Municipales : la rupture PS-LFI en trompe-l'œil malgré les dénonciations officielles
En signant un contrat ou en visionnant une publicité, il existe une règle d'or incontournable : toujours consulter attentivement les notes de bas de page et les fameuses conditions générales de vente. Pour le Parti socialiste (PS), la situation présente des similitudes frappantes. Sur le papier, à travers de multiples interviews dans les médias nationaux et des tweets enflammés, la vieille maison a incontestablement opéré une distanciation sans précédent vis-à-vis de La France insoumise (LFI).
Dans les faits, en examinant minutieusement certaines communes ou en analysant certaines déclarations, la réalité apparaît nettement plus complexe et la séparation bien moins étanche qu'elle n'y paraît.
Un communiqué aux deux visages
Le dernier communiqué publié mardi par le bureau national du PS illustre parfaitement cette ambivalence. D'un côté, le parti d'Olivier Faure hausse considérablement le ton contre LFI, dénonçant avec fermeté les « caricatures complotistes » et les « propos antisémites » de Jean-Luc Mélenchon. « C'est un tournant majeur », s'est immédiatement félicité le député Jérôme Guedj, qui avait marqué le congrès du PS à Nancy en qualifiant son ancien mentor de « salopard antisémite ». Une déclaration qui semblait annoncer une rupture définitive.
Mais d'un autre côté, ce même communiqué se comprend pleinement à la lumière de ses non-dits significatifs. Car si le texte martèle avec insistance qu'il n'y a « pas eu d'accord national entre le PS et LFI pour les élections municipales » et qu'il ne pourrait « y en avoir au second tour », il ne ferme pas formellement la porte à des rapprochements locaux circonstanciés. Une nuance de taille qui modifie radicalement la première impression.
Des alliances locales dès le premier tour
Fin février, après le tragique décès de Quentin Deranque, la direction du parti à la rose admettait elle-même qu'elle concéderait des rapprochements dans l'entre-deux-tours dans de « rares cas de figure » si les candidats Insoumis clarifient « leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ». Une figure marquante du quinquennat Hollande se montre sans illusions : « Il y a toute une série de villes que la gauche gagne avec LFI et perd sans… Si le PS peut se priver de LFI, il le fera. S'il ne peut pas, il fera avec LFI. En matière électorale, nécessité fait loi ! »
D'autant qu'en examinant avec attention le paysage politique actuel, des flirts entre socialistes et Insoumis existent même d'ores et déjà dans certaines communes dès le premier tour des municipales. Plusieurs exemples concrets illustrent cette réalité :
- À Joinville-le-Pont où Agnès Astegiani mène une large liste d'union : sur son site de campagne officiel, trônent fièrement côte à côte les logos écologistes, socialistes, communistes et Insoumis.
- Des situations similaires sont observables à Antony, Rueil-Malmaison ou encore Talence.
- Au total, les confrères de L'Opinion ont méthodiquement comptabilisé soixante villes où socialistes et Insoumis font liste commune dès ce premier tour.
La contre-attaque de la droite
Ces configurations électorales irritent profondément Bruno Retailleau qui a décidé de les souligner au maximum. Carte de France détaillée à l'appui, le patron des Républicains a tenu ce jeudi une conférence de presse au Blanc-Mesnil pour dénoncer vigoureusement ce qu'il qualifie de « accords de la honte ». Selon le candidat à la présidentielle, 112 communes seraient concernées dès le premier tour des municipales par des rapprochements « entre LFI et au moins l'un des trois autres principaux partis de gauche », dont 62 impliquant spécifiquement LFI et le PS.
L'ancien ministre de l'Intérieur plaide désormais activement pour un « cordon sanitaire » face à LFI. « J'assume de dire que c'est bien l'extrême gauche qui constitue la principale et la pire menace politique », écrivait-il dans Valeurs Actuelles mi-février. Un positionnement stratégique qui ne fait cependant pas l'unanimité au sein de la droite et du centre. « Bruno Retailleau veut être le champion de l'anti-LFIsme pour souder son camp, analyse un ex-ministre macroniste. LFI l'a bien cherché mais, résultat, on oublie de parler du RN et on n'est plus dans le “ni-ni”. »
La contre-offensive socialiste
Sous pression à moins de dix jours des municipales, le PS tente en tout cas une contre-offensive politique ciblée. « Bruno Retailleau veut faire diversion », accuse auprès du Point le secrétaire général du parti Pierre Jouvet, qui a demandé aux premiers secrétaires fédéraux de lui faire remonter systématiquement « les listes LR sur lesquelles se trouvent des personnalités de Reconquête et du RN ». Quand la droite accuse le PS de préparer activement des alliances de second tour avec LFI, les socialistes reprochent avec force à LR de vouloir conclure des accords avec des listes RN ou Reconquête. Un ping-pong politique presque parfait s'est ainsi instauré.
Reste que si les socialistes serrent globalement les rangs pour l'instant, d'éventuels rapprochements de second tour dans certaines métropoles importantes pourraient en interne susciter d'intenses et passionnés débats. « Alors que le PS a mis péniblement des mois à rompre avec son penchant naturel depuis la Nupes, tout ce travail sera balayé s'il y a des fusions dans des grandes villes », alerte déjà avec inquiétude un socialiste du sud-ouest. Le sparadrap des alliances électorales n'a décidément pas fini d'agiter le paysage des municipales et de questionner les stratégies politiques des différents partis.



