La disparition de Lionel Jospin et l'effritement du débat politique courtois
Lionel Jospin est décédé, emportant avec lui une certaine vision du débat politique fondée sur la droiture et le respect. L'éditorial de Baptiste Bize, directeur de la rédaction, intitulé « Une autre époque », souligne ce changement profond. Le déferlement de haine qui s'est abattu sur plusieurs maires défaits lors du second tour des municipales, dimanche dernier, rappelle à quel point notre époque a évolué, et pas toujours dans le bon sens.
Un héritage de rigueur et d'honnêteté intellectuelle
On peut ne pas partager la vision politique de Lionel Jospin ni approuver l'action qu'il a menée à la tête du gouvernement durant cinq ans. On peut aussi appliquer à son propre bilan le « droit d'inventaire » qu'il avait lui-même revendiqué après les deux septennats de François Mitterrand. Certains considèrent même qu'il a affaibli l'économie française en dilapidant les fruits de la période de croissance mondiale dont la France a profité à la fin des années 1990.
Personne, en revanche, ne peut retirer à Lionel Jospin sa droiture, sa rigueur, son sens de l'État ou encore sa remarquable honnêteté intellectuelle. À cet égard, les vidéos de ses interventions qui ont refait surface sur les réseaux sociaux à la suite de son décès, cette semaine, sont particulièrement frappantes. Près d'un quart de siècle s'est écoulé depuis son retrait de la vie politique, et nous avons manifestement changé d'époque.
Le contraste saisissant avec la politique actuelle
Il suffit de revoir cette scène enregistrée hors antenne à l'issue du débat de la présidentielle de 1995 : Lionel Jospin et Jacques Chirac conversent dans la plus grande courtoisie au sujet de l'agressivité dans le débat politique. Les deux candidats concurrents en conviennent : « Les Français ont horreur de ça. »
Que penseraient-ils, alors, de ces scènes auxquelles nous avons assisté au soir du second tour des municipales dans des communes comme Le Blanc-Mesnil, Mantes-la-Jolie, Creil ou Vaux-en-Velin ? Des maires défaits empêchés de s'exprimer, hués, insultés, et même chahutés par des militants de listes dites citoyennes ou d'extrême gauche. La démocratie vire au conflit. La haine a remplacé le respect.
La stratégie de « bordélisation » conceptualisée par Jean-Luc Mélenchon connaît un franc succès. C'est d'ailleurs Lionel Jospin qui parlait le mieux du leader de La France insoumise : « C'est un tribun doué par nature, un agitateur par choix, mais ce n'est pas un constructeur ni un homme d'État. » Sa sagesse nous manque déjà, dans un contexte où les échanges politiques se durcissent et où les valeurs de courtoisie semblent s'effacer progressivement.



