Une querelle explosive sur l'antisémitisme divise la gauche
La tension entre La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste (PS) a atteint mercredi un niveau de violence verbale inédit, centré sur la figure clivante de Jean-Luc Mélenchon. Le bureau national du PS a exacerbé mardi soir une situation déjà explosive en estimant que le leader insoumis avait véhiculé des « caricatures complotistes et propos antisémites intolérables ».
Des accusations qui provoquent la colère
Ces reproches, formulés après que Mélenchon a ironisé sur la prononciation des patronymes juifs « Epstein » et « Glucksmann », ont immédiatement déclenché la fureur de l'intéressé. L'ancien sénateur socialiste a jugé ces accusations « intolérables » et a dénoncé une « désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l'extrême droite ».
Le PS a également critiqué le mouvement d'ultragauche La Jeune Garde, lié à LFI et suspecté d'être mêlé à l'homicide de Quentin Deranque à Lyon. En réponse, Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, a lancé sur Public Sénat : « Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un bourgeois sur son canapé qui fait de l'antisémitisme une expression commune dans beaucoup de ses discours ».
Un risque pour les alliances électorales
Cette hostilité croissante survient à un moment crucial : les élections municipales des 15 et 22 mars, qui servent de test avant la présidentielle. Chaque camp accuse l'autre d'offrir un boulevard au Rassemblement national en attaquant son propre camp plutôt que l'extrême droite.
LFI a dénoncé mercredi l'« irresponsabilité totale » de la direction du PS, parlant d'une « faute d'une gravité absolue » alors que la France « subit une offensive fasciste ». Ces attaques semblent éloigner la perspective d'alliances entre les deux tours, pourtant cruciales dans des villes comme Toulouse ou Marseille.
Des positions divergentes sur les accords
Le Parti socialiste s'était dit ouvert à des alliances au cas par cas mais a de nouveau écarté mardi tout accord national. Il a évoqué l'idée d'un désistement en cas de risque de victoire du Rassemblement national, un scénario possible à Marseille. Mais ce serait alors au candidat LFI Sébastien Delogu, moins bien placé, de se retirer.
De son côté, Jean-Luc Mélenchon a adopté un ton plus apaisé lors d'un meeting à Bondy, même s'il a souligné que LFI avait « tiré » le PS « du néant » en créant l'alliance Nupes. « Quoi qu'il en soit, on ne peut pas laisser passer l'extrême droite », a-t-il concédé.
Des manœuvres stratégiques complexes
Concernant des accords de second tour, Mélenchon a estimé que le PS avait laissé la porte ouverte à des « tambouilles locales » et que les troupes d'Olivier Faure n'allaient « pas nous coûter trop cher à acheter pour le deuxième tour, là où on les achètera ». Il a qualifié les accusations d'antisémitisme à son encontre de « terrorisme intellectuel ».
Dans son dernier communiqué, LFI a pris soin de réserver ses attaques aux cadres socialistes, en faisant un appel du pied aux militants et candidats. Le Parti socialiste, de son côté, cherche à convaincre l'électorat et les troupes de LFI, pour contourner Jean-Luc Mélenchon sans se mettre à dos ses fidèles. Pierre Jouvet les a appelés à « ouvrir les yeux » car il existe « une autre voix politique à gauche ».
Cette crise intervient alors que les Insoumis disent vouloir créer le « rassemblement » s'ils arrivent en tête au premier tour - un scénario qui semble peu probable dans la majorité des cas, selon les sondages. La cheffe des Écologistes, Marine Tondelier, a elle aussi posé des conditions pour toute alliance avec LFI, ajoutant une autre variable à cette équation déjà complexe.



