Un étudiant libanais à Agen, le cœur tourné vers son pays en guerre
Majd Saliba, jeune Libanais de 21 ans, est étudiant à l'université de droit d'Agen. Arrivé en septembre 2024, il a trouvé refuge dans la ville du Lot-et-Garonne, mais son esprit reste rivé sur son pays natal, le Liban, où la situation sécuritaire se dégrade dangereusement.
L'angoisse permanente pour les proches restés au Liban
« Lorsque le Hezbollah a lancé ses premières roquettes sur Israël le 2 mars dernier, après la mort d'Ali Khamenei, je me suis dit : 'Ça y est, c'est reparti' », confie Majd Saliba, la voix empreinte d'émotion. Né et élevé à Beyrouth, diplômé du lycée français de la capitale libanaise, le jeune homme a choisi la France pour poursuivre ses études supérieures et donner « un nouveau sens à mon avenir ».
Sur le campus du Pin à Agen, Majd s'est rapidement constitué un cercle d'amis et s'est passionné pour l'œnologie. Polyglotte – il maîtrise le français, l'arabe, l'anglais et possède des notions d'espagnol –, il envisage une carrière dans l'économie du vin à Bordeaux. Mais cette projection professionnelle est assombrie par l'actualité brûlante de son pays d'origine.
Des nouvelles alarmantes et des blessés dans l'entourage
« Je suis beaucoup l'actualité en général. Évidemment celle du Liban, avec le besoin d'avoir des nouvelles de mes proches dans ce moment encore terrible pour le pays », explique-t-il. Ses parents ont pu quitter Beyrouth pour se réfugier dans les montagnes, où la famille possède une maison. Cependant, la situation reste critique pour ses amis et d'autres membres de sa famille restés dans la capitale.
« Pour mes amis et d'autres membres de ma famille qui sont restés à Beyrouth, c'est plus compliqué. J'ai des nouvelles régulières, elles ne sont pas toujours bonnes. Lundi, des proches ont été gravement blessés par un bombardement », révèle Majd, visiblement affecté.
Un sentiment d'amertume face à l'escalade militaire
Le jeune étudiant exprime une profonde amertume quant aux raisons de cette nouvelle guerre. « C'était suicidaire pour le Hezbollah de s'attaquer à Israël pour venger la mort de Khamenei. Ils n'ont pas regardé autour d'eux. Ils n'ont pas pensé que la riposte allait inévitablement provoquer une catastrophe pour tout le Liban et son peuple », analyse-t-il avec une maturité surprenante pour son âge.
Majd Saliba connaît intimement les difficultés de son pays, qu'il a vécues directement. « Notre histoire est jalonnée d'erreurs diplomatiques et politiques, de catastrophes qui nuisent aux Libanais », souligne-t-il, évoquant notamment l'explosion au port de Beyrouth et la mort d'Hassan Nasrallah, tué par une frappe israélienne.
Un départ chargé de symboles et un avenir incertain
Le jeune homme a quitté le Liban dans des circonstances particulièrement symboliques. « J'ai pris l'avion pour la France le 27 septembre 2024, le jour de la mort de Nasrallah. C'était un sentiment particulier, je savais que nous étions, encore, dans une période difficile. Partir à ce moment-là donnait du sens à mon envie de nouveau départ pour ma vie », se souvient-il.
Dix-huit mois plus tard, la situation n'a guère évolué. Le Liban vit toujours sous la menace des bombes, et cette réalité pèse lourdement sur le moral de Majd. « J'avais prévu de retourner à Beyrouth après les examens, mais je ne suis plus sûr de rien. Mes parents m'ont dit : 'Reste en France le temps que ça se calme et débrouille-toi.' Bien sûr, je suis en sécurité, mais je pense beaucoup à ce qui se passe là-bas », conclut l'étudiant, partagé entre son désir de construire son avenir en France et son attachement viscéral à sa terre natale.



