Le Rassemblement national à l'assaut des fiefs communistes historiques
Les prochaines élections municipales s'annoncent comme un véritable champ de bataille politique entre le Parti communiste français et le Rassemblement national. Du Nord industriel au célèbre « Midi rouge », les bastions traditionnels du PCF se retrouvent convoités par l'extrême droite, créant une situation inédite dans le paysage politique français.
Martigues : la dernière forteresse du Midi rouge
Avec ses 49 000 habitants, Martigues représente le dernier bastion d'importance du Parti communiste dans le sud de la France. Cette « Venise provençale », communiste depuis 1959, a bâti sa prospérité sur l'industrie pétrochimique, lui permettant de développer des équipements publics enviables comme une piscine olympique et un théâtre réputé.
Pourtant, le paysage politique local a radicalement changé. Lors des législatives de 2024, la ville a voté à 50,5% pour le Rassemblement national, un premier séisme électoral. Le maire sortant Gaby Charroux, 83 ans et candidat à un quatrième mandat, doit faire face à plusieurs défis : sa mise en examen pour favoritisme dans une affaire de corruption au sein du bailleur social SEMIVIM, et une gauche divisée avec l'émergence d'un « collectif citoyen martégal » conduit par un élu LFI.
La stratégie du Rassemblement national
Le député RN Emmanuel Fouquart, ancien gendarme de 59 ans, mise sur plusieurs arguments pour conquérir la mairie : l'insécurité grandissante liée au narcotrafic et le scandale de la SEMIVIM. Franck Allisio, responsable départemental du RN, estime que les chances de victoire sont « très importantes » à Martigues.
Pierre Lacaze, chargé des élections au PCF, analyse cette confrontation : « Le RN va à la conquête de nos mairies et nous voulons résister. Les gens nous font confiance dans les villes que nous gérons parce que nous gérons bien et nous représentons encore des valeurs de solidarité, d'intérêt général ».
Le bassin minier du Nord : un autre front crucial
Dans le Pas-de-Calais, le Rassemblement national a déjà conquis deux mairies et toutes les circonscriptions ces dernières années. La stratégie du parti est claire : aligner de jeunes candidats pour créer un « effet Bardella ».
À Billy-Montigny, ville de 8 000 habitants près de Lens, le RN présente Yanis Gaudillat, assistant parlementaire de 27 ans, face au maire communiste Bruno Troni en poste depuis 1999. Bruno Clavet, député RN de la circonscription, vise également Avion, commune communiste depuis 1935 et considérée comme le bastion historique du bassin minier.
Un appareil communiste affaibli
Le politologue Rémi Lefebvre alerte sur la situation précaire du PCF : « Les maires PCF, parfois en poste depuis très longtemps, sont en bout de course, avec un appareil communiste qui s'est étiolé et compte sur bien moins de militants que par le passé ».
Face à cette réalité, Hervé Poly, premier secrétaire de la fédération PCF du Pas-de-Calais, reconnaît le danger : « On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, vu les scores des législatives ». Mais il tente de se rassurer en affirmant que « les gens ont besoin de repères » et qu'il n'y aura pas de « sauts dans l'inconnu partout ».
Saint-Amand-les-Eaux : le test Roussel
Autre symbole de cette confrontation, Saint-Amand-les-Eaux dans le Nord, où le secrétaire national du PCF Fabien Roussel joue son avenir politique face à une liste soutenue par le Rassemblement national. Cette élection sera particulièrement scrutée comme indicateur de la capacité du PCF à résister à la poussée de l'extrême droite.
Pierre Mathiot, professeur à Sciences Po Lille, résume la situation : « Il y a un vrai risque pour le PCF dans le bassin minier. Ces communes sont encore communistes pour deux raisons : l'ancrage très ancien des équipes municipales et le fait qu'il n'y avait pratiquement pas d'adversaires par le passé ».
Cette bataille électorale dépasse le simple cadre municipal. Elle symbolise la lutte pour le cœur de la France populaire, entre des valeurs historiques de solidarité et une nouvelle offre politique qui séduit de plus en plus d'électeurs traditionnellement ancrés à gauche.



