Paris municipales : un échec cuisant se profile pour la droite malgré un contexte a priori favorable
Cela devait être une formalité, une victoire presque assurée pour la droite parisienne. Après un quart de siècle de domination socialiste, couronnée par le mandat très contesté d'Anne Hidalgo, la capitale semblait mûre pour un retour aux affaires des héritiers de Jacques Chirac. Un petit coup de pouce des Insoumis contre leurs rivaux socialistes, et l'affaire paraissait dans le sac. Pourtant, contre toute attente, la gauche pourrait bien se maintenir à la mairie de Paris.
Les sondages donnent Grégoire en tête, Dati en difficulté
La rafale des derniers sondages, publiés à une semaine du scrutin, dessine un scénario inattendu. Le premier tour place le socialiste Emmanuel Grégoire nettement en tête, tandis que le second tour lui laisse entrevoir une victoire confortable, tant la configuration de ses oppositions relève de la machine à perdre. Rachida Dati, contestée sur ses deux flancs par les snipers Pierre-Yves Bournazel et Sarah Knafo, peinera manifestement à rassembler son camp le 22 mars. Sa défaite devient une hypothèse sérieuse.
Un profil urticant et une campagne délétère
Si Rachida Dati échouait dans la conquête de la capitale, ce serait, au-delà d'un désaveu personnel, une gigantesque claque pour la droite toute entière. Avant même le résultat final, et quelle qu'en soit l'issue – défaite ou victoire à l'arraché –, des leçons essentielles peuvent déjà être tirées de cette pénible campagne parisienne en vue de la prochaine présidentielle.
La droite doit impérativement apprendre à sélectionner un candidat non clivant, réussir l'union dès le départ, et cesser de miser exclusivement sur les divisions de la gauche, qui finit toujours par se rabibocher quand un poste de pouvoir est en jeu.
Première leçon : le choix d'un candidat non clivant est crucial. Quelles que soient les indéniables qualités de combattante de Rachida Dati, c'est un euphémisme de dire qu'elle possède un profil urticant. Ses affaires judiciaires en cours fournissent un carburant précieux à ses adversaires. Les conditions de sa désignation, réalisée dans la douleur, ont laissé des traces durables. Ses manières de bolide politique ont généré de la casse au sein de son propre camp. Elle pourrait peut-être finalement l'emporter, mais le risque pris par son parti en l'imposant comme candidate dans la capitale était immense. Présentée comme leur meilleure cartouche, cette désignation ressemble en réalité à un aveu de faiblesse qu'il faudra corriger à l'avenir.
Deuxième leçon : l'union doit se construire dès le départ. La campagne parisienne prouve, si besoin était, que la concurrence interne, loin de ratisser large, abîme irrémédiablement le score final. Les propos extrêmement durs de Pierre-Yves Bournazel à l'encontre de sa rivale des Républicains ne l'ont pas fait progresser dans les intentions de vote. En revanche, ils ont réussi à dégoûter une partie de ses électeurs potentiels de se reporter sur la candidate initialement favorite. L'ambiance délétère au sein de la droite classique a, de surcroît, favorisé l'émergence d'une droite extrême à visage humain, incarnée par Sarah Knafo. Quand trois chevaux se tirent la bourre, c'est toujours le quatrième qui en bénéficie, en l'occurrence le miraculé socialiste Emmanuel Grégoire.
Ne pas compter sur les divisions adverses : la gauche sait s'unir
Troisième leçon : il est dangereux de miser sur les divisions permanentes de l'adversaire. Certes, la gauche nationale reste empêtrée dans ses querelles intestines, notamment avec La France Insoumise. Mais à Paris aujourd'hui, comme lors de la présidentielle de demain, les électeurs insoumis et socialistes savent parfaitement se retrouver pour barrer collectivement la route à la droite, désormais fréquemment soupçonnée de faire, volontairement ou non, le lit du fascisme. Dans la capitale, les études d'opinion les plus récentes indiquent clairement que les partisans de Sophia Chikirou (LFI) se reportent massivement sur Emmanuel Grégoire. Ce dernier a, de son côté, su conclure une alliance solide et précoce avec les Verts, les communistes… et même d'anciens Insoumis, dès le lancement de sa campagne. Le mythe de l'union impossible à gauche a décidément la vie dure.
La droite espère secrètement que les arrangements tactiques qui vont immanquablement se produire entre le Parti Socialiste et LFI pour le second tour des municipales ne se reproduiront pas en 2027. Mais elle ferait mieux de ne pas se bercer d'illusions : les serments d'indépendance à l'égard des Insoumis, régulièrement proférés par des figures comme François Hollande ou Raphaël Glucksmann, ne servent souvent qu'à attirer le chaland, en l'occurrence des électeurs macronistes en déshérence. Cette division affichée peut masquer une OPA stratégique sur l'électorat centriste. Raison de plus pour la droite de s'en méfier et de travailler à solidifier une offre politique cohérente qui bétonne l'arc républicain en dehors du PS. Si la droite se présente ne serait-ce qu'avec deux candidats sérieux en 2027, le Saint-Grégoire du moment, quel qu'il soit, pourrait bien lui refaire le coup de Paris…
Un boulevard pour le Rassemblement National ?
« La droite la plus bête du monde » : cette formule cinglante fut lancée en 1957 par le socialiste Guy Mollet. Soixante-dix ans plus tard, elle risque hélas de se vérifier une nouvelle fois. Les partis de droite traditionnels sont peut-être en train de faire, involontairement, le lit de la gauche à Paris dès demain. Mais, plus grave encore, ils pourraient bien ouvrir un boulevard considérable au Rassemblement National après-demain, sur la scène nationale. La bêtise stratégique doit urgemment changer de camp si la droite aspire à reconquérir le pouvoir.



