Laurent Wauquiez, la figure controversée qui divise la droite française
Wauquiez, la figure controversée qui divise la droite française

La colère explosive d'Hervé Morin contre Wauquiez

Le 20 janvier au soir, au pied de la scène de la Mutualité à Paris, Hervé Morin, soutien de David Lisnard, laisse exploser sa fureur contre Laurent Wauquiez. « Cet enculé de Wauquiez vient d'avoir un arbitrage sur le budget ! Je suis prêt à l'assassiner », tonne-t-il. En cause : un amendement discret du patron des députés de la Droite républicaine qui supprime une importante dotation à trois régions, dont la Normandie de Morin, au bénéfice d'Auvergne-Rhône-Alpes.

Un homme détesté dans son propre camp

Il n'y a guère que Wauquiez pour susciter tant de détestation. En cet automne budgétaire qui a poussé la droite au bord de l'ébullition, son nom est devenu pour certains dans son camp, fidèles de Bruno Retailleau en tête, un cauchemar, une obsession, presque une allergie cutanée. « Des militants appellent au siège pour réclamer sa tête après l'adoption de ce budget socialiste ! », tempête un élu.

Rares sont ceux qui l'imaginent encore postuler à la prochaine présidentielle, jugeant ses chances réduites à presque zéro. « Compliqué. Pour la première fois, ça se tend dans son cœur d'électeurs qui ne supportent pas qu'on discute trop avec les socialistes », doute un ténor qui, pourtant, l'apprécie.

L'ambition présidentielle intacte

Comme il le confie au Point, si l'heure est trop grave pour faire étalage d'ambition, la sienne demeure intacte : « Est-ce que je continue à vouloir être président de la République ? Bien sûr que, dans ma tête, j'ai toujours ça. Je l'ai toujours eu ». Converti à l'idée d'une primaire « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo », il alerte sur le péril qui guette si les candidatures se multiplient comme « les mille fleurs maoïstes » : un second tour Bardella-Mélenchon.

Deux morts politiques et un retour remarqué

En politique, dit l'adage, il faut avoir souffert, être revenu des enfers, pour être aimé. Laurent Wauquiez est déjà mort deux fois. Le 2 juin 2019, il démissionne de la présidence des Républicains en direct sur TF1 après le crash de François-Xavier Bellamy aux européennes. Son ami Brice Hortefeux préfère y voir une épreuve initiatique : « Laurent, tu as été le wonderboy, puis tu as été le bad boy, maintenant tu es le loser. Tu as fait ton apprentissage ! »

Sa deuxième mort remonte au 18 mai 2025, avec ce score cuisant de 25,7 % face à Bruno Retailleau dans la bataille du parti. Cette fois, point de traversée du désert. Deux jours après sa défaite, il se remet en selle, dans un coup politique d'une audace folle, en invitant Retailleau devant les députés DR et restaurant son autorité par un vote à l'unanimité.

Un surdoué complexe

Ses intimes décrivent tout autre chose qu'un homme brutal : un homme qui se protège et s'est forgé une carapace, claquemuré en lui-même au point que sa parole semble parfois trop préparée, mécanique. Tous décrivent un « surdoué » qui redoute plus que tout l'échec. « C'est un prince du système pédagogique français. Personne n'a un tel cursus. Comment le type le plus intelligent peut-il s'autodétruire ? Parce qu'il a peur, profondément peur d'un destin gâché », dépeint l'essayiste Alain Minc.

La violence inhérente à la vie politique

Qu'on le déplore ou non, la violence est inhérente à la vie politique, surtout en haut des cimes. Ça n'enlève rien à la nature privée des hommes. « Je ne comprends pas, quand on dîne avec Laurent et sa femme, il est charmant ! » s'étonnait un jour Bruno Retailleau. Laurent Wauquiez, peu le savent, peut être d'une douceur infinie avec ceux qui sont dans la peine.

Le chiraquien Christian Jacob, rare dans les médias, sera toujours derrière lui. « J'utiliserai à son propos une formule de Denis Tillinac sur Jacques Chirac : si vous voulez le détester, ne le rencontrez jamais. Je l'ai connu jeune député, on ne s'est jamais perdu de vue ».

Le projet de rassemblement

Dans les prochains mois, il continuera à prêcher pour l'union sacrée au travers de son projet de primaire. Il rêve d'un « printemps des droites » où élus, intellectuels et patrons se mettraient autour d'une table pour définir les arêtes d'une base programmatique. Il a vu « tout le monde », Édouard Philippe, Éric Zemmour, Sébastien Lecornu, Maud Bregeon, Sarah Knafo.

Ses proches font le pari darwinien que la candidature de Retailleau retombera comme un soufflé : « Laurent sera l'imam caché, pas dans l'affrontement ni la déstabilisation, mais le recours, la référence inconsciente. Tu te retournes et il est là ». À 50 ans seulement, il a encore quatre présidentielles devant lui.