À moins d'un an de l'élection présidentielle, les candidats du bloc central, de la majorité présidentielle à la droite modérée, intensifient leurs propositions sur l'immigration. Face à la pression du Rassemblement national et à une opinion publique de plus en plus sensible au sujet, ils multiplient les annonces visant à durcir les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Cette surenchère marque un tournant dans la campagne, alors que les sondages placent l'immigration parmi les préoccupations majeures des Français.
Un virage stratégique assumé
Les principaux candidats du bloc central, dont l'ancien Premier ministre Édouard Philippe et la ministre du Travail Élisabeth Borne, ont récemment dévoilé des mesures chocs. Édouard Philippe propose de réduire les possibilités de régularisation des sans-papiers et de conditionner l'accès aux prestations sociales à une durée minimale de résidence de cinq ans. Élisabeth Borne, de son côté, suggère de renforcer les contrôles aux frontières et de créer un délit spécifique pour les étrangers en situation irrégulière qui travaillent.
Ces propositions, présentées comme des réponses pragmatiques aux défis migratoires, s'accompagnent d'un discours plus ferme sur l'intégration et la laïcité. Les candidats insistent sur la nécessité de « reprendre le contrôle » de la politique migratoire, une formule qui fait écho aux thèmes chers à l'extrême droite. Selon un sondage Ifop publié en août, 67 % des Français se disent favorables à un durcissement des conditions d'accueil des migrants, un chiffre en hausse de 8 points en un an.
Une réponse à la pression électorale
Cette évolution du discours s'explique par la concurrence électorale que se livrent les candidats du bloc central pour capter l'électorat de droite, traditionnellement sensible aux questions de sécurité et d'immigration. « Nous devons répondre aux attentes des Français qui se sentent dépassés par les flux migratoires », a déclaré Édouard Philippe lors d'un meeting à Lyon. De son côté, Élisabeth Borne a affirmé que « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », reprenant une formule célèbre, tout en appelant à une « politique européenne commune ».
Les socialistes, représentés par Olivier Faure, dénoncent une « dérive sécuritaire » et appellent à « une politique humaine et solidaire ». Mais ces critiques semblent peu audibles face à la dynamique des candidats du bloc central, qui espèrent ainsi séduire les électeurs hésitants du Rassemblement national. Selon un baromètre Elabe, 43 % des électeurs de droite et du centre considèrent que les propositions sur l'immigration seront déterminantes dans leur choix de vote.
Des mesures aux effets contrastés
Les mesures proposées suscitent des débats parmi les experts. Certains, comme le démographe François Héran, estiment qu'elles auront un impact limité sur les flux migratoires, mais qu'elles risquent de fragiliser l'économie dans certains secteurs dépendants de la main-d'œuvre étrangère. D'autres, à l'instar du politologue Jérôme Fourquet, y voient une « normalisation » du discours sur l'immigration, qui pourrait redessiner la carte électorale.
En attendant, les candidats du bloc central poursuivent leur offensive. Ils prévoient de présenter un texte commun sur l'immigration avant la fin de l'année, espérant ainsi peser dans le débat public et imposer leur agenda. Cette stratégie sera mise à l'épreuve lors des prochains meetings et débats, où la question migratoire s'annonce comme l'un des principaux sujets de discorde. À un an du scrutin, le bloc central semble avoir choisi de jouer la carte de la fermeté, quitte à bousculer les équilibres traditionnels de la vie politique française.



