Bruno Retailleau plonge dans la présidentielle : entre nucléaire et droit international
Retailleau candidat : nucléaire, droit international et critiques

Le plongeon présidentiel de Bruno Retailleau

Le 12 février marque une date décisive. Bruno Retailleau, après des hésitations bien connues, a finalement pris la décision de se déclarer candidat à la présidence de la République. Être président n'était pas initialement dans ses plans, et la question de son engagement total comme de son tempérament se posait légitimement. Ses proches reconnaissent en lui une qualité fondamentale : être réglo. Mais cette rigueur constitue également, selon certains, une faiblesse dans l'arène politique. Peut-on construire une carrière en étant simplement réglo ? Convaincu de pouvoir incarner l'homme de la situation, il a donc effectué ce saut le 12 février.

De président de parti à candidat officiel

Trois semaines seulement, mais le temps presse désormais. Le statut de candidat officiel représente un palier supérieur, une marche de plus vers la fonction suprême. Il s'agit désormais d'incarner une stature régalienne, de se présenter en maître de la diplomatie et en chef des armées avant l'heure. Pour s'imposer, il faut d'abord s'y croire. L'opposition au titulaire devient le moyen de s'élever.

Bruno Retailleau a ainsi plongé dans le grand bain présidentiel. La veille de l'annonce par le président de la République de la nouvelle politique nucléaire française, il publie dans Le Journal du dimanche une tribune intitulée « Dissuasion nucléaire. Une communication de plus ou une transgression de trop ? ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une position sur le nucléaire et la souveraineté

Ce texte, bien que convenu, exprime clairement ses craintes : que Emmanuel Macron ne partage la dissuasion nucléaire avec d'autres pays européens, portant ainsi atteinte à l'autonomie de décision présidentielle et aux intérêts vitaux de la France. Il se distingue toutefois de certains à droite en n'évoquant pas une éventuelle mutualisation du siège français au conseil de sécurité de l'ONU.

Dès le lendemain, Bruno Retailleau se dit « rassuré pour l'essentiel » : la souveraineté reste intacte et l'autonomie de décision totale, ce qui était largement prévisible. Cette inquiétude exprimée la veille lui a-t-elle permis de gagner ses galons de grand stratège nucléaire ou médiatique ? Rien n'est moins sûr.

La guerre contre l'Iran et l'approche de la politique étrangère

Deuxième terrain d'expression pour Retailleau : la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran. En tant que président, affirme-t-il, il n'aurait pas été simple spectateur. Il aurait anticipé les événements. Il aurait protégé nos compatriotes et nos intérêts, ce que s'emploie déjà à faire Macron selon lui. Mais surtout, il aurait approuvé sans hésitation les actions de Donald Trump.

Contrairement à Macron qui, sans pleurer la fin d'un dictateur sanguinaire, n'approuve pas une guerre lancée en violation du droit international (et américain), Retailleau ne tergiverse pas. Pour lui, le droit international ne saurait justifier la passivité face à l'écrasement d'un peuple. Il ne doit pas protéger ceux qui le bafouent. Point final.

Une ligne dure et ses implications

Il n'est pas seul sur cette ligne dure. Ceux qui défendent les règles et les valeurs internationales sont, selon cette logique, accusés d'être des laquais de bourreaux, préférant le respect du droit à la vie humaine. Mais cette position soulève des questions complexes : n'est-ce pas ouvrir la porte à la sauvagerie que de renoncer à des règles communes, même souvent bafouées ? N'est-ce pas encourager les ambitions guerrières ou expansionnistes des plus forts ?

Approver Trump en Iran, ne serait-ce pas l'approuver également au Groenland s'il cédait à ses envies ? Aucune dictature là-bas, mais des conquêtes minières jugées vitales pour les États-Unis. Poutine justifie l'invasion de l'Ukraine par la libération d'un joug nazi. Effacer les règles au motif qu'elles ne sont pas respectées, n'est-ce pas rendre nul le Code pénal parce que les assassins s'en moquent, et revenir à la loi du plus fort ?

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La remise en cause de l'état de droit en France

Bruno Retailleau établit un parallèle audacieux. De même qu'il est permis de s'affranchir du droit international, il faut selon lui s'affranchir en France de l'état de droit lorsqu'il devient nuisible, « produisant un résultat inverse à ce pourquoi il a été créé », déclare-t-il à RTL. Dans son viseur : le conseil constitutionnel et le conseil d'État.

Il accuse ces institutions d'interpréter les textes comme pourraient le faire des militants naïfs ou de gauche. Ces « machins », selon son expression, s'opposeraient à la souveraineté populaire, seule légitime à fixer la norme. Le terme « machin » rappelle celui employé par De Gaulle pour qualifier l'ONU, mais ici, un héritier du gaullisme s'attaque aux gardiens des principes fondamentaux prévus par la constitution.

Des questions en suspens et la stratégie électorale

Cela mérite des éclaircissements : que veut-il exactement ? Changer les juges, leurs pouvoirs, la constitution elle-même ? Pour parachever son image de présidentiable offensif, Retailleau conclut sa semaine de rentrée en sommant les socialistes de rompre avec la France insoumise, utilisant la carte des municipales comme preuve de leurs compromissions.

En retour, on ne manquera pas de lui opposer les rapprochements des Républicains avec l'extrême droite. Un classique de la rhétorique électorale, qui s'inscrit dans la dynamique de cette campagne présidentielle naissante où Bruno Retailleau cherche à imposer son style et ses convictions.