Municipales : le grand rendez-vous manqué des alliances de droite
L'entre-deux tours des élections municipales était scruté avec une certaine appréhension dans de nombreux états-majors politiques. La grande inconnue, voire la « grande redoutée », concernait d'éventuels accords entre des têtes de liste Les Républicains et des chefs de file du Rassemblement national. Or, ces scénarios d'union, que certains espéraient ou craignaient, ne se sont pas matérialisés. Les digues entre la droite traditionnelle et l'extrême droite sont restées largement étanches.
Des exceptions notables mais isolées
Parmi les 414 candidats qualifiés pour le second tour, seule une infime minorité a accepté la main tendue par le RN. L'écrasante majorité a refusé toute alliance, préférant parfois grever ses propres chances de victoire face à la gauche plutôt que de pactiser. La menace d'exclusion brandie par la direction des Républicains a visiblement joué un rôle dissuasif majeur.
Une rare exception a eu lieu à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. Dans cette commune de 19 000 habitants, Les Républicains, arrivés quatrièmes avec 14% des voix, et le Rassemblement national, troisième avec 26%, ont officialisé le dépôt d'une liste commune. Leur objectif est de détrôner le maire sortant, arrivé en tête au premier tour. Le candidat LR, Franck Denion, insiste sur le caractère local et pragmatique de cette démarche, niant une alliance d'étiquettes partisanes.
La situation à Reims est quelque peu différente. La candidate RN Anne-Sophie Frigout, arrivée derrière le maire sortant Horizons, a fusionné avec le LR Stéphane Lang, arrivé quatrième. Cependant, cette alliance reste largement symbolique. M. Lang se présentait comme dissident, sans le soutien de son parti, et n'était d'ailleurs pas qualifié pour le second tour avec seulement 7% des suffrages. La direction nationale des Républicains a annoncé son exclusion, illustrant la ligne dure adoptée.
Des appels du pied restés sans réponse
Les mots de Jordan Bardella, au soir du premier tour, n'auront rien changé. Le président du RN avait lancé un appel depuis Beaucaire : « Partout où le contexte local le permet, le Rassemblement national tend la main aux listes de droite sincères... Empêchez la victoire de l'extrême gauche ». Cet appel est largement resté sans écho.
À Marseille, la candidate LR a préféré se maintenir, risquant ainsi de favoriser la réélection du maire socialiste Benoît Payan, plutôt que de se retirer pour le candidat RN Franck Allisio. À Nîmes, où le RN est arrivé en tête, les deux listes rivales de la droite ont fusionné pour lui barrer la route. À Toulon, le candidat LR a carrément préféré se retirer pour favoriser l'élection de la maire sortante divers droite face à la candidate RN Laure Lavalette.
Déconvenues en série pour la stratégie RN
Relayant les consignes de Jordan Bardella, de nombreux candidats RN ont tenté de tendre la main à des candidats LR en difficulté face à une gauche unifiée. Ces tentatives se sont soldées par des échecs, comme à Limoges ou Clermont-Ferrand.
À Saint-Étienne, le candidat RN Corentin Jousserand assure : « J'aurais pu en discuter avec le candidat de droite pour sauver la ville de l'extrême gauche. Mais il m'a coupé l'herbe sous le pied, en disant dès le soir du premier tour qu'il n'y aurait jamais d'alliance. »
Même déconvenue en Gironde, à Pauillac. La candidate RN arrivée en tête, Anne Charry, assurait avoir des assurances d'accord avec le candidat divers droite Philippe Barraud. « Il nous a affirmé pendant des mois sa volonté de s'entendre avec nous... et nous avons eu la surprise de constater une entente entre eux », narre le RN Grégoire de Fournas. C'est finalement à Saint-André-de-Cubzac, avec une liste « citoyenne » et non LR, que le RN a pu fusionner.
Enfin, à Draguignan dans le Var, le candidat RN Philippe Shreck, arrivé en tête, a été rejoint par le candidat divers droite François Gibaud. Ce dernier, arrivé quatrième et ancien allié du maire sortant, ne s'était cependant pas qualifié pour le second tour avec seulement 7% des voix.
Un record qui ne sera pas battu
Ces timides unions révèlent surtout le cruel échec de la stratégie d'alliance locale imaginée par le RN. En 2020, seules trois fusions de listes avaient été observées entre des listes RN et des listes étiquetées divers droite ou sans étiquette, à Aubignan, Orange et Marles-les-Mines. Un record qui ne devrait, finalement, pas être battu de manière significative ce dimanche. La ligne de fracture entre les Républicains et le Rassemblement national demeure, pour l'instant, infranchissable à l'échelle nationale, malgré quelques pragmatismes locaux très circonscrits.



