Rachida Dati à l'assaut de Paris : une campagne tous azimuts
Dans le vaste ensemble de logements sociaux de la rue Piat, dans le 20e arrondissement de Paris, les appartements récemment rénovés brillent sous le soleil du parc de Belleville. Ce premier dimanche de mars, Rachida Dati arpente les lieux avec détermination. À chaque habitant croisé, elle dégaine sa formule choc : « Vous voulez que ça change ? Nous aussi ! Je compte sur vous. » Un petit mot, un compliment, une blague, et ce regard perçant qui semble aspirer son interlocuteur.
Une candidate sur tous les fronts
La méthode Dati ne varie guère. Un jour, ce sont « les Serbes de Paris » réunis dans un café qu'elle retourne en trois phrases. Un peu plus tard, un groupe d'habitants près des voies ferrées de la Gare du Nord se plaint de l'insécurité. Elle fait elle-même les questions et les réponses : « Et votre maire d'arrondissement, vous le voyez de temps en temps ? Eh non… Bien sûr. Il attend que ça se passe. Avec nous, ça va changer. »
Vêtue d'un pull tricoté par une fan arborant le slogan « Paris-Dati-2026 », l'ancienne ministre de la Culture multiplie les attaques. Elle fustige la place de la République « bétonnée par des prétendus écolos » et s'oppose avec virulence à un projet de salle de shoot dans le nord de Paris : « C'est dingue, ils installent toujours ces lieux dans les mêmes quartiers, comme s'ils voulaient fixer les toxicomanes sur place. »
Stratégies et alliances complexes
Depuis son départ du gouvernement, Rachida Dati est en campagne permanente. Menacée par plusieurs procédures judiciaires, elle adopte une posture offensive, se présentant en « Madame Propre » pour traquer les erreurs de gestion à la Mairie de Paris. Alors que la plupart des conseillers sortants publient leur patrimoine, elle donne consigne à ses troupes de ne pas jouer le jeu.
Sa stratégie d'alliances surprend jusqu'à ses proches. Elle cultive des relations avec La France Insoumise, notamment avec Jean-Luc Mélenchon qu'elle a connu au Parlement européen, et avec la députée Nadège Abomangoli. Ces rapprochements font hurler silencieusement ses alliés traditionnels.
Pourtant, ces dernières semaines, la candidate a mis de l'eau dans son vin. Elle a recollé les morceaux avec certains élus LR importants, séduit des soutiens de Pierre-Yves Bournazel, et fait une place importante sur sa liste aux amis de François Bayrou ainsi qu'à de nombreux proches d'Emmanuel Macron.
L'épée de Damoclès judiciaire
La campagne parisienne est particulièrement violente. Sophia Chikirou (LFI) attaque régulièrement le bilan du candidat socialiste Emmanuel Grégoire avec un slogan choc sur les réseaux sociaux. En réponse, les adversaires pointent les procédures judiciaires qui visent la candidate insoumise.
Mais dans le domaine judiciaire, c'est Rachida Dati qui occupe la première place. Elle doit être jugée en septembre pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Renault-Carlos Ghosn, où elle aurait illégalement fait du lobbying en échange de 900 000 euros d'honoraires d'avocate. S'ajoutent près de 300 000 euros perçus de GDF Suez (devenu Engie) au début des années 2010, et près de 400 000 euros de bijoux offerts par l'ex-patron d'EDF Henri Proglio qu'elle avait « omis » de déclarer.
Même présumée innocente, une condamnation dans une de ces affaires pourrait la contraindre à démissionner de la Mairie de Paris… à condition d'être élue. Cette épée de Damoclès plane sur toute sa campagne, alors qu'elle multiplie les rencontres de terrain et tente de convaincre les Parisiens qu'elle seule a l'envergure pour succéder à Anne Hidalgo.
Ce dimanche matin, Benjamin Haddad, huitième sur sa liste, est venu la soutenir. La scène est révélatrice : le jeune ministre, que personne ne reconnaît parmi la cinquantaine de militants, doit patienter dans un coin avant d'aller saluer Rachida Dati. Elle termine sa conversation avec une dame et son chien. Elle n'est pas là pour les mondanités. C'est sa campagne. Sa bataille. Et elle adore ça.



