Édouard Philippe et François Bayrou : le retour aux sources avant l'Élysée
Pour croiser Édouard Philippe ou François Bayrou en cette période électorale, il faut désormais prendre la direction de l'ouest de la France. L'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, Édouard Philippe, mène campagne au Havre en Seine-Maritime, tandis que François Bayrou, autre figure historique du macronisme, défend son bilan à Pau dans les Pyrénées-Atlantiques. Tous deux briguent un troisième mandat à la tête de leur municipalité, un enjeu local qui cache en réalité des ambitions nationales bien plus vastes.
Une cure de jouvence loin de Paris
Les deux hommes se tiennent volontairement à distance des micros et des caméras parisiens, préférant mettre en avant leur ancrage local. Ils dépeignent cette campagne comme une parenthèse enchantée, un retour aux sources au plus près des habitants, loin des agitations politiciennes de la capitale. « Revenir ici, c'est se retrouver sur une terre et dans un climat sains », confie François Bayrou, installé devant une crêpe dans le quartier Saragosse à Pau. Tous deux affirment ne pas être interpellés par les électeurs sur les questions nationales, se concentrant exclusivement sur les enjeux locaux.
L'autopromotion du bilan municipal
La réalité de leur campagne dépasse cependant cette carte postale idyllique. Édouard Philippe et François Bayrou mettent en avant avec force les réalisations de leurs mandats respectifs. Au Havre, l'aménagement des quais de Southampton en espace de promenade est brandi comme un succès. À Pau, la rénovation des halles – nominées pour un prix mondial d'architecture –, la transformation de l'ancien marché aux bestiaux en lieu culturel, ou la végétalisation de la place Clemenceau sont présentées comme des preuves tangibles de leur action.
« Ah, si l'État était géré comme la ville du Havre, on serait tranquilles ! », lance Édouard Philippe, non sans une certaine fierté. Les deux maires sortants soulignent que la population augmente dans leurs villes, signe selon eux d'une amélioration de la qualité de vie. Ils cherchent ainsi un nouveau vote de validation pour poursuivre les transformations engagées.
Des réélections loin d'être acquises
Ces municipales n'ont pourtant rien d'une sinécure. Philippe et Bayrou font chacun face à six listes opposées, bien décidées à leur faire mordre la poussière. Si leur défaite semble improbable, elle n'est pas exclue. Loin de l'épicentre du pouvoir, les vents du dégagisme soufflent fort. Pour Édouard Philippe, une défaite au Havre signerait probablement la fin de ses ambitions présidentielles. « Si ça se passe mal pour sa mairie, c'est game over pour l'Élysée », traduit un proche.
François Bayrou, quant à lui, revient en terrain miné après son passage écourté à Matignon et l'affaire Bétharram qui a secoué la région. Il a choisi de déserter complètement le paysage médiatique national pour se concentrer sur sa campagne, évitant ainsi de donner des armes à ses adversaires.
Le Havre et Pau : deux terrains de jeu différents
Le Havre et Pau ont peu en commun. La première est une ville industrielle et portuaire, entièrement reconstruite après la Seconde Guerre mondiale, avec un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et une forte présence des votes extrêmes. Pau, moitié moins peuplée, bénéficie de l'attractivité du Sud-Ouest, entre façade atlantique et chaîne des Pyrénées.
Malgré ces différences, les deux sortants pourraient se retrouver dans une configuration dangereuse après le premier tour : en ballottage favorable mais dans une triangulaire face à une liste de gauche et une liste du Rassemblement national ou de ses alliés. Cette perspective met les nerfs à vif des deux candidats, conscients d'être la cible numéro un.
Le deuxième port français électrisé par la campagne
Édouard Philippe dramatise à juste titre l'enjeu havrais. Il a conditionné sa candidature à la présidentielle à sa victoire locale, dans une ville où son grand-père fut docker. Un sondage ayant fuité dans la presse le donnait perdant face au député communiste Jean-Paul Lecoq en cas de maintien de la liste RN-UDR, électrisant ainsi la campagne.
Le maire du Havre reste cependant flegmatique : « Il y aura probablement une triangulaire. Le RN veut me faire perdre. Mais si ce n'est pas moi qui gagne, ce sera le député communiste. Donc il ne faut pas se tromper d'enjeu ». Son équipe se rassure en pensant que cette possibilité d'échec a remobilisé les troupes.
Une campagne menée au cordeau
Édouard Philippe mène une campagne organisée avec une discipline de fer. Au compteur : plus d'une centaine de déjeuners en petit comité et réunions d'appartement. Il répète en boucle ses promesses phares : une troisième ligne de tramway, des caméras de vidéoprotection supplémentaires, la végétalisation des cours d'école, la rénovation de la ligne ferroviaire Paris-Le Havre.
Ses collaborateurs ont passé le mot : interdiction de lui parler de 2027. Pourtant, le maire du Havre assume pleinement ses ambitions nationales : « Je suis candidat à l'Élysée et ce sera très bien pour les Havrais. Et puis parler aux Havrais, c'est parler aux Français ».
Bayrou : la renaissance après Matignon
François Bayrou envisage sa réélection à Pau comme une renaissance après les épreuves de Matignon et de Bétharram. Le patron du MoDem met en avant la métamorphose de sa ville sous son magistère, n'hésitant pas à comparer Pau à New York en matière de projets innovants comme le jumeau numérique.
« Quand on est une ville moyenne par le nombre des habitants, il faut d'autant plus élever la ligne d'horizon », vante-t-il, répondant ainsi aux critiques sur ses projets parfois qualifiés de pharaoniques. Le magazine Challenges l'a d'ailleurs placé en tête de son classement des meilleurs maires de France.
L'après-municipales : le retour sur la scène nationale
Une fois le scrutin derrière eux, les deux hommes briseront probablement le silence. Pour Édouard Philippe, une victoire au Havre serait clairement pensée comme le démarrage de sa campagne présidentielle. « Si l'élection au Havre se passe bien, il sera le seul présidentiable à sortir des municipales avec une victoire », expose Christophe Béchu, l'un de ses bras droits.
François Bayrou, quant à lui, aura à cœur de dire tout le mal qu'il pense de la campagne pour l'Élysée telle qu'elle s'engage. « En 2027, il cherchera à monnayer son soutien », prédit un vieux compagnon de route. Mais d'abord, il faut remporter ces municipales. Le destin politique de deux figures nationales se joue ainsi dans les urnes du Havre et de Pau, avec en ligne de mire l'élection présidentielle de 2027.



