L'élection de Benjamin Moutet à Orthez et de Lindsey Deary à Mourenx renouvelle le paysage politique à la tête de la Communauté de communes Lacq-Orthez (CCLO). Cependant, le premier s'est heurté au système rodé perpétué par l'héritier du député David Habib, l'un des « Pères fondateurs » de la collectivité.
Une domination historique de Mourenx
En tant que ville la plus peuplée au sein de sa communauté de communes, Orthez pourrait logiquement prétendre à ce que ses élus y exercent des fonctions de premier ordre. Mais depuis sa création, la CCLO – deuxième intercommunalité béarnaise après celle de Pau, avec ses 60 communes et 55 000 habitants – n'a jamais été présidée par un Orthézien. De plus, son centre névralgique est resté du côté du bassin industriel de Lacq et de Mourenx, où se trouve son siège.
L'influence de David Habib
En remontant à la naissance de la collectivité en 2014, on comprend l'influence majeure qu'a exercée le député de la 3e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, David Habib, alors maire de la Ville Nouvelle et président de la CC Lacq. La fusion avec celle d'Orthez et son canton a nettement tourné à l'avantage de la première, l'édile mourenxois devenant le premier président de la CCLO. Il a laissé son siège pour se présenter aux élections municipales de Pau, où il a été battu par François Bayrou, mais cela a assis durablement sa position sur le territoire, surnommé « Habibland » par ses détracteurs.
Ainsi, lorsqu'il s'est agi d'élire officiellement un nouveau président de la CCLO, le maire d'Orthez fraîchement élu Yves Darrigrand a eu beau se présenter et dénoncer les tractations en coulisses, les postes-clés avaient déjà été répartis entre élus proches du député et maires de l'ex-CC Lacq. Jacques Cassiau-Haurie, maire de Biron et conseiller général de Lagor, a pris la tête de la collectivité, et Orthez s'est retrouvé sans poste au sein du bureau exécutif. Comme Yves Darrigrand en 2014, le nouveau maire d'Orthez Benjamin Moutet s'est heurté à un système rodé où la répartition des postes se joue en amont, en coulisses.
L'histoire se répète
Le même scénario vient de se répéter avec la récente accession à la présidence de la CCLO du nouveau maire de Mourenx, Lindsey Deary, attaché parlementaire de David Habib, dont il est l'héritier politique. Il succède à Patrice Laurent, ex-protégé du député avant qu'ils ne se brouillent, et que Deary a nettement battu à Mourenx. Benjamin Moutet, qui venait de remporter la mairie d'Orthez, a bien tenté de rencontrer les maires du territoire pour tester la popularité de sa candidature à la présidence de la CCLO, mais en vain.
La gouvernance de la collectivité s'est jouée ailleurs, entre acteurs historiques et leurs alliés, ce que Moutet a publiquement déploré. Lindsey Deary a été élu avec 80 voix sur 94, Benjamin Moutet ayant renoncé à se présenter. À la première vice-présidence, on retrouve l'incontournable maire de Lacq, Didier Rey, délégué à l'industrie. Le maire d'Orthez, lui, n'a obtenu que la deuxième vice-présidence, chargée des mobilités et des politiques contractuelles. Pour rappel, l'ex-édile orthézien Emmanuel Hanon – proche de David Habib – gérait le portefeuille stratégique des finances.
Ville centre
Quel rôle Orthez peut-elle jouer au sein de la CCLO ? Le pouvoir ne penche pas en sa faveur au sein de l'assemblée d'élus. Mais la Cité Fébus garde un statut de ville centre avec notamment son hôpital, sa gare SNCF d'où les TGV montent à Paris en quatre heures, et ses nombreux commerces. Un pôle d'attraction naturel pour de nombreux habitants du territoire. Par ailleurs, ses plus de 10 000 habitants représentent près d'un cinquième de la population totale de la communauté de communes. Les investissements de la collectivité en sa faveur doivent donc tenir compte de ces enjeux.



