Municipales 2024 : un bilan contrasté entre reflux écologiste et résistance de la droite
Municipales 2024 : bilan contrasté entre écologie et droite

Municipales 2024 : un scrutin aux multiples visages

Les élections municipales viennent de s'achever sur un bilan particulièrement contrasté, marqué par le reflux notable des écologistes, la résistance solide de la droite et des résultats mitigés pour les alliances à gauche. Selon Jean-Yves Dormagen, politologue et fondateur de l'institut de sondage Cluster17, ce scrutin révèle surtout une déperdition significative des listes soutenues par La France Insoumise (LFI). Pour Le Point, il décrypte les principaux enseignements de cette élection aux multiples facettes.

Le second tour remet-il en cause le récit du premier tour ?

Jean-Yves Dormagen : Oui, car ce récit n'était pas fondé sur des données objectives du scrutin. Il reposait sur le fait que, dans certaines grandes métropoles très médiatisées, LFI réalisait de bons scores. Mais ces résultats correspondaient simplement à son niveau habituel, notamment celui observé lors des élections européennes. Il s'agissait donc de résultats en trompe-l'œil.

Concernant le Rassemblement National (RN), le récit était lié au fait qu'il avait été facilement réélu dans les villes qu'il gouvernait déjà. Cela a alimenté l'idée d'un plébiscite, mais cela ne concernait qu'un nombre limité de communes au regard du tissu municipal français.

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Il ne faut pas non plus adopter la lecture inverse. Cette élection municipale ne permet pas d'évaluer la force électorale du RN. Le mode de scrutin ne s'y prête pas, car sa force réside dans les petites communes et les villages, où les élections sont peu politisées, souvent sans étiquette. C'est donc la plus mauvaise élection pour mesurer son poids réel.

Pour LFI, les échecs du second tour traduisent une incapacité à gagner dans certaines villes, mais cela ne doit pas faire disparaître le fait qu'il existe un électorat insoumis dans les grandes métropoles.

Les alliances entre LFI et le PS : une stratégie sanctionnée ?

Cela semble dépendre des villes. À Lyon, cette stratégie a permis à Grégory Doucet de l'emporter contre Jean-Michel Aulas. À Nantes, elle a permis à Johanna Rolland de conserver la mairie.

En revanche, dans d'autres villes, ces alliances se sont mal passées, notamment face à des maires écologistes sortants, comme à Poitiers ou Besançon.

Il existe aussi des cas où LFI portait l'alliance, comme à Limoges ou à Toulouse, et où ces listes ont été battues. Les listes perçues comme trop à gauche et trop associées à LFI sont moins performantes au second tour. Une partie de l'électorat de gauche modérée ne vote pas pour elles, et un front anti-LFI se constitue, allant d'une partie des sociaux-démocrates jusqu'aux électeurs du RN. On a observé cette mobilisation pour faire barrage à LFI.

À Lille, par exemple, on observe que les électorats macroniste et RN peuvent se reporter vers le PS pour empêcher la victoire d'une liste LFI. Cela montre une coalition très large d'électeurs opposés à LFI au second tour.

Un rayon de soleil pour la droite ?

Il s'est produit ce qui était prévisible : dans les villes moyennes et les petites villes, les candidats LR et divers droite ont été facilement reconduits, surtout lorsqu'ils étaient sortants. LR et les divers droite enregistrent des succès, par exemple à Clermont-Ferrand, à Besançon et dans d'autres villes de taille similaire. Ce n'est donc pas une mauvaise élection pour la droite.

Cela confirme que la droite reste surtout forte au niveau local dans des territoires moins urbains. Cependant, il y a très peu de villes de plus de 100 000 habitants dirigées par LR.

La déroute des écologistes ?

Oui. Les villes écologistes étaient très disputées. Ils ont perdu la plupart de leurs grandes villes : Besançon, Poitiers, Strasbourg ou encore Bordeaux. C'est un échec de l'écologie politique dans leurs bastions municipaux, après leurs succès de 2020.

Cela montre que les alliances entre écologistes et LFI ont particulièrement mal fonctionné. Ces listes sont perçues comme trop à gauche par une large partie de l'électorat, ce qui suscite des coalitions d'opposition.

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Dans les mairies écologistes, les élus se sont recentrés sur des segments de gauche, voire très à gauche. C'était le cas à Lyon, mais Grégory Doucet a réussi à conquérir l'électorat du centre. Dans les autres villes, les écologistes sont restés cantonnés à gauche, notamment en raison de leurs alliances avec LFI.

Top départ de la présidentielle ?

Dès demain, on bascule dans le prochain cycle électoral, celui de la présidentielle. Cependant, je ne pense pas que les résultats de ce scrutin auront un impact majeur sur le scénario de la campagne. Pour Édouard Philippe, ce sera peut-être un levier pour pousser une dynamique en sa faveur au sein de l'espace central.

Mais cette élection reste difficile à lire. Contrairement à 2020 avec la vague écologiste, il n'y a pas de grands gagnants évidents. Elle révèle surtout une fragmentation du pays, avec des résultats très contrastés selon les territoires. Je ne suis pas certain que cela crée une dynamique claire à ce stade.