Primaire du socle commun : 50 % des Français approuvent pour éviter Bardella-Mélenchon
Primaire du socle commun : 50 % des Français approuvent

La primaire du socle commun, une solution réaliste face au cauchemar Bardella-Mélenchon

La perspective d'un second tour opposant Jordan Bardella du Rassemblement National à Jean-Luc Mélenchon de La France Insoumise hante les états-majors politiques français. Alors que les radicaux en rêvent et que les modérés le redoutent, une idée refait surface pour conjurer ce scénario : l'organisation d'une primaire commune aux partis du « socle commun », incluant Renaissance, Horizons, MoDem, Les Républicains et l'UDI, afin de désigner un candidat unique pour la prochaine présidentielle.

Un sondage Ifop révèle une adhésion massive

Un sondage exclusif réalisé par l'Ifop pour Le Point auprès d'un échantillon exceptionnellement large de 4 000 personnes dévoile que la moitié des Français approuvent cette démarche. Ce chiffre atteint 58 % chez les électeurs du centre et de la droite, et dépasse même les 80 % chez les sympathisants des partis concernés par cette alliance potentielle.

Pour Frédéric Dabi, directeur général de l'Ifop, ces résultats traduisent le réalisme d'un électorat qui aurait intégré les leçons des défaites passées. « Ce n'est pas de la curiosité, les Français connaissent les primaires, ils en connaissent la finalité. C'est une conviction profonde : il faut structurer ce socle commun pour minimiser les risques », analyse-t-il.

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La double logique des électeurs

Selon l'expert, on observe une double logique dans l'opinion publique :

  • Une aspiration à une campagne présidentielle de qualité capable de sortir le pays de la crise parlementaire
  • Une logique de minimisation des risques pour éviter une offre électorale éclatée qui ouvrirait la voie au duel redouté entre le RN et LFI

« C'est ce que j'appelle la reductio ad candidatum : moins de candidats pour éviter le duel cauchemardesque », précise Frédéric Dabi.

Le réalisme des sympathisants LR

Le sondage révèle particulièrement que 80 % des sympathisants LR sont favorables à cette primaire. « C'est surtout une idée qui fait son chemin, portée par une série de défaites douloureuses », commente le directeur de l'Ifop. LR a en effet connu deux « 21 avril » consécutifs en 2017 et 2022, avec un électorat de droite classique coupé en deux entre le ralliement à Emmanuel Macron et le regard tourné vers le RN.

« Dans ces conditions, l'idée de se présenter seul à la présidentielle est devenue difficile à défendre », souligne Frédéric Dabi, notant que 81 % des sympathisants LR veulent éviter un duel Mélenchon-Bardella au second tour.

Un contexte radicalement différent des primaires passées

Contrairement aux primaires du PS ou de LR qui ont souvent été synonymes de division, le contexte actuel serait différent selon l'analyse de l'Ifop. « Aujourd'hui, on est dans une situation de renouvellement politique très fort avec une offre présidentielle potentiellement pléthorique. Et c'est précisément cette abondance qui fait peur », explique Frédéric Dabi.

Les données confirment cette analyse : entre 87 et 92 % des sympathisants du socle commun estiment qu'une primaire augmenterait les chances du candidat désigné d'accéder au second tour et permettrait d'éviter le scénario Mélenchon-Bardella.

Les conditions de réussite et les risques

La réussite d'une telle primaire dépend cependant de plusieurs conditions cruciales. « Si un candidat comme Édouard Philippe ou Bruno Retailleau refusait de participer à cette primaire, elle perdrait son pouvoir unificateur », prévient Frédéric Dabi, rappelant l'exemple de la primaire de la gauche où l'absence de Mélenchon et Glucksmann a considérablement affaibli le processus.

Le sondage révèle pourtant que 92 % des sympathisants Horizon estiment qu'une telle primaire augmenterait les chances du candidat désigné d'accéder au second tour, créant ainsi une pression de l'opinion publique sur les dirigeants politiques.

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Le danger d'une primaire réduite à une simple fonction de barrage

Le risque principal identifié par l'analyse est que cette primaire se réduise à une simple fonction de barrage politique sans parvenir à faire émerger un projet ou une vision commune. « Une primaire peut devenir un puissant moteur d'unité et de renouveau, mais elle peut aussi tourner à la guerre des ego et se retourner contre ses organisateurs », met en garde Frédéric Dabi.

La difficulté réside dans la nécessité de faire collaborer cinq partis aux histoires et cultures différentes : Renaissance, Horizons, MoDem, LR et UDI.

Le scénario sans primaire : vers la fragmentation

En l'absence d'une telle primaire, le scénario le plus probable serait selon l'analyse une double candidature avec au moins une candidature LR et une ou plusieurs candidatures du bloc central. « On ne peut pas imaginer que LR, héritier du gaullisme et de l'UMP, passe son tour à la présidentielle, ce serait une mort symbolique », estime Frédéric Dabi.

Le pire scénario verrait deux ou trois candidats du bloc central, un candidat LR, plus un dissident comme David Lisnard, créant ainsi une offre électorale extrêmement fragmentée sur ce flanc de l'échiquier politique.

Les jeunes générations restent sceptiques

Le sondage révèle cependant une réserve importante : les 18-24 ans sont majoritaires pour désapprouver la démarche. « Les jeunes ont été en grande partie perdus par les partis du socle commun », analyse Frédéric Dabi, pointant les scores décevants de Sarkozy en 2012, Fillon en 2017 ou Pécresse en 2022 chez les primo votants.

« Pour ces électeurs, cette primaire n'est pas perçue sous un angle démocratique : c'est d'abord une affaire de partis qui ne les représentent pas », conclut le directeur de l'Ifop.

Méthodologie : Ce sondage IFOP pour « Le Point » a été réalisé auprès d'un échantillon de 4 000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, avec trois niveaux de lecture : ensemble des Français, personnes se positionnant au centre et à droite, sympathisants des partis du socle commun.