Paris : les transfuges ex-LFI au cœur de la bataille du second tour
La campagne pour le second tour des élections municipales à Paris s'annonce particulièrement tendue, avec un point de friction majeur entre les équipes d'Emmanuel Grégoire et de Rachida Dati : l'intégration sur les listes du candidat socialiste de deux figures controversées venues du camp mélenchoniste, Danielle Simonnet et Laurent Sorel. Ces deux personnalités, considérées comme des trouble-fêtes par certains, ont été accueillies dans la maison Grégoire, créant une polémique stratégique.
Deux parcours mouvementés au sein de LFI
Danielle Simonnet, ancienne porte-parole de La France insoumise, a accompagné Jean-Luc Mélenchon pendant plus de vingt ans avant d'être écartée par le dirigeant, notamment en raison de ses mauvaises relations avec Sophia Chikirou. Elle a même été collaboratrice de Mélenchon en 2000, lorsqu'il était ministre délégué à l'Enseignement professionnel sous le gouvernement de Lionel Jospin, et a participé à la fondation du Parti de gauche.
Laurent Sorel, élu du XXe arrondissement d'origine martiniquaise et très investi dans la défense de la cause palestinienne, a quant à lui été accusé d'antisémitisme par les proches d'Anne Hidalgo. L'ancienne maire de Paris l'avait publiquement désavoué lors d'un conseil municipal houleux, déclarant : « Je suis tellement fière et heureuse de ne pas vous compter, vous et LFI, dans ma majorité. »
Une arme à double tranchant pour Grégoire
Dans le camp de Rachida Dati, on surveille avec une extrême vigilance les moindres déclarations de ce duo. Certains y voient le talon d'Achille d'Emmanuel Grégoire, une preuve qu'il serait prêt à « pactiser avec le diable » pour conquérir l'Hôtel de Ville. Les équipes de Dati préparent déjà des slogans cinglants, prêts à être dégainés si nécessaire.
Pourtant, chez l'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, on minimise l'impact négatif de ces deux recrues. « Au contraire, répond-on tranquillement. Ils sont notre meilleure arme anti-LFI. Et aussi, ils peuvent grignoter des voix dans l'électorat Insoumis. Ils ont une sorte de devoir de réserve. » Un baron de la fédération socialiste de Paris abonde dans ce sens : « Ils restent très discrets et restent concentrés sur leur mission : affaiblir Mélenchon autant que possible. »
Une fronde ouverte contre Jean-Luc Mélenchon
Danielle Simonnet et Laurent Sorel ont en effet de sérieuses raisons de vouloir affaiblir l'appareil mélenchoniste. Tous deux sont désormais membres du mouvement L'Après, créé par d'anciens dissidents de LFI comme Clémentine Autain, Alexis Corbière et Raquel Garrido. Ils militent ouvertement, et parfois bruyamment, contre une éventuelle candidature de Jean-Luc Mélenchon à la prochaine élection présidentielle.
Pour eux, le leader insoumis, à cause de ses dérapages antisémites et de ses tendances despotiques, est devenu le fossoyeur de la gauche. Danielle Simonnet a raconté comment, après s'être opposée en 2024 à la candidature de Sophia Chikirou comme députée, elle a subi ce qu'elle qualifie de « harcèlement violent » de la part de celui qu'elle avait servi fidèlement pendant deux décennies.
Expertise et connexions locales
Pour l'équipe Grégoire, malgré leurs positions propalestiniennes parfois controversées, ces deux transfuges représentent une vraie valeur ajoutée. Danielle Simonnet est considérée comme l'une des meilleures analystes de la planète Mélenchon, une expertise précieuse en période électorale. Quant à Laurent Sorel, ses connexions profondes dans les quartiers populaires de l'Est parisien pourraient s'avérer déterminantes pour mobiliser un électorat spécifique.
Le tandem se positionne ainsi en sniper anti-Chikirou, visant à saper l'influence de la proche de Mélenchon. Mais les responsables de la campagne de Rachida Dati, députée de la 7e circonscription de Paris, gardent plutôt un œil sur une autre recrue de dernière minute d'Emmanuel Grégoire : Lucie Castets, ancienne candidate du Nouveau Front Populaire à Matignon, qui plaide pour une alliance rapide avec LFI, une position diamétralement opposée à celle de sa tête de liste. Preuve que, dans cette campagne parisienne, les boulets ne sont pas toujours ceux que l'on croit.



