-t-il, peu convaincu qu’un ancien conseiller d’État issu du « système », comme il dit, puisse séduire le pays. Non sans malice, l’ancien « premier flic de France » relève que le Havrais veille à ne pas dégrader leur relation et l’a appelé pour le féliciter de son investiture officielle à LR.

Outre le président, Bruno Retailleau s’est trouvé ces jours-ci un autre « ami » inattendu au sein de la macronie : Gabriel Attal. « Il faudra que je pense à le remercier », ironise-t-il, ravi que le chef de Renaissance ait imposé que LR soit évincé du comité de liaison chargé de réfléchir à une hypothétique primaire. Car de primaire, « il n’y aura pas », assène le Vendéen, ravi de ne pas être associé à une instance macronisée.

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Le test du parc floral

De même se réjouit-il de voir Gabriel Attal concurrencer Édouard Philippe sur son terrain en multipliant les propositions orientées à droite, sur le travail du 1er mai en particulier. Ce que Retailleau a rebaptisé, en digne homme de l’Ouest, « la théorie des deux meules qui tournent l’une contre l’autre » et voient les deux anciens Premiers ministres se neutraliser, selon lui. « Attal va affaiblir Philippe en l’empêchant de trop se décaler à droite », pronostique un retailliste.

Ça n’empêche pas une grande lucidité. Avec 8 à 13 % d’intentions de vote selon les enquêtes, Retailleau se sait outsider. Aussi martèle-t-il ses propositions pour passer le mur du son médiatique, sur le travail – comme il fera ce 1er mai à Cholet – ou la natalité, profitant du mutisme d’Édouard Philippe sur son programme qui l’expose, selon lui, au « risque de l’effacement ».

Retailleau mise également sur son grand meeting prévu au parc floral de Paris le 20 juin, où il développera son discours sur « l’impossibilisme » et détaillera le référendum qu’il soumettrait dès la rentrée 2027 aux Français – s’il était élu – pour modifier la Constitution sur les questions migratoires. Un livre verra aussi le jour à la fin de l’été, qu’il promet « surprenant sur la forme ». Objectif affiché : que les courbes des sondages s’inversent avec Philippe et Attal d’ici janvier 2027. « On a un petit trou de souris », évalue un de ses lieutenants.

Convaincre Sarkozy, un impératif

Retailleau, qui apparaît souvent comme un homme seul, travaille également à la constitution d’une équipe, avec des snipers chargés de défendre ses positions. Il dîne régulièrement avec le chiraquien François Baroin, qu’il espère convaincre de constituer un ticket. « Ce serait un game changer », espère un proche.

Enfin, il s’efforce d’engranger un maximum de dons, à raison de trois levées de fonds par semaine environ. Mi-février, sa déclaration de candidature avait permis, à son immense surprise, de récolter un million d’euros. Un nom circule pour devenir le trésorier de sa campagne : le maire du Touquet-Paris-Plage Daniel Fasquelle, qui a officié jusqu’en 2025 à ce poste chez Les Républicains et a laissé les comptes du parti au cordeau.

Retailleau a-t-il seulement ses chances face à un RN dominant ? S’il pense Jordan Bardella fragile et pénalisé par sa récente peopolisation, il concède que Marine Le Pen serait une adversaire redoutable. « Elle a la gravitas », convient-il, conscient que la cheffe des députés RN compte trois campagnes élyséennes à son actif.

Il y a peu, le Vendéen a déjeuné avec Nicolas Sarkozy. Il voulait comprendre pourquoi l’ancien président et fondateur des Républicains a encore reçu Jordan Bardella. Bruno Retailleau garde en mémoire le chemin de croix que fut la campagne de Valérie Pécresse en 2022, quand Nicolas Sarkozy affichait ses doutes sur ses chances de l’emporter. Pas question de vivre ça à son tour l’an prochain. Il est reparti de la rue de Miromesnil (Paris 8e) plutôt rassuré, convaincu que la relation avec Bardella relevait moins d’un soutien politique affirmé que d’une question d’affect.