Michaël Delafosse, maire de Montpellier : la laïcité comme valeur de concorde et dialogue interreligieux
Delafosse : la laïcité et le dialogue interreligieux à Montpellier

Michaël Delafosse : un maire non-croyant au service du dialogue interreligieux

À la tête de l'une des principales métropoles françaises, Montpellier, le socialiste Michaël Delafosse s'impose comme une personnalité montante de la gauche. Ce quadragénaire, professeur d'histoire et de géographie, se définit comme un grand défenseur de la laïcité, mais sans être prisonnier de ses convictions. Il cultive avec les autorités religieuses un dialogue constant et fructueux, toujours attentif au respect des croyances de chacun.

L'héritage de l'abbé Parguel et la mémoire de la Résistance

Michaël Delafosse tient particulièrement à honorer la mémoire de l'abbé Paul Parguel, prêtre résistant arrêté, torturé et déporté pendant la guerre pour avoir refusé de donner les noms des résistants. Ce prêtre reviendra des camps avec un témoignage poignant, publié en 1946, où il décrit une Résistance unie : « Dans la Résistance, la souffrance, l'exil, le patron était coude à coude avec ses ouvriers, le militant de parti politique avec ses adversaires d'hier, tous oubliaient des divisions souvent sans fondement ».

Le maire non-croyant évoque souvent avec chaleur cette figure emblématique. Chaque année, il assiste à la messe en souvenir de l'abbé Parguel et cite devant son monument le poème d'Aragon, La Rose et le Réséda, soulignant que la Résistance était un mouvement uni où toutes les composantes de l'identité française ont joué un rôle.

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Montpellier, ville façonnée par la tolérance religieuse

Dans un entretien, Michaël Delafosse rappelle comment les religions ont façonné Montpellier : « Les religions ont façonné Montpellier. Il est fascinant de voir qu'au XIIe siècle, alors que l'Occident est profondément chrétien, le seigneur Guillaume VIII prend une décision qui va changer le destin de la ville ». En 1181, un édit ouvre l'enseignement de la médecine aux juifs et aux musulmans, permettant aux érudits juifs de traduire le savoir médical antique.

Cette tolérance a conduit à un essor scientifique tel qu'on venait de toute l'Europe pour se faire soigner, menant à la fondation de l'Université de Montpellier en 1220. L'archéologie continue de révéler cet héritage : des sépultures musulmanes du XIIe siècle orientées vers La Mecque découvertes lors des travaux du Corum, et des traces du grand cimetière juif médiéval dans le quartier des Beaux-Arts.

La laïcité comme valeur de concorde

En tant que professeur d'histoire, Michaël Delafosse défend une laïcité ouverte : « La laïcité est pour moi une valeur de concorde qui garantit la liberté de conscience : le droit de croire ou de ne pas croire ». Il insiste sur l'importance d'enseigner ce principe dans les écoles et de bien former les professeurs pour qu'ils puissent aborder avec justesse l'histoire des trois monothéismes.

Il souligne que la France est un pays de grande tradition chrétienne, mais qu'il faut aussi montrer la présence multiséculaire du judaïsme et de l'islam. À Montpellier, il rappelle que les premiers représentants du culte musulman dans l'histoire récente étaient les harkis, qui ont construit la première mosquée de la ville.

Un dialogue constant avec les représentants des cultes

En tant que maire, Michaël Delafosse maintient un dialogue constant avec les représentants des cultes : l'archevêque, l'imam, le rabbin, les pasteurs. « Ce sont des échanges d'une grande hauteur de vue qui nourrissent ma propre réflexion », confie-t-il. Il se rend au moins une fois par an à une cérémonie de chaque culte, une manière de dire que chaque citoyen a sa place dans la cité, quelle que soit sa croyance.

Il précise cependant : « Le dogme religieux ne doit jamais s'imposer à la vie civile ». Il a été ferme contre les « thérapies de conversion » ou les demandes de créneaux non mixtes dans les piscines. Mais quand une synagogue est attaquée ou qu'un acte raciste vise un cimetière, il se place en première ligne pour défendre la sécurité et la dignité de chacun.

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La spiritualité dans la vie personnelle et publique

Bien que se définissant comme non-croyant, Michaël Delafosse exprime un profond respect pour les spiritualités. « Je suis respectueux. La croyance est un fait universel qui pose les questions de la morale, du rapport aux autres et de la finitude ». Il avoue une fascination intellectuelle pour l'art sacé, évoquant la chapelle Sixtine, la ferveur au pied du Mur des Lamentations, ou encore le Requiem de Mozart.

Face aux questions existentielles que suscite sa fonction, notamment confrontations avec la mort, il reconnaît : « C'est compliqué, d'autant que la fonction de maire nous confronte souvent à la mort et à son injustice ». Mais il reste fasciné par la capacité de la foi à produire de la beauté, qu'il voit comme des éléments rassurants dans une époque où la vulgarité semble parfois l'emporter.

Sur la transmission à ses enfants, il adopte une position respectueuse de leur liberté : « C'est à eux de forger leur propre sensibilité. S'ils choisissaient une voie spirituelle, je n'aurais ni à les en dissuader, ni à les encourager. Cela relève de leur liberté intime ».