Une petite musique monte dans le petit monde des candidats à l'élection présidentielle : celle du parachutage surprise de Jean Castex, dans le rôle de l'homme providentiel, du candidat hors parti. Avec une étiquette pas simple à assumer : joker du président.
En effet, la rumeur, croit-on savoir, serait organisée par l'entourage d'Emmanuel Macron lui-même. L'affaire sent l'intox à plein nez, tant Jean Castex paraît s'épanouir dans le poste dont il rêvait depuis toujours, celui de patron de la SNCF.
L'homme est une véritable encyclopédie de l'histoire des chemins de fer de l'Hexagone. Il a même écrit un ouvrage savant au titre qui sent bon la province, La ligne de chemin de fer de Perpignan à Villefranche, aux éditions Talaia. C'est son seul ouvrage. Il est donc exactement au poste qui lui convient, répète-t-il à ceux qui le tarabustent sur le sujet.
Autorité et bonhomie
Alors pourquoi diable irait-il s'aventurer dans un combat à hauts risques ? Parce que les enjeux de l'élection présidentielle de 2027 sont historiques. Parce que la perspective d'une victoire du Rassemblement national n'est plus une chimère et qu'il va bien falloir trouver une figure nationale, rassembleuse, grand serviteur de l'État, et en même temps capable de parler au peuple, celui des campagnes et des banlieues ouvrières. Et pas seulement aux électeurs traditionnels de la droite et du centre.
Or, l'ancien Premier ministre coche un maximum de cases. Dans l'opinion, il est celui qui a sorti le pays du confinement – et parfois surnommé « monsieur passe sanitaire » à ce titre. Dans la tourmente, il a tenu la baraque dans un style très personnel d'autorité et de bonhomie, avec l'accent du Sud-Ouest, sa terre d'élection et de naissance, où il a connu tous les postes d'un élu local, de maire de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, au siège de président de conseil départemental.
C'est sans doute le plus grand paradoxe de Jean Castex et aussi son atout majeur : c'est un technocrate au solide ancrage local. Cet énarque, qui fut secrétaire général adjoint de l'Élysée sous la présidence Sarkozy, connaît l'appareil d'État comme sa poche, il n'en ignore pas les moindres recoins. Et pourtant il garde dans l'esprit des Français l'image de l'élu de province bon bougre, pas bégueule, tendance radical cassoulet : tout l'inverse de la ribambelle de macronistes qui ont occupé le terrain médiatique depuis dix ans. Finis les costumes trop serrés, les discours lénifiants, trop techniques ou trop apprêtés, des enfants des beaux quartiers. Place à du lourd, du costaud, aux gens qui connaissent la France dans ses profondeurs.
Un scénario bien imparfait
Mais pourquoi donc les conseillers de l'Élysée chercheraient-ils à imposer une candidature Castex dans les prochains mois ? Pour préparer le retour d'Emmanuel Macron en 2032, lequel envisagerait sérieusement cette perspective. Jean Castex ne serait donc, aux yeux des têtes pensantes du Château, qu'un intérimaire, un président de transition, sur le modèle d'un Medvedev qui avait joué ce rôle pour Poutine, de 2008 à 2012.
Absurde ? Ce scénario a, bien sûr, de nombreuses failles. Alors que tous les candidats actuels ont une obsession, se débarrasser du costume de macroniste qui pourrait les plomber tout au long de la campagne électorale, pourquoi l'actuel patron de la SNCF agirait-il différemment ? Et puis Jean Castex, combien de divisions ? Quel parti prendrait le risque de soutenir ce challenger tombé du ciel ?
Comme toujours, ce seront les sondages qui en décideront. Qu'il le veuille ou non, le nom de Jean Castex circule de plus en plus dans le Landerneau politique. Et pas comme poisson pilote de Macron, mais en homme libre. Bien plus dangereux…



