Laïcité à l'école : 56% des enseignants s'autocensurent, Jean-Pierre Obin alerte sur la dégradation
56% des enseignants s'autocensurent sur la laïcité à l'école

Laïcité à l'école : un constat alarmant sur l'autocensure des enseignants

Jean-Pierre Obin, inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale et lauréat du prix de la laïcité en 2018, a présenté une analyse préoccupante de la situation dans les établissements scolaires français. Lors d'une conférence organisée par le Ceser de la Région Occitanie à Montpellier, l'expert a détaillé les causes de la montée des violences et des atteintes au principe de laïcité.

Une dégradation progressive depuis des décennies

Selon Jean-Pierre Obin, les gouvernements successifs ont laissé la situation se détériorer progressivement. "La fameuse guerre scolaire entre école et religion a duré jusqu'en 1994", rappelle-t-il, avant qu'une nouvelle forme de conflit ne prenne le relais. Dans son ouvrage "Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école" publié en 2020, il documentait déjà des atteintes à la laïcité dès l'enseignement primaire.

L'expert critique particulièrement l'approche adoptée après la loi de 2004 sur les signes religieux : "Les ministres successifs, de droite puis de gauche, ont estimé qu'avec cette loi, le travail était terminé. Or, le rapport de 2004 indiquait déjà que le voile n'était que l'arbre qui cache la forêt." Cette forêt comprend selon lui les contestations des règles de vie scolaire, les remises en cause des contenus pédagogiques, et même les menaces et agressions physiques contre les enseignants.

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L'autocensure des enseignants en forte augmentation

Les chiffres révélés par Jean-Pierre Obin sont particulièrement éloquents. Entre 2018 et 2022, le pourcentage d'enseignants déclarant s'être déjà autocensurés est passé de 36% à 56%, selon les études de l'Ifop. Cette progression significative intervient dans un contexte marqué par l'assassinat de Samuel Paty en 2020, événement qui a profondément traumatisé la profession enseignante.

Dans son livre "Les profs ont peur", l'ancien inspecteur général rapporte que "presque tous les enseignants interrogés ont évoqué le cas de Samuel Paty". Cette autocensure croissante s'inscrit dans un phénomène plus large de montée des violences en milieu scolaire.

La violence contre les enseignants : des chiffres préoccupants

Jean-Pierre Obin présente des statistiques alarmantes sur les agressions physiques : "2% des élèves déclarent avoir frappé au moins une fois un professeur dans l'année. Cela représente environ 120 000 agressions physiques d'enseignants." Cette violence n'est pas spécifiquement française mais s'inscrit dans une tendance générale observée dans de nombreux pays.

L'expert pointe cependant un problème propre au système éducatif français : "Les statistiques Talis et de l'OCDE placent la France en dernière position parmi 55 pays en termes de formation des enseignants, notamment concernant la gestion des comportements et le maintien de l'ordre en classe."

Des solutions concrètes pour inverser la tendance

Face à cette situation préoccupante, Jean-Pierre Obin propose plusieurs pistes d'action :

  • Transparence accrue sur un sujet qu'il estime encore tabou, notamment du côté des organisations syndicales
  • Refonte complète de la formation des enseignants, avec un retour à un système plus efficace que la délégation actuelle aux universités
  • Soutien renforcé de la hiérarchie pour les enseignants confrontés à des situations difficiles
  • Application systématique de l'article 40 du code de procédure pénale en cas d'agression, plutôt qu'un traitement interne des incidents

L'ancien inspecteur général souligne que les plans successifs de lutte contre la violence scolaire, qui ont créé des milliers de postes d'assistants d'éducation depuis 1990, n'ont pas permis de réduire significativement les incidents. "C'est avant tout un problème de formation des enseignants et de soutien institutionnel", insiste-t-il.

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Jean-Pierre Obin reste cependant prudent sur les perspectives d'amélioration : "Je ne suis pas certain que le ministère ait pleinement conscience de l'ampleur de ce fiasco..." Un constat qui appelle à une prise de conscience collective et à des actions déterminées pour préserver les principes fondamentaux de l'école républicaine.