RN à l'Élysée : une alliance France-Russie-États-Unis est-elle envisageable ?
RN à l'Élysée : alliance France-Russie-USA possible ?

Une convergence idéologique troublante

La Stratégie de sécurité nationale américaine publiée en décembre 2025 dépeint une Europe en déclin, vision qui trouve un écho particulier auprès des extrêmes droites européennes. Ce document officiel affirme que « L'Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau de l'esprit », validant ainsi l'influence croissante des partis patriotes européens. Cette perspective rejoint étrangement la vision russe développée depuis deux décennies par Vladimir Poutine, qui présente la Russie comme le dernier bastion de la « vraie Europe » et l'alliée naturelle des patriotes européens.

Le logiciel illibéral commun

Extrêmes droites européennes, gouvernement russe et administration américaine partagent un socle de valeurs illibérales remarquablement cohérent. Ces acteurs défendent la souveraineté nationale contre les institutions supranationales, croient en un monde multipolaire plutôt qu'universaliste, promeuvent un pouvoir exécutif fort au détriment des droits des minorités, et revendiquent des valeurs conservatrices pour préserver l'identité européenne. Cette convergence idéologique permet des stratégies politiques communes, notamment la dénonciation de l'Union européenne perçue comme un instrument technocratique cherchant à dissoudre les identités nationales.

Les ambiguïtés stratégiques du Rassemblement national

L'invasion de l'Ukraine en 2022 a contraint le RN à un repositionnement délicat. Le parti a progressivement distancié son discours de la Russie tout en maintenant des perspectives stratégiques partiellement alignées sur Moscou. Cette évolution n'efface pas l'héritage des relations russo-françaises au sein du mouvement. Des figures comme Aymeric Chauprade, Jean-Luc Schaffhauser, Thierry Mariani et Philippe Olivier ont tissé des liens durables avec des acteurs russes. Plus récemment, la nomination de Patrice Hubert comme directeur général du RN en 2025, avec son expérience professionnelle en Russie, illustre l'intégration discrète mais réelle de cette familiarité dans l'appareil du parti.

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Le tropisme russe historique

Le RN manifeste traditionnellement une attirance plus marquée pour la Russie que pour les États-Unis, héritage des orientations idéologiques de la famille Le Pen. Jean-Marie Le Pen entretenait des contacts avec l'extrême droite russe dès les années 1990, tandis que Marine Le Pen a été reçue par Vladimir Poutine en 2018 et bénéficié d'un soutien financier russo-tchèque lors de sa campagne de 2017. Cette proximité contraste avec l'ambivalence affichée envers l'Amérique de Donald Trump, même si des figures comme Jordan Bardella ont exprimé leur admiration pour l'ancien président américain.

Les tensions géopolitiques concrètes

L'administration Trump a accru les distances avec le RN sur plusieurs dossiers sensibles. Le parti français s'est clairement opposé à l'enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela, dénonçant une violation de la souveraineté nationale. Marine Le Pen a déclaré que « la souveraineté nationale n'est jamais négociable », tandis que Thierry Mariani accusait Trump de traiter la France « comme une colonie ». De même, les demandes américaines d'achat du Groenland ont été vigoureusement critiquées par Jordan Bardella, qui y voyait un « retour des ambitions impériales » américaines.

Nations contre empires dans l'ordre illibéral

Le projet politique du RN s'inscrit dans une Europe des nations qui devrait s'affirmer internationalement tout en déconstruisant partiellement le projet supranational européen. Cette vision correspond aux intérêts russes et américains, mais n'implique pas une subordination automatique. La difficulté fondamentale réside dans le caractère impérial des projets trumpiste et poutinien, qui entrent en contradiction avec les ambitions nationalistes des forces européennes. L'expansionnisme américain au Groenland et l'impérialisme russe en Ukraine créent des tensions avec les partis nationalistes européens qui défendent la souveraineté des États-nations.

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Les contraintes politiques intérieures

Le RN doit composer avec une opinion publique française largement critique envers Vladimir Poutine et Donald Trump. Marine Le Pen et Jordan Bardella, s'ils accèdent au pouvoir, auront pour priorité leur réélection et leur image de gouvernabilité dans un système politique où ils seront soumis au contrôle parlementaire et juridique. Cette réalité domestique limite considérablement la marge de manœuvre pour une alliance stratégique ouverte avec Moscou ou Washington.

Deux trajectoires possibles pour le RN au pouvoir

En cas de victoire présidentielle, le RN devra arbitrer entre deux modèles éprouvés :

  • La voie « à la Meloni » : infléchir les politiques européennes de l'intérieur sans remettre en cause l'architecture supranationale, notamment sur l'immigration, l'environnement et les droits des minorités.
  • La voie « à la Orban » : adopter une posture plus conflictuelle vis-à-vis des institutions européennes, en privilégiant les rapports de force bilatéraux.

Dans les deux cas, la transformation du paysage politique européen s'opérerait par un glissement progressif vers des référentiels illibéraux convergents avec ceux des États-Unis trumpistes et de la Russie poutinienne, sans pour autant effacer les rivalités géopolitiques et économiques structurelles.

L'illibéralisme : recomposition des conflits plutôt que nouvelle alliance

La convergence idéologique entre ces différents acteurs n'annonce pas une nouvelle « fin de l'histoire » ni une alliance stratégique automatique. Elle ouvre plutôt sur une recomposition durable des lignes de conflit international, où les affinités politiques coexistent avec la persistance des logiques de puissance nationale. Le RN, s'il arrivait au pouvoir, serait tiraillé entre ses affinités idéologiques avec Moscou et Washington, ses ambitions nationalistes européennes, et les contraintes imposées par le système politique français et les réalités géopolitiques mondiales.