Dominique de Villepin lance sa pré-campagne à la Sorbonne
Ce vendredi soir, à 20 heures, l'université parisienne de La Sorbonne accueille une conférence majeure de l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Intitulée « l'état de la France », cette intervention marque un tournant stratégique pour le politicien de 72 ans, qui avait surtout commenté les questions internationales ces derniers mois. Son entourage confirme à l'AFP que l'objectif est de « poser un constat sur l'état de la France » et de « poser les jalons d'une ligne politique ». « C'est la précampagne présidentielle qui s'ouvre », ajoute-t-on, laissant planer le suspense sur une candidature en 2027.
Un calendrier soigneusement orchestré
Dominique de Villepin, figure emblématique de la présidence de Jacques Chirac, avait déjà annoncé en janvier sa volonté d'être « présent » dans « le grand combat » de 2027. Il dispose d'atouts solides : son parti, La France humaniste, lancé en juin 2025, une présence médiatique régulière, et un livre politique publié l'an dernier. Malgré une bonne cote de popularité, celle-ci ne se traduit pas encore en intentions de vote, ce qui explique son envie d'accélérer le mouvement.
Son entourage évoque une annonce de candidature possible « dès avril comme en décembre ». Interrogé sur LCP en janvier concernant son calendrier, Villepin a répondu qu'il fallait attendre que les Français soient « dans le temps de la présidentielle ». Avec les élections municipales passées, la voie semble désormais dégagée pour une offensive politique.
Une stratégie de communication originale
Sur les réseaux sociaux, Dominique de Villepin adopte une approche singulière. Passionné de poésie, il publie des vidéos analysant en détail des écrivains comme Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Albert Camus, ainsi que l'Evangile selon Saint-Jean. Héraut d'un droit international piétiné, l'énarque au verbe flamboyant signe également des messages fleuves disséquant l'actualité mondiale, notamment sur l'Iran, Gaza ou le Venezuela.
Il s'exprime sur ces sujets avec la légitimité d'un diplomate de carrière, devenu ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac de 2002 à 2004. Et surtout, en tant que visage du « non » français à la guerre en Irak en 2003, son heure de gloire. Sa position d'observateur, hors du jeu politique traditionnel, lui permet pour l'instant de commenter librement sans trop s'engager.
Quel électorat pour Villepin en 2027 ?
Si sa carrière politique s'est construite à droite, ses récentes prises de position marquent une rupture nette avec cet héritage. Il s'élève contre le « désastre humanitaire » à Gaza, critique l'impopulaire réforme des retraites, insiste sur le besoin de justice sociale et veut réinventer le monde du travail. En février, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l'avait même jugé « plus à gauche » que le Parti socialiste.
Acclamé à la Fête de l'Humanité en 2024, Villepin chasse aussi sur les terres des Écologistes en plaidant pour « mettre fin à l'exploitation aveugle des ressources ». Son créneau unique lui vaut cependant d'être isolé. Il ne semble pas chercher à se réconcilier avec son ancienne famille politique, dont il dénonce « la course à l'échalote avec l'extrême droite » et la « tentation identitaire ».
Pour le Dominique de Villepin version 2026, l'avenir semble plutôt se dessiner vers l'électorat centriste ou de gauche modérée. Mais son profil d'homme fortuné, nourri par ses activités de consultant, et son CV de chiraquien pourraient irriter une partie de cet électorat.
Une revanche personnelle en perspective
Un retour réussi signerait une revanche de taille pour Dominique de Villepin, effacé par l'accession à l'Élysée de son rival Nicolas Sarkozy en 2007, puis par l'affaire Clearstream, dans laquelle il a finalement été relaxé. Sa tentative présidentielle en 2012 s'était arrêtée dans la douleur, faute de parrainages d'élus locaux suffisants. Il affirme en avoir tiré les leçons.
La route vers l'Élysée reste néanmoins semée d'embûches. Rien qu'au centre, deux autres anciens Premiers ministres, Édouard Philippe et Gabriel Attal, se disputent déjà la lumière. À plus d'un an de l'échéance, d'autres candidats pourraient encore émerger, rendant la bataille particulièrement incertaine.



